Des indicateurs économiques qui surprennent à la hausse
L’économie chinoise a entamé l’année 2026 sur une note encourageante. Selon les données publiées lundi par le Bureau national des statistiques (BNS), la production industrielle a progressé de 6,3 % en glissement annuel sur la période janvier-février, nettement au-dessus des 5 % attendus par les économistes interrogés par Reuters, et en accélération par rapport aux 5,2 % enregistrés en décembre 2025.
Les ventes au détail ont, elles aussi, dépassé les prévisions avec une hausse de 2,8 %, contre 2,5 % anticipés. Plus inattendu encore : l’investissement en actifs fixes a progressé de 1,8 % sur un an, alors que les analystes tablaient sur un repli de 2,1 %. Un revirement notable qui traduit un regain de confiance dans certains segments de l’économie réelle.
Le Nouvel An lunaire, catalyseur de la consommation
Une partie de cette dynamique s’explique par le calendrier. Les neuf jours de congés du Nouvel An chinois, à la mi-février, ont stimulé les dépenses des ménages : billets d’avion, location de voitures, hébergement hôtelier — tous ces secteurs ont enregistré une hausse significative de leur activité.
L’inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie, a d’ailleurs atteint 1,8 % en glissement annuel en février, son plus haut niveau depuis plusieurs mois, reflet direct de cette demande festive.
Reste que la prudence s’impose. La croissance de 2,8 % des ventes au détail marque un ralentissement par rapport aux 4 % enregistrés sur la même période en 2025, signe que la confiance des ménages demeure fragile et que la crise immobilière pèse encore sur les comportements de consommation.
L’immobilier toujours en recul, mais à un rythme moindre
Le secteur immobilier reste le point noir de l’économie chinoise. L’investissement dans ce domaine a encore reculé d’environ 11 % sur les deux premiers mois de l’année, une baisse certes moins sévère que les -17,2 % enregistrés sur l’ensemble de l’exercice 2025, mais qui confirme que le marché n’a pas encore trouvé son plancher.
Cette contraction structurelle continue d’exercer une pression sur la demande intérieure et limite la portée des signaux positifs observés par ailleurs dans l’économie.
Le commerce extérieur, moteur de la production industrielle
Côté exportations, les chiffres publiés plus tôt en mars brossent un tableau plus favorable. Le commerce extérieur chinois a progressé de 18,3 % en glissement annuel sur janvier-février, porté notamment par une forte demande en électronique. Selon Reuters, cette dynamique place la Chine sur la trajectoire d’un prolongement de son excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars atteint l’an dernier.
C’est précisément cette robustesse des exportations qui soutient la production industrielle, même dans un contexte de demande intérieure encore hésitante.
Un marché de l’emploi sous tension
Malgré ces signaux positifs, le marché du travail affiche des signes de fragilité. Le taux de chômage urbain mesuré par enquête est remonté à 5,3 % sur janvier-février, contre 5,1 % en décembre. Un niveau qui reste pour l’instant en deçà de l’objectif gouvernemental de 5,5 %, mais la tendance mérite d’être surveillée de près, d’autant que Pékin s’est fixé pour cible la création de plus de 12 millions d’emplois urbains en 2026.
La politique économique en quête de relance
Ces données interviennent dans un contexte politique chargé. Lors de la session parlementaire annuelle tenue début mars, le Premier ministre Li Qiang a fixé l’objectif de croissance du PIB pour 2026 entre 4,5 % et 5 % — le plus bas depuis plus de trois décennies, et en retrait par rapport à la cible de 5 % de l’année précédente.
Pour soutenir l’activité, les autorités ont annoncé le maintien d’un déficit budgétaire à 4 % du PIB et l’allocation de 250 milliards de yuans à un programme de remplacement de biens de consommation. Des leviers monétaires et budgétaires que Pékin entend mobiliser pour ranimer une demande intérieure encore insuffisamment dynamique.
Les PMI au plus haut depuis cinq ans
Du côté des indicateurs prospectifs, une enquête du secteur privé menée par S&P Global début mars apporte une note d’optimisme. L’indice PMI manufacturier de CaixinI pour la Chine a atteint 52,1 en février, son niveau le plus élevé depuis plus de cinq ans, signalant une expansion soutenue dans le secteur manufacturier.
Mais le BNS lui-même tempère l’enthousiasme : selon CNBC, l’institution a averti que « les fondations d’une reprise économique durable restent fragiles ». Un avertissement qui résume l’ambivalence d’une économie portée par ses exportations et ses dépenses de fête, mais qui peine encore à asseoir une croissance endogène et pérenne.
