Entreprises en Tunisie : domination des microstructures, poids fiscal du privé et fragilité du secteur public en 2025

Date:

Le Rapport national sur l’entreprise en Tunisie 2025 dresse un état des lieux détaillé du tissu productif. Il révèle une économie dominée par les microentreprises, un secteur privé moteur de l’emploi et des recettes fiscales, et des entreprises publiques dont le déficit pèse lourdement sur les finances de l’État.

Une économie dominée par les très petites entreprises

Fin 2023, la Tunisie comptait 824 593 entreprises, dont 87,5% sans salariés. Cette structure montre une économie largement portée par l’auto-emploi et les activités de subsistance. Les entreprises employeuses ne sont que 103 518 unités, réparties entre 89 958 microentreprises (87%), 12 663 PME (12,23%) et seulement 897 grandes entreprises (0,87%).

Malgré leur nombre limité, les entreprises privées jouent un rôle central : elles génèrent 58,7% de la valeur ajoutée nationale, assurent 79,2% de l’investissement total — soit environ 10 513 millions de dinars par an — et fournissent 43% de l’emploi formel, ce qui représente près de 1,13 million de salariés.

Microentreprises : nombreuses mais peu productives

Les microentreprises constituent le socle du tissu productif. Elles représentent 86,9% des entreprises employeuses, mais seulement 17,8% de l’emploi salarié (207 683 postes) et à peine 3% des impôts directs.

Leur activité se concentre dans le commerce (29,5%), l’industrie légère (16,3%) et les services sociaux (14,4%). Elles sont particulièrement présentes dans les Districts II (10,49%) et IV (10,94%). Leur nombre a progressé de 5,2% entre 2021 et 2023, mais leur faible capitalisation limite leur capacité à croître, investir ou innover.

PME : le maillon stratégique de la croissance

Les PME, au nombre de 12 663, ne représentent que 12,23% des entreprises employeuses, mais elles concentrent 38,3% de l’emploi total, soit environ 445 900 postes. Elles jouent un rôle essentiel dans l’industrialisation et la structuration des chaînes de valeur.

Leur présence est marquée dans l’industrie (40%), le commerce de gros (20,7%) et les services spécialisés (10,2%). Leur croissance reste toutefois limitée (+3,7% entre 2021 et 2023), freinée par l’accès au financement, l’innovation et la taille critique. Les Districts II et IV concentrent la plus forte densité de PME.

Grandes entreprises : peu nombreuses mais décisives

Les grandes entreprises ne sont que 897, mais elles assurent 44% de l’emploi salarié (511 988 postes). Elles dominent les secteurs exportateurs — agroalimentaire, textile-habillement, chimie — et concentrent l’essentiel des capacités de recherche et développement.

Leur nombre a augmenté de 10,6% entre 2021 et 2023, signe d’une certaine résilience. Elles sont majoritairement implantées dans les Districts I, II et III, accentuant les déséquilibres régionaux.

Un secteur privé pilier des finances publiques

Le secteur privé assure environ 52 à 53% des recettes fiscales totales :

  • Impôt sur les sociétés (IS) : 13,24% des recettes fiscales
  • TVA collectée : environ 28%
  • IRPP retenu à la source : environ 11%

Cependant, le nombre d’entreprises déclarantes à la DGI est passé de 113 137 en 2023 à 103 756 en 2024, soit une baisse de 8,3%, ce qui traduit une contraction de la base imposable malgré une hausse des chiffres d’affaires déclarés.

Entreprises publiques : un poids budgétaire préoccupant

La situation des entreprises publiques contraste fortement avec celle du privé. En 2022, elles ont versé 7 620,8 MDT à l’État mais reçu 14 560,6 MDT en transferts publics. L’écart net atteint –6 940 MDT.

Sur la période 2020–2024, le déficit moyen annuel est de 2 338,6 MDT, soit 22,13% du déficit budgétaire total, avec un pic à 62,7% en 2022. Les subventions publiques moyennes atteignent 9 809 MDT par an et le déficit moyen s’élève à 2 981 MDT. Le salaire annuel moyen dans ces entreprises est de 45 217 dinars.

Entreprises communautaires : un modèle encore embryonnaire

Depuis 2022, 268 annonces de création ont été publiées, mais seulement 64 entreprises ont été effectivement créées et une vingtaine réellement actives.

Le secteur agriculture et pêche domine (56%), suivi des services (13%), du transport (7%) et du tourisme (6%). Les Districts III et IV concentrent 56,5% des annonces. Les gouvernorats les plus dynamiques sont Gafsa (29), Béja (27), Sfax (24) et Sidi Bouzid (22).

Industrie manufacturière : salaires en hausse, investissement en recul

Dans l’industrie manufacturière, le salaire annuel moyen est de 12 886 dinars. La masse salariale est passée de 4 437 MDT en 2017 à 7 239 MDT en 2022, soit une hausse de 63,1%.

Les grandes entreprises manufacturières assurent 43% de l’emploi salarié privé et 18% de la valeur ajoutée marchande. Toutefois, le coefficient du capital recule dans presque toutes les branches :

  • IAA : 0,27 → 0,248
  • Textile (ITHCC) : 0,40 → 0,33
  • Chimie : 0,49 → 0,40
  • IME : 0,20 → 0,182

Cette baisse traduit davantage un désinvestissement qu’un gain de productivité.

Le stock moyen de capital par entreprise illustre les écarts :
Chimie (457 447 DT), IAA (335 579 DT), IME (185 874 DT), Textile (159 890 DT).

Un modèle économique à rééquilibrer

Le rapport met en évidence une économie caractérisée par une fragmentation excessive, une dépendance fiscale vis-à-vis d’un nombre limité d’entreprises privées et un secteur public structurellement déficitaire.

