Le dollar signe sa pire semaine en 8 mois : l’euro dépasse 1,18 $ et la livre sterling s’envole

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Le dollar sous pression, l’Europe en profite

Le dollar américain a connu une semaine particulièrement difficile, signant sa pire performance depuis huit mois. La devise a reculé de manière généralisée, pénalisée à la fois par des signaux économiques plus encourageants en Europe et par un regain d’incertitudes politiques et monétaires aux États-Unis.

Symbole fort de ce mouvement, l’euro a franchi le seuil de 1,18 $ pour la première fois depuis fin décembre, atteignant un pic intrajournalier de 1,1835 $ le 23 janvier. Dans le même temps, la livre sterling a grimpé jusqu’à 1,36, un sommet inédit depuis septembre 2025, après un bond de plus de 1 % sur la seule séance de jeudi.

Ces évolutions traduisent un repositionnement clair des investisseurs sur le marché des changes, dans un contexte où la confiance envers les actifs américains s’effrite.

Des statistiques britanniques qui surprennent positivement

La progression de la livre sterling s’est accélérée après la publication de plusieurs indicateurs économiques meilleurs que prévu au Royaume-Uni.

Les ventes au détail de décembre ont progressé de 0,4 % sur un mois, alors que le consensus anticipait un recul de 0,1 %. En rythme annuel, la croissance atteint désormais 2,5 %, contre 1,8 % précédemment, selon l’Office for National Statistics.

L’activité du secteur privé montre également un net regain de dynamisme. L’indice PMI composite S&P Global du Royaume-Uni est monté à 53,9 en janvier, contre 51,4 auparavant — soit la croissance la plus rapide depuis avril 2024.
Dans le détail :

  • PMI services : 54,3
  • PMI manufacturier : 51,6, son plus haut niveau depuis 17 mois

S&P Global souligne que l’économie britannique a entamé l’année sur des bases plus solides, même si la hausse des coûts salariaux continue d’alimenter les pressions sur les prix à la production.

Moins d’espoirs de baisse de taux au Royaume-Uni

Ces indicateurs ont modifié les anticipations monétaires. Les marchés envisagent désormais un rythme plus lent d’assouplissement de la Banque d’Angleterre.

L’inflation sous-jacente britannique reste élevée à 3,2 % en décembre, tandis que l’inflation globale est remontée à 3,4 %. Avec un taux directeur de 3,75 %, la BoE offre un rendement plus attractif que la Réserve fédérale américaine, pour laquelle les marchés anticipent davantage de baisses de taux.

Ce différentiel de taux soutient mécaniquement la livre face au dollar.

Le billet vert enregistre sa pire semaine depuis mai 2025

L’indice du dollar a reculé de 1,9 % sur la semaine, pour s’établir autour de 98,76, soit sa plus forte baisse hebdomadaire depuis mai 2025. Le repli a été large, touchant aussi bien les devises européennes que les monnaies dites refuges.

Plusieurs facteurs expliquent cette défiance :

  • Un regain de tensions géopolitiques après des menaces de droits de douane américains visant des alliés européens
  • Un mouvement de marché qualifié de « vente de l’Amérique », marqué par un dollar en baisse, des rendements obligataires en hausse et une progression de l’or
  • Des interrogations croissantes sur l’indépendance de la Réserve fédérale, après des informations évoquant une enquête pénale liée au témoignage de Jerome Powell devant le Congrès

Ces éléments ont ravivé l’aversion au risque et affaibli l’attrait du dollar comme valeur refuge.

Quelles perspectives pour l’euro et la livre ?

Les marchés intègrent désormais environ deux baisses de taux de la Fed en 2026, contre un assouplissement plus limité du côté britannique. Cette divergence macroéconomique plaide en faveur d’un soutien durable à la livre sterling.

Sur le plan technique, certains analystes évoquent un objectif proche de 1,40 pour GBP/USD si la cassure au-dessus de 1,36 se confirme.

Pour l’EUR/USD, le franchissement de 1,18 ouvre la voie vers le seuil psychologique de 1,20, niveau qui freine la progression de l’euro depuis la mi-2024.

La question centrale reste désormais la suivante : s’agit-il du début d’un désengagement durable des actifs américains, ou d’un simple ajustement temporaire des marchés ? La réponse orientera les flux de capitaux mondiaux dans les prochaines semaines.

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