New Delhi a accueilli cette semaine un moment diplomatique rare. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont assisté ensemble au défilé de la 77ᵉ fête de la République indienne. Une première symbolique, alors que l’Inde et l’Union européenne s’apprêtent à annoncer officiellement la conclusion de leurs négociations sur un accord de libre-échange, à l’occasion du 16ᵉ sommet Inde-UE.
Lundi, le secrétaire indien au Commerce, Rajesh Agrawal, a confirmé que les discussions étaient désormais closes. Lancées en 2007, interrompues en 2013, puis relancées en 2022, ces négociations auront duré 18 ans. « Les négociations ont été conclues avec succès. L’accord a été finalisé », a-t-il déclaré, précisant que le texte fait actuellement l’objet d’un examen juridique. Les deux parties visent une signature courant 2026, pour une entrée en vigueur prévue début 2027.
Un accord commercial d’ampleur mondiale
Ursula von der Leyen n’a pas caché l’importance stratégique de cet accord, qu’elle a qualifié de « mère de tous les accords ». S’exprimant récemment au Forum économique mondial de Davos, elle a souligné que ce partenariat créerait un marché combiné de près de 2 milliards de personnes, représentant environ un quart du PIB mondial. Selon elle, l’UE bénéficierait ainsi d’un avantage de premier entrant dans l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde.
Sur le plan économique, l’accord devrait offrir aux exportations indiennes un accès en franchise de droits ou à des conditions préférentielles, notamment dans des secteurs intensifs en main-d’œuvre comme le textile, la chimie, les pierres précieuses et la joaillerie, le cuir et la chaussure. En contrepartie, New Delhi envisagerait de réduire fortement les droits de douane sur les automobiles européennes, actuellement plafonnés à 110 %, pour les ramener à environ 40 %. Une mesure qui profiterait directement à des constructeurs comme Volkswagen, Mercedes-Benz ou BMW.
Sécurité et défense : un partenariat élargi
Au-delà du commerce, le sommet Inde-UE marque une nouvelle étape dans la coopération stratégique. La vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas, a annoncé qu’un partenariat renforcé en matière de sécurité et de défense serait également conclu. Celui-ci devrait produire « des résultats concrets » dans des domaines clés tels que la sécurité maritime, la cybersécurité et la lutte contre le terrorisme.
Le symbole était également militaire. Pour la première fois, du personnel des opérations navales européennes Atalanta et Aspides a participé au défilé de la fête de la République indienne. Sur les réseaux sociaux, Ursula von der Leyen a salué « un symbole fort de l’approfondissement de notre coopération en matière de sécurité », évoquant la présence des drapeaux de l’UE et de l’état-major militaire européen.
Selon un projet de document consulté par Reuters, ce partenariat de défense instaurera un dialogue annuel sur les enjeux sécuritaires et explorera la participation de l’Inde à certaines initiatives européennes dans ce domaine.
Un accord dans un contexte géopolitique tendu
Cette avancée intervient dans un climat international marqué par des tensions commerciales croissantes, notamment après les mesures tarifaires imposées par les États-Unis, qui ont affecté à la fois l’Inde et l’Europe. Pour Ursula von der Leyen, le moment est stratégique : « Il est temps de saisir cette opportunité et de construire une Europe plus indépendante », a-t-elle déclaré, en référence aux « chocs géopolitiques » actuels.
Qualifiant sa participation à la fête de la République d’« honneur de toute une vie », la présidente de la Commission européenne a résumé l’enjeu de ce rapprochement : « Une Inde prospère rend le monde plus stable, plus prospère et plus sûr. Et nous en bénéficions tous. »
En 2024, l’Union européenne s’est imposée comme le premier partenaire commercial de l’Inde, avec des échanges bilatéraux de biens estimés à environ 120 milliards d’euros. L’accord de libre-échange en cours de finalisation pourrait ainsi ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre New Delhi et Bruxelles.
