Pétrole russe : Singapour déclarée comme destination, l’Inde réduit ses achats et la Chine négocie des rabais records

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Les flux de brut russe se recomposent. En janvier, 1,4 million de tonnes ont été déclarées à destination de Singapour, un niveau inédit depuis des années, tandis que l’Inde réduit fortement ses importations après un accord commercial avec les États-Unis. La Chine capte les volumes avec des décotes allant jusqu’à 12 dollars par baril.

Pourquoi les pétroliers russes déclarent-ils Singapour comme destination ?

Les exportations de pétrole russe affichent un changement notable. Selon les données maritimes de LSEG et des négociants, environ 1,4 million de tonnes métriques de brut russe ont quitté les ports en janvier avec Singapour comme destination déclarée. Il s’agit du volume mensuel le plus élevé observé ces dernières années.

Singapour n’importe pas officiellement de pétrole russe, notamment en raison des risques liés aux sanctions internationales. Toutefois, ses eaux et celles des pays voisins servent régulièrement de zones logistiques pour des transferts de navire à navire. De nombreuses cargaisons sont ensuite redirigées vers la Malaisie ou transférées vers des unités de stockage flottantes.

Un négociant pétrolier basé à Moscou résume la situation : l’augmentation des destinations déclarées comme Singapour, Suez ou Port-Saïd reflète un marché plus complexe, avec moins d’acheteurs fiables et des transactions plus difficiles à conclure.

Accord États-Unis–Inde : un tournant pour les importations indiennes

Le repositionnement des flux intervient alors que l’Inde réduit, voire suspend, ses achats de brut russe. Cette décision fait suite à l’annonce d’un accord commercial entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre Narendra Modi.

Dans le cadre de cet accord, Washington a supprimé une taxe douanière supplémentaire de 25 % sur les produits indiens. En contrepartie, l’Inde s’est engagée à cesser ses achats de pétrole russe.

Selon Bloomberg, la majorité des raffineurs indiens — à l’exception de Nayara Energy, soutenue par Rosneft — ont suspendu leurs achats de cargaisons au comptant. Les importations indiennes de pétrole russe devraient chuter d’environ 50 % par rapport à des niveaux déjà affaiblis. En décembre, elles ont atteint leur plus bas niveau depuis deux ans.

Nayara Energy, dont les installations affichent une capacité de 400 000 barils par jour, reste dépendante du brut russe et devrait maintenir des importations limitées, faute d’alternatives viables.

La Chine en position de force : rabais jusqu’à 12 dollars par baril

Avec le recul indien, les vendeurs russes redirigent leurs cargaisons vers l’Asie de l’Est, principalement la Chine. D’après les données de Kpler citées par Bloomberg, plus d’une douzaine de pétroliers transportant 10 à 12 millions de barils de brut Oural naviguent vers la région ou sont en attente d’instructions. Cinq navires indiquent même le statut « en attente d’ordres » ou « Chine en attente d’ordres ».

Cette situation renforce le pouvoir de négociation des acheteurs chinois. Les décotes se sont nettement creusées :

  • Le mélange ESPO est proposé à près de 9 dollars sous le Brent ICE.
  • Le brut Oural s’échange avec une décote d’environ 12 dollars par baril.

Les raffineurs indépendants de la province du Shandong figurent parmi les principaux bénéficiaires. En janvier, les volumes de pétrole russe à destination de ces acteurs ont atteint des niveaux records.

Explosion du stockage flottant : 16,7 millions de barils en mer

Parallèlement, le marché voit s’accumuler les cargaisons non écoulées. Environ 16,7 millions de barils de brut russe sont actuellement stockés en mer, soit une hausse d’environ cinq fois par rapport à décembre.

Ce stockage flottant reflète l’attentisme des raffineurs publics indiens et chinois, qui ont réduit leurs achats maritimes depuis que les sanctions américaines ont ciblé Rosneft et Lukoil.

Les analystes estiment que sans reprise des importations par les grandes compagnies publiques chinoises, la Russie devra continuer à gérer un marché en surabondance, avec des pressions accrues sur les prix et des marges réduites.

Un marché pétrolier fragmenté et sous tension

La combinaison de trois facteurs — sanctions, repositionnement géopolitique et arbitrages commerciaux — redessine profondément les routes du brut russe.

  • 1,4 million de tonnes déclarées vers Singapour illustrent des stratégies logistiques plus opaques.
  • Une baisse de 50 % des importations indiennes modifie l’équilibre asiatique.
  • Des rabais allant jusqu’à 12 dollars par baril renforcent l’attractivité du brut russe pour les acheteurs opportunistes.
  • 16,7 millions de barils en stockage flottant signalent une tension persistante sur les débouchés.

À court terme, la Chine apparaît comme le principal amortisseur du choc. À moyen terme, la capacité de la Russie à maintenir ses volumes d’exportation dépendra de l’évolution des sanctions, des arbitrages politiques indiens et de la stratégie d’achat des raffineurs publics chinois.

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