Géopolitique, pétrole et or : les investisseurs face à un nouveau test de nervosité

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Les marchés pétroliers ont renoué avec la hausse pour la première fois en trois semaines. En toile de fond, la montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran, les manœuvres militaires dans le détroit d’Ormuz et la crainte d’une perturbation majeure de l’offre mondiale, qui ravivent la prime de risque géopolitique.

Les cours du pétrole ont enregistré cette semaine leur première progression hebdomadaire depuis trois semaines, s’installant à des niveaux inédits depuis six mois. Ce regain intervient dans un contexte de forte tension géopolitique, alors que l’escalade verbale et militaire entre les États-Unis et l’Iran a secoué l’ensemble des marchés des matières premières, poussant les investisseurs vers les actifs refuges.

Sur la semaine, le Brent a gagné environ 5,3 %, tandis que le West Texas Intermediate a affiché une hausse d’ampleur comparable. Le mouvement s’est nettement accéléré mardi, après que les Gardiens de la révolution islamique iraniens ont procédé à des exercices navals à tirs réels, entraînant la fermeture temporaire de certaines zones du détroit d’Ormuz. Il s’agissait de la première interruption de ce type depuis les menaces d’action militaire formulées par Washington en janvier.

La pression est montée d’un cran lorsque le président américain a averti que des « choses vraiment graves » pourraient se produire si Téhéran ne concluait pas un accord nucléaire dans un délai de 10 à 15 jours. Ces déclarations ont immédiatement été intégrées dans les prix, les marchés anticipant un risque accru de perturbation de l’offre.

Le détroit d’Ormuz, point névralgique du marché

Au cœur des inquiétudes figure le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de l’approvisionnement pétrolier mondial chaque jour. Lors des manœuvres militaires, le commandant de la marine iranienne des Gardiens de la révolution a affirmé que ses forces étaient prêtes à fermer totalement le détroit si les autorités en donnaient l’ordre, un scénario redouté par les opérateurs.

Les tensions ont été encore accentuées par des exercices navals conjoints réunissant la Russie, la Chine et l’Iran dans la région, au large du port stratégique de Bandar Abbas. Ces manœuvres, baptisées « Ceinture de sécurité maritime 2026 », se sont déroulées alors que des discussions nucléaires sensibles se tenaient à Genève. L’absence de progrès sur les principales lignes rouges américaines a suffi à faire bondir le pétrole de plus de 4 % en une seule séance le 18 février.

Les investisseurs intègrent le risque de conflit

L’or s’est imposé comme le grand gagnant de cette séquence de nervosité géopolitique. Le métal précieux a franchi le seuil symbolique des 5 000 dollars l’once, porté par les flux vers les valeurs refuges, les achats soutenus des banques centrales et la posture prudente de la Réserve fédérale. Goldman Sachs maintient d’ailleurs un objectif de 5 400 dollars l’once d’ici la fin de l’année.

Dans le même temps, les produits financiers liés à l’énergie ont profité de l’envolée des cours. Le United States Oil Fund a progressé de 4,9 % sur la seule séance du 18 février. Plusieurs analystes estiment qu’un échec des négociations diplomatiques pourrait déboucher sur une intervention militaire américaine, avec des conséquences potentiellement majeures pour l’équilibre du marché pétrolier mondial. Une perturbation durable du détroit d’Ormuz pourrait, selon certains gérants, propulser le baril au-delà de 100 dollars.

Des fondamentaux qui pourraient freiner la hausse

Malgré cette flambée alimentée par la prime de risque géopolitique, certains observateurs appellent à la prudence. Le marché mondial du pétrole reste confronté à un excédent d’offre estimé à plus de 3 millions de barils par jour en 2026. En l’absence de choc majeur, plusieurs scénarios tablent sur un Brent autour de 55 dollars le baril en moyenne cette année.

Selon BloombergNEF, seule une interruption complète des exportations iraniennes serait susceptible de pousser les prix jusqu’à 91 dollars le baril d’ici le quatrième trimestre. Les traders, de leur côté, hésitent à prendre leurs bénéfices, préférant rester en retrait avant le week-end tout en surveillant de près l’évolution de la situation au Moyen-Orient.

Le ministre iranien des Affaires étrangères a indiqué qu’une ébauche de contre-proposition diplomatique pourrait être prête dans les prochains jours. L’issue de ce bras de fer — qu’elle soit politique ou militaire — déterminera si la hausse actuelle n’est qu’un sursaut temporaire ou le prélude à une réévaluation durable du risque géopolitique sur les marchés de l’énergie.

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