La semaine commence sous haute tension pour la devise américaine. Ce lundi, l’indice du dollar a franchi un seuil psychologique majeur en passant sous la barre des 97 points, atteignant son niveau le plus bas depuis la fin janvier. Coté aux alentours de 96,92 (soit une baisse de 0,7 %), le billet vert subit les contrecoups d’un climat d’incertitude pesant, alimenté par des retards administratifs à Washington et, surtout, des rumeurs persistantes venant d’Asie.
L’ombre de la Chine sur la dette américaine
L’étincelle est venue d’un rapport de Bloomberg suggérant une manœuvre stratégique de Pékin. Les autorités chinoises auraient conseillé à leurs institutions financières nationales de limiter, voire de réduire, leurs avoirs en bons du Trésor américain. L’objectif ? Minimiser les risques de concentration face à une volatilité jugée excessive.
Bien que cette directive ne touche pas directement les réserves d’État, le signal envoyé est limpide : la stratégie « Sell America » gagne du terrain en ce début d’année 2026. Cette méfiance chinoise a immédiatement profité aux autres devises majeures. La paire EUR/USD s’est envolée de 0,8 % pour franchir le seuil de 1,19, tandis que la Livre Sterling (GBP/USD) s’est stabilisée autour de 1,37. Le Franc suisse, de son côté, confirme son statut de valeur refuge, restant proche de ses sommets historiques.
Un pilotage à vue forcé par le « Shutdown »
Si le marché est aussi nerveux, c’est aussi parce qu’il avance à l’aveugle. La fermeture partielle du gouvernement (le « shutdown » débuté le 31 janvier) a paralysé la diffusion des statistiques économiques. Le Bureau of Labor Statistics a d’ailleurs dû revoir son calendrier :
- Rapport sur l’emploi : attendu le 11 février.
- Indice des prix à la consommation (Inflation) : repoussé au 13 février.
Les prévisions restent timides : les économistes tablent sur 60 000 créations d’emplois en janvier avec un chômage stable à 4,4 %. Kevin Hassett, à la tête du National Economic Council, a déjà préparé le terrain en invitant les investisseurs à la prudence, prédisant des chiffres « légèrement plus faibles » malgré une croissance globale du PIB qui reste, selon lui, solide.
La Fed au cœur d’un imbroglio politique
Au-delà des chiffres, c’est l’âme même de la Réserve fédérale qui inquiète. Le marché anticipe déjà deux baisses de taux pour 2026, probablement à partir de juin. Mais qui sera aux commandes pour les valider ?
L’arrivée imminente de Kevin Warsh, choisi par le président Trump pour succéder à Jerome Powell en mai, soulève des questions sur l’indépendance de l’institution. Les plaisanteries du président Trump — affirmant lors d’un dîner qu’il pourrait « poursuivre Warsh en justice » si les taux ne baissaient pas — ne sont pas passées inaperçues.
Si Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a tenté de tempérer les ardeurs devant le Sénat en rappelant que la nomination est un choix présidentiel, le doute plane : la Fed de 2026 sera-t-elle un organe technique ou un outil politique ? En attendant une réponse claire, le dollar, lui, continue de chercher son point d’appui.
