Dette américaine : Pourquoi la Chine pousse ses banques vers la sortie

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Pékin hausse le ton sur le plan financier. En demandant à ses banques de limiter leurs actifs en dette américaine, la Chine déclenche une onde de choc sur les marchés mondiaux. Entre volatilité du dollar et stratégie de dédollarisation, décryptage d'une décision aux enjeux colossaux.

Le paysage financier mondial vient de subir un séisme discret, mais profond. Selon des informations relayées par Bloomberg, les régulateurs chinois ont récemment passé une consigne claire, bien que non officielle, aux grandes institutions financières du pays : il est temps de lever le pied sur les bons du Trésor américain. Cette recommandation de réduire l’exposition à la dette souveraine des États-Unis n’est pas qu’une simple gestion de portefeuille ; c’est un signal fort envoyé à Washington et aux marchés internationaux.

Un coup de froid immédiat sur les marchés

L’impact de cette directive ne s’est pas fait attendre. Dès l’ouverture des marchés ce lundi, la nervosité était palpable. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans, véritable baromètre de la finance mondiale, a bondi de quatre points de base pour s’établir à 4,25 %, tandis que celui à 30 ans grimpait à 4,88 %.

Parallèlement, le billet vert a accusé le coup. L’indice Bloomberg Dollar Spot a reculé de 0,2 %, prolongeant une tendance baissière qui place la devise américaine à son plus bas niveau depuis quatre ans. Les marchés actions n’ont pas été épargnés non plus : les contrats à terme sur le S&P 500 ont cédé 0,3 % et ceux du Nasdaq 100 ont chuté de 0,6 %.

La stratégie de Pékin : Prudence ou politique ?

Officiellement, les autorités chinoises — notamment la banque centrale et l’Administration nationale de réglementation financière — justifient cette mesure par la nécessité de garantir la stabilité financière. En invoquant des « risques de concentration » et la « volatilité des marchés », Pékin présente cette décision comme une gestion prudente des risques.

Il est intéressant de noter que cette directive est tombée juste avant les échanges entre les présidents Trump et Xi Jinping concernant le sommet de Pékin prévu en avril prochain. Si la Chine se défend de toute manœuvre géopolitique, le timing interroge. Pour l’heure, la consigne cible uniquement les portefeuilles d’investissement des banques commerciales et non les réserves directes de l’État, laissant une marge de manœuvre diplomatique non négligeable.

2025 : L’accélération de la dédollarisation

Ce mouvement s’inscrit dans une tendance de fond : la Chine se détourne de la dette américaine depuis plus d’une décennie. Les chiffres sont éloquents. En novembre 2025, les avoirs chinois sont tombés à 682,6 milliards de dollars, leur niveau le plus bas depuis 2008. Pour rappel, ce montant culminait à près de 1 320 milliards de dollars en 2013, soit une fonte de plus de 47 %.

Bien que la Chine reste le troisième créancier étranger des États-Unis (derrière le Japon et le Royaume-Uni), elle diversifie massivement ses réserves. Pendant que les banques chinoises gèrent environ 298 milliards de dollars d’actifs en dollars, Pékin a accumulé de l’or pendant 14 mois consécutifs jusqu’à la fin de l’année 2025.

La fin du « Safe Haven » américain ?

Cette défiance soulève une question fondamentale : la dette américaine est-elle toujours une valeur refuge ? Entre une dette publique record et les inquiétudes sur l’indépendance de la Réserve fédérale, les investisseurs internationaux doutent. Geoff Yu, stratège chez BNY, rappelle que 72 % des allocations mondiales en obligations souveraines sont encore concentrées sur les États-Unis. Un désengagement massif, même partiel, créerait un vide difficile à combler.

Alors que la stratégie « Sell America » gagne du terrain, certains observateurs se demandent si ce retrait ne profitera pas aux actifs alternatifs comme les cryptomonnaies ou si nous assistons simplement à une mutation profonde de l’ordre financier mondial. Une chose est sûre : le pivot de la Chine redéfinit les règles du jeu pour 2026.

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