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Choc pétrolier en Iran : les réserves de change asiatiques fondent sous la pression du dollar

Depuis le début du conflit américano-israélien contre l'Iran, le prix du baril de Brent a bondi de 60 % en un mois, fracturant les marchés émergents. En mars 2026, les banques centrales asiatiques ont dépensé massivement pour soutenir leurs monnaies face à un dollar en forte hausse.

La guerre en Iran secoue les marchés de l’énergie et fragilise les monnaies asiatiques. En mars 2026, les banques centrales de la région ont dépensé des dizaines de milliards de dollars pour défendre leurs devises face à un billet vert en plein envol et à une facture énergétique qui s’emballe.

Taïwan, Chine, Inde : le trio dans la tourmente

La Banque centrale de Taïwan a enregistré une baisse de 8,60 milliards de dollars de ses réserves en mars, qui s’établissent désormais à 596,89 milliards de dollars — leur premier passage sous le seuil des 600 milliards depuis mi-2025. L’institution a évoqué la nécessité de « lisser les flux de capitaux volatils pour maintenir un marché des changes ordonné », dans un contexte où le dollar taïwanais a touché son niveau le plus faible face au billet vert depuis mai 2025, sous la pression de ventes massives d’actions taïwanaises par des investisseurs étrangers.

À Pékin, l’Administration d’État des changes a annoncé des réserves de 3 342 milliards de dollars fin mars, en recul de 85,7 milliards, soit -2,5 % par rapport à février. Un chiffre nettement inférieur aux 3 398 milliards anticipés par les économistes interrogés par Dow Jones Newswires. La Chine attribue cette contraction aux effets combinés des variations de taux de change et de la dépréciation des actifs mondiaux.

L’Inde s’est toutefois distinguée par la plus forte chute absolue de la région : ses réserves ont plongé de 30,5 milliards de dollars en mars, tombant à 688 milliards contre un record historique de 728,5 milliards en fin de mois précédent, selon Business Standard. La Reserve Bank of India a vendu des dollars en urgence pour soutenir la roupie, qui a perdu plus de 4 % face au dollar sur la période. Même scénario en Malaisie, où les réserves se sont contractées à 126,6 milliards de dollars contre 128,3 milliards fin février, selon la Bank Negara Malaysia.

Le détroit d’Ormuz, épicentre du choc

Derrière ces chiffres, une cause commune : la sixième semaine du conflit armé américano-israélien contre l’Iran, et les conséquences directes de la fermeture du détroit d’Ormuz. Ce corridor stratégique représente en temps normal environ un cinquième du commerce pétrolier mondial. Son blocage a déclenché la plus forte hausse mensuelle du Brent depuis l’introduction de ce contrat à terme en 1988 : +60 % sur le seul mois de mars, portant le baril au-dessus de 110 dollars fin mars, contre environ 70 dollars avant le déclenchement des hostilités.

Ce choc énergétique frappe de plein fouet les économies asiatiques, structurellement dépendantes des importations de pétrole. Le fait qu’environ 90 % des échanges mondiaux de marchandises soient libellés en dollars — comme le rappelle le New York Times — aggrave mécaniquement la facture pour les pays dont les monnaies locales se déprécient. L’indice MSCI des marchés émergents a subi en mars sa pire performance mensuelle depuis mars 2020, en chutant de 13 % en dollars, effaçant tous les gains accumulés depuis janvier selon Janus Henderson.

Pas d’accalmie en vue

La pression ne fléchit pas. Le won sud-coréen a atteint en mars son niveau le plus bas face au dollar depuis la crise financière de 2008. Le peso philippin et le baht thaïlandais subissent des tensions croissantes, alors que la Bangko Sentral ng Pilipinas affichait des réserves de 112,7 milliards de dollars fin février, avant que le choc n’atteigne son paroxysme.

Sur le plan politique, Donald Trump a affirmé que le conflit pourrait se terminer « dans deux à trois semaines ». Téhéran a balayé ces déclarations, les qualifiant de « fausses et sans fondement ». Les marchés, eux, se préparent à une perturbation durable — et les banques centrales asiatiques à de nouvelles saignées.