La Tunisie face aux turbulences du Moyen-Orient : l’IACE dresse un diagnostic économique alarmant

Date:

Dans un rapport publié le 19 mars 2025, l'Institut Arabe des Chefs d'Entreprises tire la sonnette d'alarme : la guerre au Moyen-Orient expose l'économie tunisienne à des chocs multiples — énergie, inflation, commerce extérieur — et appelle à des réformes urgentes.

L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) a publié le 19 mars dernier un rapport circonstancié sur les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie tunisienne. Le constat est préoccupant : dans un pays fortement dépendant des importations énergétiques, les canaux de transmission du choc sont nombreux et les marges de manœuvre étroites.

Une économie structurellement vulnérable aux chocs énergétiques

La Tunisie ne produit localement qu’environ 35 % de ses besoins en hydrocarbures. Cette dépendance structurelle place le pays en première ligne dès que les prix de l’énergie s’emballent ou que les routes d’approvisionnement se grippent.

L’IACE rappelle que les subventions énergétiques représentent déjà près de 3,3 % du PIB. Dans ce contexte, chaque dollar supplémentaire sur le cours du baril de brut se traduit mécaniquement par un surcoût estimé à 164 millions de dinars pour les finances publiques. Or, la loi de finances 2026 a été bâtie sur une hypothèse de 63 dollars le baril — un niveau que les tensions régionales pourraient dépasser.

Les finances publiques sous pression

Le risque budgétaire ne se limite pas à la facture énergétique. L’Institut souligne que la hausse des coûts logistiques et du transport international, conjuguée au durcissement des conditions de financement sur les marchés extérieurs, pourrait accentuer la pression sur un État déjà contraint dans ses capacités d’emprunt.

Les entreprises publiques du secteur énergétique sont particulièrement exposées. La STEG et la STIR, toutes deux tributaires des subventions de l’État, risquent de voir leurs tensions de trésorerie s’aggraver, avec des effets en cascade sur les engagements financiers publics.

La balance des paiements, autre point de fragilité

Sur le front extérieur, la situation n’est guère plus rassurante. Près de 98 % du commerce extérieur tunisien transite par voie maritime. Toute perturbation des chaînes logistiques ou envolée des coûts de fret se répercute directement sur le prix des importations — à commencer par les produits énergétiques.

L’IACE identifie néanmoins quelques facteurs d’atténuation : la relative stabilité des transferts des Tunisiens résidant dans les pays du Golfe et le maintien des réservations touristiques pourraient limiter l’impact à court terme sur les réserves en devises.

Inflation et ralentissement de la croissance : le double risque

Le renchérissement des produits importés et des intrants industriels nourrit un risque inflationniste. L’Institut pointe également la tentation du financement monétaire pour combler les déficits budgétaires — une option qui amplifie les pressions sur les prix.

Du côté de la croissance, les effets pourraient se manifester via un ralentissement de la demande européenne, principal débouché de l’industrie tunisienne. Les secteurs du textile, de l’habillement et des industries mécaniques et électriques sont jugés particulièrement exposés. Le tourisme et le transport aérien pourraient aussi pâtir des incertitudes géopolitiques, tandis que l’agriculture et l’industrie chimique risquent de se heurter à des difficultés d’approvisionnement en intrants.

Ce que préconise l’IACE : un plan en deux temps

Face à ces risques, l’IACE formule des recommandations articulées à court et moyen terme.

À court terme, l’Institut appelle à constituer des stocks stratégiques d’hydrocarbures et de produits alimentaires, à soutenir les petits agriculteurs pour maintenir la production locale et à lancer un programme d’économie d’énergie dans le secteur public. Le développement du télétravail dans certains secteurs est également évoqué pour réduire la consommation énergétique liée aux déplacements.

L’IACE recommande par ailleurs un suivi renforcé d’indicateurs clés : prix du Brent, coûts du transport maritime, inflation dans les économies avancées et décisions des grandes banques centrales.

À moyen terme, la feuille de route porte sur deux axes structurants. D’abord, renforcer la sécurité alimentaire en développant les filières céréalières, avec pour objectif une autosuffisance en blé dur. Ensuite, accélérer la transition énergétique : investissements dans les renouvelables, mise en place d’une autorité de régulation indépendante et adoption d’un code des énergies renouvelables.

L’Institut appelle enfin à relancer les réformes structurelles en suspens — révision du code des changes et de la loi sur l’investissement — pour améliorer le climat des affaires et renforcer la compétitivité nationale.

