Guerre en Iran : les pénuries de carburant pourraient faire chuter la croissance africaine jusqu’à 3 points

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La flambée des prix du pétrole provoquée par la guerre en Iran menace directement les économies africaines. Selon des régulateurs régionaux de l’énergie, des pénuries prolongées de carburant pourraient réduire la croissance du PIB du continent jusqu’à trois points, accentuant les pressions inflationnistes et budgétaires.

Guerre en Iran : une flambée du pétrole qui menace la croissance africaine

La guerre en Iran a fait grimper les prix du pétrole au-delà de 100 dollars le baril, un seuil franchi pour la première fois depuis 2022. Cette flambée énergétique a rapidement des répercussions sur les économies africaines, fortement dépendantes des importations de carburants.

Selon des responsables du secteur énergétique, des pénuries prolongées pourraient réduire la croissance économique du continent jusqu’à trois points de pourcentage. Un choc majeur pour des pays déjà confrontés à un endettement élevé, à l’inflation et à des marges budgétaires limitées.

Un signal d’alarme pour les économies africaines

Geoffrey Aori, directeur général de l’Association régionale des régulateurs de l’énergie en Afrique de l’Est et australe, a averti que la poursuite du conflit pourrait peser lourdement sur les perspectives économiques du continent.

Dans une déclaration à l’AFP, il estime que la croissance du PIB pourrait reculer de 1 à 3 points par rapport aux prévisions initiales si la guerre se prolonge encore deux mois. Avant l’escalade des tensions, la Banque africaine de développement anticipait une croissance de 4,3 % pour l’Afrique en 2026.

Pour Aori, cette crise constitue un “signal d’alarme” pour les gouvernements africains. Il appelle les États à réduire leur dépendance aux importations de pétrole, à mettre en place des mesures de rationnement temporaire du carburant et à soutenir les consommateurs via des subventions ciblées afin de limiter l’impact inflationniste.

Des réserves de carburant très limitées

La vulnérabilité énergétique du continent apparaît particulièrement préoccupante. Dans de nombreux pays africains, les réserves de carburant ne couvrent que 15 à 25 jours de consommation, loin du standard de 90 jours recommandé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour ses États membres.

Au Soudan, le ministre de l’Énergie a indiqué que les stocks actuels représentent 16 jours d’essence et 21 jours de diesel. En Afrique du Sud, les analystes estiment que les réserves ne couvrent qu’environ deux semaines d’approvisionnement, ce qui pourrait conduire à un rationnement du carburant si la crise se prolonge.

Le Nigeria, pourtant producteur, sous pression

Même les pays producteurs de pétrole ne sont pas à l’abri. Au Nigeria, premier producteur africain, les prix à la pompe ont fortement augmenté. À Lagos, l’essence atteint environ 1 400 nairas par litre, tandis que le diesel dépasse 1 650 nairas.

La raffinerie Dangote Petroleum, la plus grande du continent, explique que les tensions au Moyen-Orient perturbent les chaînes d’approvisionnement mondiales et font grimper à la fois le prix du brut et les coûts de transport maritime.

Pour limiter l’impact sur les consommateurs, la raffinerie a réduit son prix de vente de l’essence à 1 075 nairas le litre, absorbant près de 20 % de la hausse des coûts. Mais elle prévient que de nouvelles augmentations restent possibles si l’accès au pétrole brut devient plus difficile.

Des pays particulièrement exposés au choc pétrolier

Une analyse du cabinet Zero Carbon Analytics identifie plusieurs pays africains particulièrement vulnérables à la hausse des prix du pétrole. Parmi eux figurent le Sénégal, le Bénin, l’Érythrée, le Burkina Faso et la Zambie, en raison de leur forte dépendance aux importations et de réserves de change limitées.

En Afrique du Sud, la facture d’importation de pétrole pourrait augmenter de 6,1 milliards de dollars par an si les prix restent au-dessus de 100 dollars. Selon des données relayées par Bloomberg, chaque hausse de 20 dollars du baril détériore la balance courante du pays d’environ 1 % du PIB.

Inflation énergétique et hausse des prix alimentaires

La crise énergétique pourrait également se transmettre rapidement à l’ensemble de l’économie. Les devises de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne se sont déjà affaiblies, les investisseurs se tournant vers des actifs jugés plus sûrs.

La hausse du pétrole risque aussi d’entraîner une augmentation des prix alimentaires, notamment via le coût des engrais. Les engrais azotés dépendent du gaz naturel, dont les prix ont fortement augmenté après le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, un passage stratégique pour le commerce mondial d’énergie.

Diversification énergétique : une urgence stratégique

Face à cette situation, les experts appellent à accélérer la transformation du secteur énergétique africain. Les priorités incluent le développement des énergies alternatives, l’augmentation des capacités de raffinage locales et la constitution de réserves stratégiques de carburant plus importantes.

L’Agence internationale de l’énergie a annoncé une libération historique de 400 millions de barils provenant des réserves stratégiques de ses membres pour stabiliser le marché. Toutefois, de nombreux pays africains, qui ne font pas partie de ce système, pourraient ne pas bénéficier rapidement de cet allègement.

La crise actuelle souligne ainsi la nécessité pour le continent de renforcer son autonomie énergétique afin de réduire son exposition aux chocs géopolitiques mondiaux.

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