Vladimir Poutine a reconnu lundi, lors d’une réunion avec ses conseillers économiques à Moscou, que l’économie russe a enregistré sa première contraction depuis 2023. Le produit intérieur brut a reculé de 2,1 % en janvier par rapport à la même période de l’année précédente — un chiffre que le président a qualifié de prévisible, mais que les données officielles viennent désormais confirmer.
« Franchement, il n’y a rien d’inattendu pour nous ici, mais les statistiques le confirment », a déclaré Poutine, cité par l’agence Anadolu. La production industrielle a également fléchi de 0,8 %, tandis que le secteur manufacturier a accusé un recul de 3 %. Seule la production minière a tiré son épingle du jeu, progressant de 0,5 %.
Une économie sous pression, entre sanctions et ralentissement structurel
Ce repli de janvier n’est pas une surprise isolée. Il s’inscrit dans une trajectoire de décélération marquée : après une croissance de 4,9 % en 2023 et de 4,1 % en 2024, la Russie n’a progressé que de 1 % sur l’ensemble de 2025. Le ministère russe du Développement économique, qui avait publié ces chiffres début mars, a évoqué en partie des facteurs conjoncturels — effets de calendrier et conditions hivernales exceptionnellement rigoureuses — pour expliquer le plongeon du secteur de la construction, en chute de 16 % sur le mois.
La consommation des ménages montre également des signes de fatigue, avec une croissance du chiffre d’affaires du commerce de détail limitée à 0,7 %. Des indicateurs qui contrastent avec le tableau plus rassurant mis en avant par le Kremlin : un taux de chômage de 2,2 % et une inflation maintenue sous 6 % en rythme annuel.
« Il est nécessaire de revenir à une trajectoire de croissance économique durable, avec un ralentissement de l’inflation », a insisté Poutine, esquissant les priorités de ses équipes économiques pour les prochains mois.
La manne pétrolière du conflit iranien : aubaine provisoire
En marge des chiffres du PIB, Poutine a adressé un message direct aux compagnies énergétiques russes. Depuis le déclenchement de la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran fin février, les marchés pétroliers internationaux ont été fortement perturbés. Le Brent a franchi le seuil symbolique des 100 dollars le baril, entraînant dans son sillage le brut russe Oural — qui cotait en dessous de 60 dollars fin 2025 sous l’effet des sanctions occidentales — au-delà de 90 dollars.
Cette embellie génère des revenus considérables. Selon le Moscow Times, le budget de l’État russe engrangerait environ 150 millions de dollars par jour de recettes supplémentaires. Le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur estime que la Russie a perçu quelque 6 milliards d’euros de gains additionnels au cours des deux premières semaines du conflit iranien. Le département américain du Trésor a par ailleurs accordé des dérogations temporaires aux sanctions, autorisant certaines livraisons de pétrole russe pour atténuer les tensions sur l’approvisionnement mondial.
Face à cette rente imprévue, Poutine a encouragé les compagnies pétrolières et gazières à consacrer ces revenus exceptionnels au remboursement de leur dette auprès des banques nationales, qualifiant cette orientation de « décision mûre ».
Des perspectives fragiles malgré le rebond énergétique
La windfall pétrolière ne suffit pas à dissiper les interrogations des économistes sur la solidité de l’économie russe à moyen terme. Le Fonds monétaire international table sur une croissance de seulement 0,8 % pour 2026 — une prévision en ligne avec la propre fourchette de la Banque centrale russe, comprise entre 0,5 % et 1,5 %.
Les vents contraires restent nombreux : des taux d’intérêt élevés qui pèsent sur l’investissement, un tassement de la demande intérieure et les effets cumulatifs des sanctions occidentales, qui continuent d’éroder les secteurs civils de l’économie. La production liée à la défense, elle, tient le cap — mais elle ne peut à elle seule compenser les faiblesses d’une économie de guerre dont les marges de manœuvre se réduisent.
