L’IA, nouveau moteur de croissance pour l’Europe ? La BCE y croit, avec des réserves

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L'intelligence artificielle représente une opportunité historique pour la zone euro, selon la Banque centrale européenne. Mais entre retard technologique, marchés de capitaux insuffisants et coûts énergétiques élevés, l'Europe devra lever de sérieux obstacles pour en tirer pleinement parti.

Philip Lane, économiste en chef de la Banque centrale européenne, a esquissé lundi un scénario optimiste pour la zone euro : l’intelligence artificielle pourrait doper sa productivité de plus de 4 points de pourcentage en dix ans. Mais le chemin reste semé d’embûches.

Jusqu’à 4 % de gains de productivité, selon le scénario d’adoption

S’exprimant lors de la 13e Conférence sur les techniques de prévision de la BCE à Francfort, Philip Lane a présenté plusieurs trajectoires possibles, toutes conditionnées à la vitesse de diffusion de la technologie dans l’économie européenne.

Dans le scénario le plus prudent — comparable au rythme d’adoption observé lors de l’émergence d’Internet —, la zone euro pourrait engranger au moins 1,5 point de pourcentage de croissance de productivité supplémentaire sur la décennie. Mais si l’adoption s’accélère et touche au moins la moitié de l’économie, le gain pourrait dépasser les 4 points.

Lane a insisté sur un effet de levier souvent sous-estimé : l’impact de l’IA sur l’innovation elle-même. « L’impact le plus important sera obtenu si l’IA stimule considérablement le rythme de l’innovation », a-t-il déclaré, soulignant que cela pourrait relever le taux de croissance potentielle à long terme, et pas seulement le niveau de productivité.

Un retard technologique préoccupant

Derrière ces projections encourageantes, Lane n’a pas esquivé le diagnostic : l’Europe part avec un handicap structurel. Seulement 3 % des brevets déposés dans la zone euro concernent l’intelligence artificielle, contre 9 % aux États-Unis. Un écart qui se traduit concrètement dans les comptes : les résidents de la zone euro versent chaque année quelque 250 milliards d’euros en redevances à des détenteurs de brevets étrangers, majoritairement américains.

Cette dépendance technologique n’est pas une fatalité, mais elle exige des réponses structurelles. Lane pointe notamment la faible profondeur des marchés de capitaux européens, qui freine les investissements nécessaires à l’émergence d’acteurs locaux capables de rivaliser à grande échelle dans le domaine de l’IA.

L’énergie, talon d’Achille de la transition IA européenne

Les coûts énergétiques constituent l’autre menace identifiée par l’économiste en chef de la BCE. L’IA est une technologie particulièrement gourmande en électricité — centres de données, entraînement des modèles, inférence à grande échelle. Or, l’Europe continue d’afficher des prix de l’énergie structurellement plus élevés que ses concurrents.

Ce facteur pèse à double titre : il renchérit le développement de nouveaux modèles et ralentit leur adoption par les entreprises, notamment les plus petites, dont les marges absorbent difficilement ces surcoûts.

Une priorité stratégique pour la BCE

Les propos de Lane s’inscrivent dans une réflexion institutionnelle plus large. En avril 2025, la présidente Christine Lagarde avait déjà alerté sur les risques que les contraintes énergétiques font peser sur la diffusion de l’IA en Europe, tout en affirmant que même les estimations les plus conservatrices des gains de productivité « constitueraient un tournant décisif pour l’Europe ».

Le contexte macroéconomique renforce l’urgence du dossier. Les dernières projections de la BCE tablent sur une croissance de la zone euro limitée à 1,2 % en 2026 — un niveau qui laisse peu de marges pour l’attentisme.

Face à ce tableau, Lane a appelé à une action coordonnée : « Garantir un large accès au financement, soutenir la diffusion auprès des petites entreprises et investir dans les compétences et les actifs immatériels complémentaires seront essentiels pour réaliser le potentiel de l’IA tout en limitant les coûts d’ajustement. »

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