Un accord commercial majeur entre Ottawa et Pékin
Le Premier ministre canadien Mark Carney et le président chinois Xi Jinping ont annoncé vendredi à Pékin la conclusion d’un accord commercial historique portant sur les véhicules électriques (VE) et les produits agricoles, en particulier le canola. Cette entente symbolise un changement profond de la stratégie commerciale du Canada, qui diversifie ses partenariats au-delà des États-Unis.
Concrètement, le Canada autorisera l’importation de jusqu’à 49 000 véhicules électriques chinois à un taux tarifaire réduit de 6,1 %, remplaçant les droits de 100 % instaurés en 2024 par l’ancien Premier ministre Justin Trudeau. Ce quota augmentera progressivement pour atteindre 70 000 véhicules sur cinq ans.
Canola et agriculture : concessions chinoises majeures
En contrepartie, la Chine s’est engagée à réduire drastiquement les droits de douane sur les graines de canola canadiennes, qui passeront d’environ 84 % à 15 % d’ici le 1er mars, selon les autorités des deux pays.
D’autres produits canadiens bénéficieront également de cette détente commerciale. Le tourteau de canola, les homards, les crabes et les pois seront exemptés de droits de douane discriminatoires à compter du 1er mars, au moins jusqu’à la fin de l’année.
Selon Mark Carney, cet accord devrait débloquer près de 3 milliards de dollars de commandes à l’exportation, au profit des agriculteurs, pêcheurs et transformateurs canadiens.
Un réchauffement diplomatique après huit ans de tensions
La rencontre au Grand Palais du Peuple marque la première visite officielle d’un Premier ministre canadien en Chine depuis 2017. Les relations bilatérales s’étaient fortement dégradées en 2018 après l’arrestation au Canada de Meng Wanzhou, dirigeante de Huawei, à la demande des États-Unis. En représailles, la Chine avait emprisonné deux ressortissants canadiens pour espionnage. Les trois personnes ont été libérées en 2021.
« Notre rencontre de l’année dernière a ouvert un nouveau chapitre dans les relations sino-canadiennes », a déclaré Xi Jinping, en référence à son échange avec Mark Carney lors du sommet de l’ASEAN en Corée du Sud en octobre.
Carney a, de son côté, qualifié l’accord de « préliminaire mais historique », soulignant la volonté commune de bâtir une relation adaptée aux nouvelles réalités géopolitiques et économiques mondiales.
Un accord conclu dans un contexte de fortes tensions avec les États-Unis
Ce rapprochement sino-canadien intervient alors que le Canada et la Chine font face aux politiques commerciales protectionnistes des États-Unis, notamment aux droits de douane imposés par le président américain Donald Trump. L’administration américaine a également multiplié les déclarations controversées, allant jusqu’à évoquer l’idée d’un Canada devenant le « 51e État ».
Dans ce contexte, Mark Carney s’est fixé un objectif stratégique clair : doubler les exportations canadiennes hors États-Unis au cours de la prochaine décennie.
Interrogé sur la fiabilité de Pékin, il a déclaré que la relation avec la Chine était devenue « plus prévisible » ces derniers mois, soulignant les résultats économiques tangibles obtenus.
Des inquiétudes persistantes sur le marché automobile
Malgré l’enthousiasme affiché par Ottawa, certaines préoccupations subsistent. Le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a mis en garde contre le risque d’une inondation du marché canadien par des véhicules électriques chinois à bas prix.
Mark Carney a tenté de rassurer en précisant que le plafond de 49 000 VE représente moins de 3 % des ventes annuelles de voitures au Canada, estimées à 1,8 million de véhicules. Il a également affirmé que l’accord devrait attirer des investissements chinois “considérables” dans l’industrie automobile canadienne d’ici trois ans.
Droits de la personne et réalisme diplomatique
Le Premier ministre canadien a confirmé avoir abordé les questions de droits de la personne lors de ses échanges avec Xi Jinping. Il a défendu une approche qu’il qualifie de « réalisme fondé sur les valeurs », affirmant que le Canada continue de soutenir la démocratie, l’intégrité territoriale et le droit à l’autodétermination.
« Nous prenons le monde tel qu’il est, et non tel que nous souhaiterions qu’il soit », a-t-il déclaré.
