La guerre en Iran ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle remodèle en profondeur les routes de l’énergie mondiale. Alors que le détroit d’Ormuz — voie de passage de près d’un cinquième du pétrole mondial — reste sous tension, l’Europe cherche activement à se prémunir contre une rupture d’approvisionnement durable.
Le Nigeria en renfort : Dangote, nouvelle bouée de sauvetage de l’Europe
La raffinerie Dangote Petroleum, installée aux abords de Lagos, s’impose comme l’une des réponses les plus concrètes à cette crise. Avec une capacité de traitement de 650 000 barils par jour, elle est la plus grande d’Afrique et commence à jouer un rôle stratégique à l’échelle internationale.
Un premier chargement de carburant aviation en provenance de la raffinerie a récemment accosté au port de Milford Haven, au Royaume-Uni — une première qui marque le début d’une relation commerciale appelée à s’intensifier. À ce jour, douze cargaisons représentant 456 000 tonnes de produits raffinés ont été acheminées vers des destinations africaines et européennes.
« Nous sommes prêts à répondre à une demande accrue en provenance d’Europe », a déclaré Anthony Chiejina, porte-parole du groupe Dangote, au quotidien néerlandais De Telegraaf, confirmant la disponibilité à la fois d’essence et de diesel.
Le contexte est particulièrement favorable à cette montée en puissance africaine. Les expéditions mondiales de carburéacteur ont chuté d’environ 21 % depuis le début des perturbations au Moyen-Orient, selon l’Agence Ecofin, poussant les acheteurs européens à se reporter massivement vers le bassin atlantique.
L’Angola dans la course
Le Nigeria n’est pas seul dans cette dynamique. L’Angola amorce un nouveau cycle de production, avec plusieurs jalons clés atteints début 2026. Le pays, dont le brut maritime est compatible avec les besoins des raffineries européennes, se positionne comme un fournisseur alternatif supplémentaire.
Comme le notait Forbes, le Nigeria et l’Angola produisent tous deux des pétroles bruts transportables par voie maritime, ce qui facilite leur acheminement vers les ports européens en cas de blocage prolongé du détroit d’Ormuz.
Sur le front diplomatique : l’Inde en médiateur discret
Pendant que les flux physiques se réorganisent, la diplomatie tente de travailler à une résolution du conflit. L’Inde, grande dépendante des importations énergétiques d’Asie occidentale, s’est placée au cœur de ces efforts de médiation.
Le 5 avril, le ministre indien des Affaires étrangères S. Jaishankar a enchaîné les entretiens téléphoniques : il s’est entretenu avec le Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, puis avec le chef de la diplomatie émiratie Abdullah bin Zayed Al Nahyan. Dans les deux conversations, l’impact du conflit sur l’approvisionnement énergétique mondial a été au cœur des échanges.
Le même jour, Jaishankar a également reçu l’appel de son homologue iranien Abbas Araghchi — une sixième prise de contact depuis le début du conflit, signe que New Delhi entend rester un interlocuteur incontournable entre Téhéran et le reste du monde.
Une recomposition durable des flux énergétiques ?
Les événements actuels pourraient accélérer une tendance de fond : la montée en puissance des énergies africaines dans les bilans énergétiques européens. Si la crise iranienne venait à se prolonger, les partenariats noués dans l’urgence pourraient bien se transformer en alliances stratégiques durables.
