La Banque de Russie a vendu 500 000 onces troy d’or — environ 15,5 tonnes métriques — au cours des deux premiers mois de 2026. Une décision qui porte ses réserves à leur niveau le plus bas depuis mars 2022, au moment même où les finances publiques du pays s’enfoncent dans le rouge.
Selon les données publiées par la banque centrale, les avoirs en or ont reculé à 74,3 millions d’onces troy au 1er mars 2026, contre 74,8 millions en début d’année. Les cessions se sont opérées en deux temps : 300 000 onces cédées en janvier, puis 200 000 supplémentaires en février.
Une valeur préservée grâce à la flambée des cours mondiaux
Malgré la contraction du stock physique, la valeur monétaire des réserves d’or russes atteignait 384 milliards de dollars au 1er mars, portée par la hausse des prix de l’or sur les marchés internationaux.
Rustem Mardanov, responsable à la Banque de Russie, a tenu à rassurer : l’intégralité des réserves reste stockée dans les dépôts nationaux de l’institution. Il a qualifié ces mouvements de « fluctuations mineures liées aux opérations programmées de la banque sur le marché intérieur ».
Un déficit qui s’emballe bien au-delà des prévisions annuelles
Ces ventes s’inscrivent dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Sur les deux premiers mois de 2026, le déficit fédéral russe a atteint 3,45 billions de roubles — soit près de 91 % du déficit prévu pour l’ensemble de l’année, établi à 3,8 billions de roubles, selon les données du ministère des Finances citées par Trading Economics.
Les chiffres sont éloquents : les dépenses publiques ont frôlé 8,2 billions de roubles sur la période, contre seulement 4,8 billions de recettes. Un écart abyssal qui traduit l’effort de guerre et la pression croissante sur les finances de l’État.
Les revenus pétroliers s’effondrent, pilier du budget vacille
La chute des ressources énergétiques aggrave encore la situation. Les revenus pétroliers et gaziers, traditionnellement moteurs du budget fédéral, ont reculé de 47 % en glissement annuel au début de 2026, tombant à leurs niveaux les plus bas depuis la pandémie, rapporte le Moscow Times.
Le prix en roubles du brut russe à l’exportation était inférieur de 42 % aux hypothèses retenues lors de l’élaboration du budget. Face à cette hémorragie, les autorités envisagent désormais des coupes budgétaires transversales de l’ordre de 10 %.
Deux décennies d’accumulation partiellement effacées
Ces arbitrages marquent un tournant pour un pays qui a consacré vingt ans à constituer l’un des stocks d’or les plus imposants au monde. La Russie reste le cinquième détenteur mondial de réserves, derrière les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie et la France — mais l’écart se creuse.
Le Fonds national de richesse, principal coussin budgétaire du Kremlin, a vu ses avoirs en or fondre de 71 % depuis la mi-2022, passant de 554,9 à 160,2 tonnes métriques en janvier 2025. Les analystes de VTB Bank estiment que Moscou pourrait encore puiser jusqu’à 2 500 milliards de roubles dans ce fonds en 2026, soit environ 60 % de ses réserves liquides restantes — un signal d’alerte sur la soutenabilité à moyen terme des finances russes.