Trois priorités émergent :

  1. Aider les microentreprises à franchir le cap vers la PME
  2. Réformer la gouvernance des entreprises publiques
  3. Relancer l’investissement industriel et technologique

Ces réformes conditionnent la compétitivité, l’emploi et la soutenabilité budgétaire de la Tunisie.

Un tournant décisif pour l’entreprise tunisienne

Le paysage entrepreneurial tunisien révèle un paradoxe clair : un tissu d’entreprises dense mais peu productif, porté numériquement par les microstructures, tandis que la création de valeur, l’emploi formel et l’investissement reposent sur un nombre restreint de PME et de grandes entreprises. Le secteur privé demeure le pilier des finances publiques, assurant plus de la moitié des recettes fiscales, alors même que sa base déclarative se rétrécit.

À l’inverse, les entreprises publiques continuent de peser lourdement sur l’équilibre budgétaire, avec des déficits chroniques et des transferts massifs de l’État. Cette situation limite les marges de manœuvre pour soutenir l’investissement productif et l’innovation, pourtant essentiels à la modernisation de l’économie.

L’enjeu central n’est donc plus seulement de créer des entreprises, mais de faire grandir celles qui existent. La transformation des microentreprises en PME, le renforcement des capacités d’investissement industriel et technologique, et l’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques constituent des leviers majeurs pour rééquilibrer le modèle économique.

L’avenir de la croissance tunisienne dépendra ainsi de sa capacité à élargir sa base productive formelle, à réduire les déséquilibres régionaux et à orienter l’investissement vers des secteurs à forte valeur ajoutée. L’entreprise, dans toutes ses tailles, reste au cœur de cette équation.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Bourse de Tunis : le Tunindex termine octobre à 18 622 points

À la Bourse de Tunis, octobre se termine sur un rebond de dernière minute. Le Tunindex gagne 1,29 % et les banques tirent le marché, tandis que les échanges quotidiens reculent d’un tiers et que la capitalisation frôle 46 milliards de dinars.

JAECOO J5 EV en Tunisie : Ulysse Car Trade lance le SUV 100 % électrique à 74 900 TND

Ulysse Car Trade dévoile le JAECOO J5 100 % électrique en Tunisie : 211 ch, 402 km d’autonomie WLTP, recharge de 30 à 80 % en 28 minutes, toit panoramique, coffre de 480 litres et garantie globale de 7 ans, pour 74 900 TND.

Accor : Verdi Hotels intègre Handwritten Collection, dont la Tunisie

Verdi Hotels, plateforme hôtelière haut de gamme lancée en 2024 par IHI plc, s’appuiera sur la distribution, le marketing et la fidélité d’Accor. En Tunisie, le Verdi Tunis Beach Resort, sur les Côtes de Carthage, est concerné.

ESET sécurise les usages de l’IA des particuliers et des petites entreprises

Conversations avec l’IA, agents autonomes, navigateur, iPhone et iPad : ESET étend sa protection aux nouveaux usages. Selon le Rapport ESET sur les menaces du S1 2026, 3,11 % des compétences d’IA analysées sont manifestement malveillantes.

A lire également
A lire également

Bourse de Tunis : le Tunindex termine octobre à 18 622 points

À la Bourse de Tunis, octobre se termine sur un rebond de dernière minute. Le Tunindex gagne 1,29 % et les banques tirent le marché, tandis que les échanges quotidiens reculent d’un tiers et que la capitalisation frôle 46 milliards de dinars.

Accor : Verdi Hotels intègre Handwritten Collection, dont la Tunisie

Verdi Hotels, plateforme hôtelière haut de gamme lancée en 2024 par IHI plc, s’appuiera sur la distribution, le marketing et la fidélité d’Accor. En Tunisie, le Verdi Tunis Beach Resort, sur les Côtes de Carthage, est concerné.

Sommet Russie-Afrique à Moscou : Sarra Zaâfrani Zenzri reçue par Poutine au Kremlin

À Moscou, Sarra Zaâfrani Zenzri a été reçue par Vladimir Poutine avec plusieurs dirigeants africains, avant de prendre part au forum économique et humanitaire Russie-Afrique et de s’entretenir avec le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb.

Matières premières : +23 % en 2026, selon la Banque mondiale

Brent à 91 dollars, métaux à des niveaux record, alimentation sous tension : le Commodity Markets Outlook de la Banque mondiale dessine une année 2026 sous haute pression pour les économies importatrices.

Formation export : la CCI Cap Bon lance un appel d’offres

Vous dirigez un centre de formation ? La CCI du Cap Bon ouvre une consultation sur l’export, le marketing et la veille économique. Retrait du cahier des charges à Nabeul, dépôt avant le 3 novembre : voici la marche à suivre.

Journée de l’ONU : la Tunisie plaide pour un ordre fondé sur le droit

La Tunisie plaide pour une réforme globale de l’ONU et un ordre international fondé sur la souveraineté des États, le dialogue et la force du droit, à l’occasion du 81e anniversaire de l’Organisation et des 70 ans de son adhésion.

Croissance Tunisie 2026 : la reprise reste fragile

2,7 % de croissance attendue en 2026, contre 3,3 % prévus au départ : la Tunisie rebondit, mais sur quelles bases ? Investissement atone, importations en forte hausse, prix alimentaires à +8,4 %. Voici ce que disent les chiffres.

Huile d’olive : la BCT appelle les banques à financer la campagne 2026-2027

Dans sa note n° 254, la BCT enjoint les banques de renforcer leurs concours à la filière oléicole pour 2026-2027. Récolte, trituration, stockage, exportation : tous les maillons de la chaîne sont visés.