Industrie : Quel avenir pour le secteur de la plasturgie ?

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Comme d’autres filières industrielles, le secteur de la plasturgie souffre d’un manque d’activité.

Mouldi Attia est un ingénieur de formation. Il a effectué ses études à l’Institut supérieur des matériaux à Paris (Icmcm). Il a passé deux ans de spécialisation dans le domaine des polymères et de la plasturgie, une année au laboratoire de plasturgie du Conservatoire des arts et métiers de Paris et une autre dans la région d’Oyonnax capitale de la plasturgie en France, dont l’appellation est «Plastics vallée», et ce, dans un centre technique (Adepa), où les professionnels du monde entier développent leurs produits plastiques. Cette région abrite 250 fabricants de moules pour la production de pièces en plastique. Ceci a permis à Mouldi Attia d’être recruté, en 1988, au Centre technique des industries mécaniques et électriques (Cetime) à Sousse, comme ingénieur chef de produit moule. Il a passé deux années, où il s’occupait de la conception et de la fabrication des moules. Au cours des deux ans passés au Cetime, il a pu connaître le tissu industriel tunisien en mécanique, plastique, fonderie…

L’importance de la formation Il est à rappeler que le Cetime est un centre technique, créé pour aider les entreprises tunisiennes à expertiser leurs équipements et les soutenir pour le développement de leurs produits. En 1990, M.Attia a créé sa première société, baptisée à l’époque «Plastic Maintenance», pour concevoir, fabriquer les moules et surtout faire la maintenance des équipements pour ses clients, tunisiens et étrangers. Convaincu que le plastique technique pour la fabrication des pièces automobiles, pièces électriques, cosmétiques et pharmaceutiques est stratégique pour la Tunisie, cet ingénieur a été à l’origine de la création d’un Centre de formation de plastique à Sousse en 1994.

«Le développement de ce secteur doit passer par la formation ayant pour but de fournir une main-d’œuvre qualifiée qui pourra encourager les entreprises européennes dans ce secteur et les inciter à venir s’installer en Tunisie», souligne M.Attia. Entre 1996 et 2011, beaucoup de groupes dans ce domaine ont ouvert un site en Tunisie. Par exemple, Thierry Lemarois, dirigeant de la société Sitel international, installée à Ancy, a signé avec le ministère de la Formation pour effectuer une formation complémentaire pour toute la première promotion du Centre de formation de Sousse et a décidé de s’installer avec une usine à La Soukra.

Le nombre de sociétés européennes installées en Tunisie et spécialisées dans la fabrication de pièces techniques plastiques a beaucoup augmenté. «Nous sommes passés de la transformation d’à peine 5.000 t de plastiques techniques, en 1996, à environ 60.000 t, en 2011», assure Mouldi Attia. Il poursuit que la Tunisie doit exporter des produits à haute valeur ajoutée, surtout pour le marché européen qui reste très demandeur. Ce marché a besoin de coopérer avec d’autres pays, en raison des difficultés rencontrées, actuellement, avec le marché chinois (coût cher du transport…). En effet, la Tunisie a une main-d’œuvre qualifiée qui offre le meilleur rapport qualité-prix dans le domaine du plastique, surtout pour la fabrication des sous ensembles : produire, décorer et faire le parachèvement des pièces plastiques.

Faire face à la concurrence Au cours de son parcours pour l’accompagnement des sociétés qui se sont installées en Tunisie, M.Attia a travaillé dur pour convaincre les dirigeants européens à venir s’installer en Tunisie. «Face à une concurrence rude venant de pays, comme le Maroc ou la Roumanie…, la Tunisie doit présenter des prestations comparables à l’Europe, comme les coûts-horaires et le savoir-faire…». Il est important, de rappeler que même si, après 2011, le nombre de nouvelles implantations a diminué, les groupes qui ont des sites en Tunisie ont toujours les meilleurs résultats, même face à la Chine. «Nous pouvons nommer : Valeo, Sagem, Pvl, Microtechnique, Thomas, Acaplast, Visteon, Plastika, , Vernicolor… il s’agit d’un nombre assez important, comparé au voisin marocain, qui ne compte qu’une seule société européenne», déclare M.Attia.

Il précise que le fait de travailler pour la transformation d’une pièce plastique, uniquement, n’est pas intéressant pour la Tunisie. Ce qui est plus rentable, c’est de produire la pièce, la réaliser entièrement, la décorer afin de réaliser un ensemble cohérent pour ensuite le présenter aux clients. Le travail, que présenteront les entreprises tunisiennes à leurs clients
européens, doit être l’effort de plusieurs métiers. Le moulage nécessite un savoir-faire important en mécanique de précision, surtout les techniques liées à la décoration, telles que le marquage à chaud, la sérigraphie, la tampographie… «Chaque matière première technique transformée est un cas particulier : les conditions de transformation, la préparation du moule et la matière ne sont pas toujours les mêmes. Pour réussir à produire une pièce conforme aux exigences du client, l’équipement et les conditions de transformation sont stricts au niveau du processus», insiste M.Attia. Les unités de production dans ce secteur sont dotées souvent d’un bureau d’études pour le développement et la conception de leur outillage en interne, «mais souvent nous faisons appel à des bureaux d’études externes», note M.Attia. Certaines usines confectionnent leurs outillages en Chine ou en Europe face au manque du savoir-faire des usines de fabrication de moules en Tunisie, précise le responsable.

«Souvent, les unités de fabrication en Tunisie ne disposent que d’un atelier de mécanique pour la maintenance de leurs moules». Une main-d’œuvre féminine Il est très important de former des techniciens en moulage en Tunisie. Aujourd’hui, avec ce qui se passe en Chine et avec des coûts de plus en plus chers, la plasturgie est un secteur d’activité qui est largement ouverte aux femmes. La présence de la femme dans ce secteur est très élevée. La main-d’œuvre féminine tunisienne est largement productive, même en comparaison avec la main-d’œuvre chinoise. «Plusieurs groupes européens, qui disposent de sites de production en Chine et en Tunisie, le confirment». La plupart des entreprises du secteur plastique technique travaillent pour l’export. «Produire et exporter dans les délais est très important, mais la Tunisie n’a pas travaillé pour améliorer la logistique, l’infrastructure routière, remédier aux problèmes des ports avec des bateaux toujours en rade à cause du manque de quais ou de grèves du personnel du port, sans parler aussi de problèmes liés à la douane et à l’administration», déclare Mouldi Attia. Ce qui est important dans ce secteur, c’est qu’une unité de production peut se convertir en s’adaptant aux marchés et à la demande. Face à une crise mondiale et, surtout, aux coûts élevés du transport provenant de Chine et délais de plus en plus longs, la Tunisie a une chance pour répondre à une demande européenne dans certains secteurs, comme le pharmaceutique, la cosmétique, les jouets, l’électroménager… qui sont produits à hauteur de 90% sur les sites chinois. «Pour la Tunisie, il y a une place à prendre sur la marché mondial pour produire et exporter, surtout que nous avons implanté un vrai savoir-faire.

La Turquie a bien compris le message en profitant de cette conjoncture pour gagner beaucoup de marchés. Je dirais qu’il s’agit d’un secteur stratégique, où nous devrons investir pour l’avenir, tel que nous l’avons déjà décidé en 1993, lors de l’élaboration du 9e Plan économique national», conclut Attia.

Sabrine AHMED

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