Deux commandes records qui font trembler le marché des semi-conducteurs
Le marché mondial de la lithographie vient de connaître une semaine historique. En l’espace d’un mois, les deux plus grands fabricants de mémoire au monde ont engagé des sommes colossales auprès d’ASML, le groupe néerlandais qui détient le monopole absolu sur les machines d’impression de circuits en lumière ultraviolette extrême (EUV) — technologie sans laquelle aucune puce avancée ne peut être fabriquée.
Samsung a commandé environ 20 machines EUV pour équiper la première phase de son usine P5 à Pyeongtaek, pour un montant supérieur à 10 000 milliards de wons, soit 7,4 milliards de dollars. Son rival SK Hynix avait ouvert le bal fin mars avec un contrat de 7,9 milliards de dollars — présenté comme le plus grand engagement EUV jamais révélé publiquement par un client d’ASML. Au total, plus de 15 milliards de dollars d’équipements commandés en quelques semaines.
L’IA générative, moteur d’un réarmement industriel sans précédent
Ces investissements massifs répondent à une demande qui explose : celle des puces mémoire à haute bande passante (HBM), devenues l’élément critique de toute infrastructure d’intelligence artificielle. Nvidia, le fournisseur incontournable des data centers IA, intégrera la prochaine génération HBM4 dans sa plateforme GPU Rubin. Samsung veut en être le fournisseur de référence — et c’est précisément pour cela que l’usine P5 priorise la DRAM sur la mémoire flash NAND, contrairement aux choix industriels classiques.
« Par le passé, on décidait d’abord des lignes NAND. Cette fois, la priorité a été donnée à la DRAM en raison des volumes attendus sur le HBM4 », confirme une source sectorielle au Seoul Economic Daily.
SK Hynix, de son côté, prévoit de quasi-doubler son parc EUV pour atteindre 40 machines, dans le but de consolider sa position sur le marché HBM où il affiche déjà une longueur d’avance technologique.
ASML : un carnet de commandes qui ressemble à une rente stratégique
Pour ASML, ces deux contrats viennent gonfler un carnet de commandes qui atteignait déjà 38,8 milliards d’euros en début d’année, après un quatrième trimestre 2025 record à 13,2 milliards d’euros de réservations — quasi le double des attentes des analystes. Le groupe prévoit un chiffre d’affaires 2026 compris entre 34 et 39 milliards d’euros.
La position d’ASML est structurellement enviable : aucun concurrent ne peut livrer de machines EUV, les délais de fabrication avoisinent 12 mois, et les capacités sont déjà réservées jusqu’en 2027. Les fondeurs qui tarderont à commander risquent tout simplement de rater le cycle de production des puces IA de prochaine génération.
Un signal fort pour les marchés et les investisseurs
Cette séquence de commandes envoie plusieurs signaux clairs aux marchés financiers. D’abord, la demande en infrastructures IA reste structurellement robuste, au-delà des cycles courts. Ensuite, la consolidation de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs s’accélère autour d’un nombre réduit d’acteurs — ASML en tête. Enfin, la Corée du Sud s’impose comme le théâtre central de la bataille mondiale pour la mémoire IA, avec des enjeux géopolitiques et industriels qui dépassent largement les deux groupes concernés.
Les livraisons pour l’usine P5 de Samsung devraient démarrer au deuxième trimestre 2027. D’ici là, chaque semaine sans commande passée auprès d’ASML est, pour un concurrent, une case de perdue dans la course.