Une résilience à construire, pas à attendre

La combinaison de ces mesures, à court et moyen terme, constitue selon l’IACE le levier le plus efficace pour réduire la vulnérabilité de l’économie tunisienne aux chocs extérieurs. Elle suppose une coordination accrue entre politique budgétaire et politique monétaire, et une adaptation continue de la stratégie économique nationale à un environnement international instable.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : Tunis fédère les acteurs régionaux autour d’un Manifeste pour la transition verte

À l’issue d’une conférence internationale à Tunis, les acteurs de l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud ont adopté un Manifeste structurant autour de dix axes clés pour accélérer la transition vers l’économie verte et circulaire.

Ramadan : Un Mois Propice pour rompre avec la cigarette

Le mois sacré de Ramadan offre une opportunité unique pour ceux qui désirent se libérer de l'emprise de la cigarette.

OPPO A78, le nouveau smartphone bientôt en Tunisie

OPPO, la marque leader sur le marché mondial des appareils connectés, vient d’annoncer l’arrivée sur le marché tunisien de son dernier smartphone A78, à partir du 1er septembre 2023.
00:03:27

OPPO Tunisie lance les nouveaux smartphones Reno8 T 4G, Reno8 T 5G, un design élégant et une fluidité totale

OPPO vient d’annoncer le lancement, en Tunisie, de ses derniers modèles de smartphones de la série Reno, les nouveaux Reno8 T et Reno8 T 5G, avec une offre spéciale durant tout le mois de mars 2023.

A lire également
A lire également

EuroMed Clusters Forward : Cap sur la transition technologique et l’industrie 4.0 à Tunis

Comment les clusters peuvent-ils propulser l'industrie maghrébine ? Rendez-vous au Sheraton Tunis pour le EuroMed Clusters Policy Seminar, une étape clé pour l'intégration des chaînes de valeur entre les deux rives de la Méditerranée.

Guerre Iran–États-Unis–Israël : la BERD prépare une aide d’urgence face aux chocs énergétiques et financiers

La BERD envisage des mesures d’urgence pour soutenir les économies fragilisées par la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Hausse des prix de l’énergie, tensions sur les engrais et coût de la dette en hausse accentuent les risques économiques mondiaux.

Leasing en Tunisie : une croissance qui ralentit mais reste solide en 2025

Le secteur tunisien du leasing clôture l’année 2025 avec une croissance modérée mais solide. La production atteint 2,53 milliards de dinars et les encours dépassent 4,46 milliards, confirmant le rôle stratégique du leasing dans le financement des entreprises, notamment des PME.

Tunisie : pourquoi la réindustrialisation est essentielle pour sortir du piège du revenu intermédiaire

Face au piège du revenu intermédiaire, la Tunisie doit accélérer sa réindustrialisation. Selon une analyse d’économistes tunisiens, le développement du secteur manufacturier et des exportations technologiques est essentiel pour renforcer la compétitivité et relancer la croissance.

Exportations : la Chambre de commerce et d’industrie du Centre lance des consultations personnalisées pour les entreprises

La CCIC met en place, le 2 avril 2026, une séance de consultations personnalisées pour soutenir les entreprises du centre dans leur stratégie d’exportation. Informations réglementaires, prospection de marchés africains, maghrébins ou européens et mise en relation seront au programme.

Croissance mondiale 2026 : Fitch revoit ses prévisions à la hausse mais alerte sur un risque majeur si le pétrole atteint 100 $

Dans ses Perspectives économiques mondiales de mars 2026, Fitch relève ses prévisions de croissance mondiale à 2,6 %. Mais l’agence avertit qu’un pétrole durablement à 100 $ le baril pourrait ralentir la croissance mondiale et raviver les tensions inflationnistes.

Bayer accompagne l’agriculture tunisienne vers plus de performance et de résilience climatique

À Tunis, Bayer a présenté sa stratégie pour accompagner l’agriculture tunisienne vers plus de durabilité et de compétitivité. Formation annuelle de 2 000 agriculteurs, partenariats scientifiques et outils numériques figurent parmi les leviers clés de cette transformation.

Sociétés communautaires en Tunisie : Entre solidarité locale et aubaine fiscale, ce qu’il faut savoir

Entre fiscalité avantageuse et développement local, les sociétés communautaires transforment le paysage économique tunisien. Analyse complète des nouvelles dispositions légales avec l'expert Mohamed Salah Ayari sur les bénéfices et le financement.