Une croissance mondiale qui masque une fragilité du commerce maritime
Les perspectives économiques mondiales publiées récemment ont de quoi rassurer en surface. Le Fonds monétaire international (FMI) anticipe une croissance stable du PIB mondial à 3,3 % en 2025 et 2026. Pourtant, cette apparente solidité cache une dynamique beaucoup plus préoccupante pour le transport maritime de conteneurs.
Dans leur lettre d’information Sunday Spotlight, les analystes de Sea-Intelligence soulignent un décalage majeur : la croissance des volumes du commerce mondial devrait chuter brutalement, passant de 4,1 % en 2025 à seulement 2,6 % en 2026. Autrement dit, une large partie des volumes qui ont soutenu le secteur en 2025 a été « empruntée au futur ».
Le sur-stockage de 2025 : un effet boomerang en 2026
Cette contraction annoncée s’explique par ce que le FMI décrit comme des stratégies d’anticipation des importations face aux nouvelles politiques commerciales. Tout au long de 2025, de nombreux importateurs ont accéléré leurs expéditions afin de devancer les hausses tarifaires attendues sous l’administration Trump.
Résultat : des volumes artificiellement gonflés qui laissent désormais place à un net ralentissement. « Nous constatons clairement l’impact des droits de douane dans l’affaiblissement de la demande de fret à venir », explique Ben Hackett, fondateur de Hackett Associates, dans le rapport Global Port Tracker.
Les chiffres confirment cette tendance. Les importations américaines de conteneurs ont reculé de près de 6 % en décembre 2025 sur un an. La National Retail Federation anticipe une poursuite de la baisse en 2026, avec des volumes du premier trimestre en chute de 8 % à 16 % par rapport à l’année précédente.
La “double pression” qui menace les compagnies maritimes
Sea-Intelligence décrit l’année 2026 comme une phase de double pression pour le secteur. D’une part, les transporteurs devront absorber une période de volumes réduits après l’effet de sur-stockage de 2025. D’autre part, ils feront face à une hausse structurelle des coûts tarifaires américains estimée à 18,5 %.
Un autre facteur complique la lecture des indicateurs macroéconomiques : la croissance du commerce mondial est de plus en plus tirée par des exportations technologiques à forte valeur mais à faible volume physique. En 2025, la croissance des exportations d’Asie hors Chine a atteint 13,2 %, dont environ 70 % provenaient des produits technologiques.
Pour les compagnies maritimes, cela change tout. « Les perspectives économiques mondiales dites “stables” sont en réalité un mirage en termes de volumes réels de marchandises », avertit Sea-Intelligence. La valeur augmente, mais les conteneurs ne suivent pas.
Des taux de fret sous forte pression
Côté offre, aucun répit en vue. Maritime Strategies International prévoit une croissance de la flotte mondiale de 3,5 % en 2026, alors que la demande n’augmenterait que de 2 %. Cette asymétrie pèse déjà sur les taux de fret.
Sur la route clé Chine – côte ouest des États-Unis, les tarifs sont tombés autour de 1 450 à 1 500 dollars par conteneur, un niveau que de nombreux analystes considèrent comme le seuil de rentabilité pour les transporteurs.
Selon Freightos, plusieurs compagnies opèrent désormais à l’équilibre, voire légèrement en dessous, simplement pour préserver leurs volumes. La situation pourrait encore se dégrader si les transits par la mer Rouge reprennent pleinement, libérant jusqu’à 1,75 million d’EVP de capacité latente supplémentaire sur le marché, d’après Daniel Richards de Maritime Strategies International.
2026, une année charnière pour le transport maritime
Entre ralentissement des volumes, pression tarifaire durable et risque de surcapacité, le transport maritime de conteneurs entre dans une phase critique. Les signaux macroéconomiques positifs ne suffisent plus à masquer une réalité opérationnelle bien plus tendue, où chaque point de croissance compte — et où la rentabilité reste fragile.
