Un rebond marqué dès la réouverture
Le yuan chinois a bondi mardi à son niveau le plus élevé depuis plus de deux ans, au moment où les marchés continentaux rouvraient après les congés prolongés du Nouvel An lunaire. Les cambistes ont immédiatement intégré une amélioration potentielle des perspectives commerciales, après une décision historique de la Cour suprême des États-Unis annulant les droits de douane d’urgence généralisés instaurés par Donald Trump.
Sur le marché onshore, le yuan s’est renforcé à 6,8954 pour un dollar, son niveau le plus solide depuis la mi-2023, franchissant le seuil psychologique clé de 6,90. Le yuan offshore — qui continuait de s’échanger durant les congés — a atteint 6,8725, un sommet inédit depuis avril 2023.
Dans le même temps, la Banque populaire de Chine (PBOC) a fixé son taux de référence quotidien à 6,9414, légèrement plus fort que le fixing précédant les vacances (6,9398).
La PBOC montre une tolérance accrue
Au-delà du mouvement technique, les opérateurs perçoivent un infléchissement dans la gestion du change par Pékin. L’écart entre le taux de référence officiel et les anticipations du marché s’est réduit à environ 165 pips, contre près de 350 pips avant les congés.
Dans le cadre du régime de flottement administré chinois, le yuan peut évoluer dans une bande de ±2 % autour du point médian quotidien. Ces derniers mois, la banque centrale avait systématiquement fixé un taux plus faible que ne l’indiquaient les modèles de marché afin de freiner le rythme d’appréciation. Le resserrement de l’écart suggère aujourd’hui une plus grande acceptation d’une devise plus forte.
Pour les investisseurs, ce signal est stratégique : il traduit une confiance relative des autorités dans la stabilité financière et les flux de capitaux, malgré un environnement intérieur encore fragile.
Droits de douane : un tournant judiciaire majeur
Le 20 février, par 6 voix contre 3, la Cour suprême américaine a estimé que l’exécutif avait outrepassé ses pouvoirs en imposant des droits de douane en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act.
Si Donald Trump a rapidement réintroduit des droits pouvant atteindre 15 % via l’article 122 du Trade Act of 1974, les économistes estiment qu’il s’agit malgré tout d’un allègement net pour les exportateurs chinois.
Selon Morgan Stanley, le taux moyen appliqué aux exportations chinoises vers les États-Unis passerait de 32 % à 24 %. Goldman Sachs évoque une baisse d’environ 5 points de pourcentage. D’après Capital Economics, la Chine serait « le principal bénéficiaire » de cette reconfiguration tarifaire.
Ce changement modifie l’équilibre des négociations commerciales et améliore, à court terme, la compétitivité prix des exportations chinoises.
Des facteurs structurels favorables
La progression du yuan ne s’explique pas uniquement par la décision judiciaire américaine.
L’indice du dollar a reculé de plus de 8 % sur un an, autour de 97,7, affaiblissant mécaniquement la devise américaine face aux grandes monnaies. Par ailleurs, la Chine affiche un excédent commercial record estimé à environ 1 080 milliards de dollars en 2025.
Des informations de marché indiquent également que les régulateurs chinois auraient encouragé les institutions financières à réduire leur exposition aux bons du Trésor américain, ce qui contribue à rééquilibrer les flux.
Goldman Sachs anticipe désormais un yuan à 6,7 pour un dollar sur les 12 prochains mois, scénario qui consoliderait la tendance actuelle.
Quelles perspectives pour 2026 ?
Le yuan s’est apprécié de plus de 5 % face au dollar sur un an. Cette dynamique reste toutefois ambivalente. Une monnaie plus forte soutient la stabilité financière et limite les sorties de capitaux, mais elle peut peser sur les exportateurs et accentuer les pressions déflationnistes dans une économie intérieure encore atone.
Le sommet prévu en avril à Pékin entre Donald Trump et Xi Jinping ajoute une dimension politique majeure. Selon des analystes relayés par CNBC, la décision de la Cour suprême a renforcé la position de négociation de Pékin.
À court terme, la trajectoire du yuan dépendra donc de trois variables clés : l’évolution des relations commerciales sino-américaines, la politique monétaire de la PBOC et la dynamique du dollar. Pour les marchés mondiaux, la devise chinoise redevient un baromètre central de l’équilibre économique global.
