Le marché de l’or traverse l’une des zones de turbulences les plus sévères de son histoire moderne. Ce lundi matin, les contrats à terme ont plongé de 7 %, ramenant le métal fin à son niveau de clôture de l’année précédente. L’or au comptant s’échange désormais sous les 4 320 dollars l’once, un seuil psychologique majeur.
Ce recul est d’autant plus frappant qu’il intervient en pleine escalade militaire. Alors que l’opération Epic Fury — la campagne américano-israélienne contre les infrastructures iraniennes — entre dans sa quatrième semaine, l’or semble incapable de jouer son rôle traditionnel de bouclier contre l’incertitude. Depuis le déclenchement des hostilités le 28 février, les cours ont fondu de 14 %, s’éloignant radicalement du sommet historique de 5 589 dollars atteint fin janvier.
Le revers de la médaille d’un placement trop populaire
L’explication de ce paradoxe réside d’abord dans la structure technique du marché. En 2025, l’or était devenu l’actif « à la mode », porté par une hausse spectaculaire de 53 %. Cette envolée a attiré une foule hétéroclite : hedge funds, algorithmes de trading systématique et investisseurs particuliers.
Selon les analyses du Wall Street Journal, cette concentration extrême a rendu le marché vulnérable. Dès les premiers signes de tension mondiale, l’or est devenu la principale source de liquidité pour les investisseurs pressés. Pour couvrir des appels de marge sur d’autres classes d’actifs ou réduire l’exposition globale au risque, les fonds ont vendu ce qui était le plus facile à liquider : leurs profits sur l’or.
Les banques centrales sous la pression du choc pétrolier
Un autre pilier historique du marché vacille : la demande des institutions monétaires. En 2025, les banques centrales avaient accumulé 850 tonnes d’or, cherchant à diversifier leurs réserves face à l’instabilité du dollar.
Cependant, l’envolée des prix de l’énergie change la donne. Avec un baril de Brent en hausse de plus de 50 % depuis la mi-février, les pays importateurs de pétrole voient leurs balances commerciales se dégrader. Pour financer leurs factures énergétiques vitales, certaines nations pourraient être contraintes de puiser dans leurs réserves d’or plutôt que d’en acheter, transformant un moteur de croissance en une source potentielle de pression vendeuse.
La Réserve fédérale durcit le ton
Enfin, le facteur monétaire américain assène le coup de grâce. Loin de provoquer un assouplissement, le conflit en cours ravive les craintes inflationnistes via le prix du brut. En conséquence, la Réserve fédérale a gelé ses projets de baisse de taux, maintenant son taux directeur entre 3,50 % et 3,75 %.
« Le marché intègre désormais une probabilité de 50 % pour une hausse des taux d’ici octobre », notent plusieurs analystes financiers.
Face à des rendements obligataires qui grimpent et un dollar qui se renforce, l’or — actif non rémunérateur par excellence — perd de son attrait comparatif. Si JPMorgan reste optimiste à long terme, estimant qu’une crise énergétique prolongée finira par favoriser le métal jaune, la réalité immédiate est brutale : l’or est, pour l’heure, la victime la plus visible de la crise qu’il était censé protéger.
