Tunisie : Les taxes douanières américaines, un risque majeur pour l’économie ?

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Une onde de choc protectionniste émane de Washington, et ses répercussions pourraient bien frapper de plein fouet les économies du monde arabe, Tunisie en tête. C’est l’avertissement sans équivoque lancé par la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (CESAO) dans une récente note d’information. L’introduction de nouvelles taxes douanières par les États-Unis, motivée par une logique de repli protectionniste, constitue une menace directe pour les exportations de plusieurs nations arabes vers le lucratif marché américain. Le volume total de ces échanges, s’élevant à un montant considérable de 22 milliards de dollars selon les estimations de la CESAO, se trouve désormais sous un nuage d’incertitude. Pour la Tunisie, dont les liens commerciaux avec les États-Unis, bien que moins massifs qu’avec l’Europe, représentent une source de revenus non négligeable, cette évolution pourrait se traduire par un frein à la croissance de certains secteurs exportateurs.

La Tunisie et ses pairs face à un risque financier accru : l’effet domino des politiques tarifaires américaines

Les économies arabes à revenu intermédiaire, parmi lesquelles figurent la Tunisie, l’Égypte, le Maroc et la Jordanie, se retrouvent particulièrement exposées aux turbulences induites par ce nouveau paysage commercial international. La CESAO met en lumière un risque d’alourdissement significatif des charges financières pour ces nations. En cause, la perspective d’une augmentation des taux d’intérêt sur leurs obligations souveraines, directement alimentée par l’incertitude macroéconomique que distillent les politiques tarifaires américaines. Cette tension financière pourrait considérablement renchérir l’accès aux financements internationaux, une source vitale pour soutenir les projets de développement et maintenir la stabilité économique de ces pays, y compris la Tunisie.

Un surcoût de 114 millions de dollars en 2025 : l’impact concret sur les budgets nationaux

L’impact financier de ces mesures protectionnistes ne fera que s’intensifier dans un avenir proche. La CESAO anticipe ainsi qu’en 2025, les pays concernés devront collectivement supporter un surcoût de l’ordre de 114 millions de dollars au titre des paiements d’intérêts supplémentaires. Cette ponction budgétaire non négligeable risque de réduire d’autant les marges de manœuvre des États, y compris celui de la Tunisie, dans le financement de politiques publiques essentielles, qu’il s’agisse de programmes sociaux, d’investissements dans l’éducation ou de projets d’infrastructure cruciaux pour le développement économique.

Dépendance européenne et chinoise : une vulnérabilité structurelle pour la Tunisie et le Maroc

L’analyse de la CESAO souligne également un risque de contraction de la demande mondiale, un effet indirect mais potentiellement dévastateur des tensions commerciales initiées par les États-Unis. Cette contraction pourrait se manifester particulièrement chez des partenaires commerciaux de premier plan pour la région arabe, tels que la Chine et l’Union Européenne. Or, la Tunisie et le Maroc affichent une dépendance marquée vis-à-vis du marché européen, absorbant respectivement 72 % et 68 % de leurs exportations. Cette forte concentration géographique des débouchés commerciaux constitue une vulnérabilité structurelle qui pourrait amplifier les effets négatifs d’un ralentissement économique chez leurs principaux partenaires.

Intégration régionale : une réponse impérative pour renforcer la résilience économique

Face à ces vents contraires, la CESAO préconise une accélération решительная des initiatives d’intégration économique régionale. La mise en œuvre rapide de la zone arabe de libre-échange, la relance de l’union douanière du Golfe et la redynamisation de l’accord d’Agadir sont présentées comme des priorités. Ces mécanismes sont perçus comme des outils essentiels pour stimuler le commerce intra-régional, diversifier les débouchés et, in fine, réduire la dépendance excessive des économies arabes, y compris celle de la Tunisie, vis-à-vis des grandes puissances économiques et de leurs politiques commerciales parfois erratiques.

Repositionnement stratégique et réformes structurelles : la voie vers une compétitivité accrue

La Commission insiste également sur la nécessité d’une transformation structurelle des économies arabes. Un repositionnement stratégique au sein des chaînes de valeur mondiales, passant par des investissements ciblés dans les infrastructures logistiques, une amélioration du cadre réglementaire et une modernisation du marché du travail, est jugé indispensable. Ces mesures visent à renforcer la compétitivité des nations de la région, à attirer davantage d’investissements directs étrangers et à impulser une croissance économique plus robuste et durable pour des pays comme la Tunisie.

Rola Dashti (CESAO) : « Une crise porteuse d’opportunités de réformes profondes »

Pour Rola Dashti, secrétaire exécutive de la CESAO, cette période de turbulences doit être perçue par la région arabe non pas comme une fatalité, mais comme une opportunité stratégique. Elle affirme avec conviction : « La région arabe se trouve à un carrefour économique crucial. Malgré les défis immédiats posés par ces taxes, ces dernières offrent une opportunité sans précédent de construire des économies plus résilientes, diversifiées et intégrées à travers le monde arabe. »

Dans un contexte où la Tunisie, à l’instar de nombreux pays arabes, s’efforce de diversifier ses partenariats économiques et de renforcer sa capacité à absorber les chocs externes, l’appel de la CESAO à une intégration régionale accrue et à des réformes structurelles profondes pourrait bien tracer la voie d’une plus grande résilience et d’une prospérité partagée. L’heure est à l’action pour saisir cette « opportunité » de transformation.

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