Stabilité des prix : rôle cardinal des grandes banques centrales

Date:

Les grandes banques centrales, qui attribuent à leur objectif de 2% d’inflation le mérite d’avoir ancré la stabilité des prix, voient ce dogme de la politique monétaire confronté à son premier véritable test avec l’explosion récente des prix.

En fixant un objectif d’inflation, les banquiers centraux pensent se donner une crédibilité et mieux orienter la réflexion des ménages et des entreprises. Le recours à des objectifs d’inflation s’est répandu dans le monde développé, de la Nouvelle-Zélande en 1990 aux Etats-Unis et au Japon en 2012 et 2013 respectivement, en passant par l’Europe.

Mais depuis le début de la pandémie de COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce cadre de la politique monétaire est bousculé comme il n’a jamais été auparavant.

« A l’avenir, nous pourrions être confrontés à une période d’inflation structurellement plus élevée qu’au cours des deux dernières décennies. L’impact déflationniste de la localisation économique se dissipe et il y aura des pressions inflationnistes provenant du commerce mondial, de la transition climatique, de la démographie et de la politique », a déclaré Claudio Boric, chef du département monétaire et économique de la Banque des règlements internationaux (BRI)

Claudio Boric n’est toutefois pas favorable à un relèvement des objectifs d’inflation en dépit de la récente flambée des prix, qui pourrait être encore plus persistante que prévu et rendre un retour de l’inflation à 2% plus difficile à orchestrer.

A ce stade, la plus grande inquiétude des grands argentiers du monde est de perdre leur crédibilité s’ils ne respectent pas la ligne de conduite qu’ils se sont eux-même fixée.

« Est-ce que 2% est en quelque sorte un chiffre magique ? », a déclaré au début du mois Lael Brainard, la vice-présidente de la Réserve fédérale américaine. « Probablement pas. Mais c’est notre chiffre et nous sommes très engagés à ramener l’inflation à 2% (…) La réalisation de cet objectif est au coeur de notre politique monétaire globale », a-t-elle ajouté, se faisant l’écho d’un sentiment partagé par les banques centrales de la zone euro, du Royaume-Uni et du Japon.

« Laissez-moi être tout à fait clair, il n’y a pas de ‘si’ ou de ‘mais’ dans notre engagement envers l’objectif d’inflation de 2% », a déclaré l’année dernière le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey. « C’est notre travail et c’est ce que nous ferons ».

PAS LE « PROCESSUS LE PLUS SCIENTIFIQUE »

Lors de sa réunion de politique monétaire mardi et mercredi, la Fed devrait, comme chaque année depuis 2012, s’engager pour une inflation à 2%, le taux « le plus cohérent à long terme » avec son mandat confié par le Congrès américain, à savoir la stabilité des prix et le plein emploi.

Si la banque centrale a apporté des changements importants à sa « déclaration sur les objectifs à long terme et la stratégie de politique monétaire », elle n’a jamais remis en question cette cible, au motif qu’une promesse est une promesse et qu’elle ne peut être renégociée qu’au prix de grands risques.

Bien qu’il s’agisse désormais d’une norme mondiale, le chiffre de 2% est moins le fruit d’une analyse approfondie ou d’une estimation statistique que la meilleure estimation d’un taux qui permettrait aux instituts d’émission de bénéficier des avantages de la détermination d’un objectif, suffisamment bas pour les populations.

Au sortir de la période de forte inflation des années 1970 et 1980, les responsables ont ressenti la nécessité de consolider leur propre crédibilité en matière de lutte contre la hausse des prix et ont vu dans la fixation d’une cible une manière simple de communiquer pour orienter les anticipations et renforcer la confiance.

Un large consensus se dégage pour considérer qu’une hausse modeste des prix est saine économiquement. Elle donne aux entreprises la possibilité d’ajuster les coûts « réels » de la main-d’oeuvre sans freiner l’embauche et aux banques centrales une plus grande marge de manoeuvre, grâce à des taux d’intérêt nominaux plus élevés, pour gérer les périodes de ralentissements économiques par des baisses de taux plutôt que par des achats d’obligations et d’autres mesures moins conventionnelles.

La banque centrale de Nouvelle-Zélande, soumise dans les années 1980 à des pressions politiques pour juguler une inflation élevée, a été la première à mettre l’idée en pratique avec un objectif compris entre zéro et 2%.

« Ce n’était pas le processus le plus scientifique au monde », a déclaré Michael Reddell, un ancien économiste de la Reserve Bank of New Zealand. « Personne n’avait fait cela avant nous ».

« Je pense personnellement que ce chiffre avait du sens sur la base de l’histoire, de l’expérience et la recherche (…) Il nous a servi incroyablement bien », a déclaré le président de la Fed de New York, John Williams, au début du mois. « Cela a aidé à la transparence. Cela aide les marchés et les gens comprennent quelle est notre étoile polaire. »

Cependant, le débat qui reste à engager est de savoir ce qui se passera si cet objectif se révèle être plus qu’un symbole intouchable qu’une cible réaliste.

Économistes et banquiers centraux ne s’attendent pas à une modération de l’inflation à un rythme rapide et régulier. Certains pensent même que la phase actuelle est la plus aisée avec une première baisse des prix sans grave conséquence, notamment sur les marchés du travail.

Mais malgré l’accent mis sur le retour à une inflation de 2%, les responsables ont également reconnu que le débat pourrait se compliquer à mesure qu’ils évaluent l’effet des hausses de taux d’intérêt, passées et futures, sur l’inflation et l’économie.

Une remontée de taux rapide était « vraiment importante pour démontrer cette détermination et pour s’assurer que les gens comprennent que 2% d’inflation est toujours le bon point d’ancrage », a déclaré Lael Brainard. « Nous sommes dans une position quelque peu différente aujourd’hui (…). Nous sommes maintenant dans un environnement où nous devons équilibrer les risques des deux côtés. »

Les responsables de la Fed ont prévu que leurs mesures de resserrement monétaire pourraient se solder par la perte de 1,5 million d’emplois aux Etats-Unis cette année. Si l’inflation s’avère plus tenace que prévu, atteindre l’objectif de 2% pourrait être encore plus douloureux.

Bien que les données récentes suggèrent des « perspectives légèrement meilleures » pour un résultat où l’inflation ralentit jusqu’à l’objectif sans dommage important pour l’emploi ou la croissance, Lael Brainard a déclaré : « C’est un environnement très incertain et vous ne pouvez tout simplement pas exclure des compromis pires. »

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : Tunis fédère les acteurs régionaux autour d’un Manifeste pour la transition verte

À l’issue d’une conférence internationale à Tunis, les acteurs de l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud ont adopté un Manifeste structurant autour de dix axes clés pour accélérer la transition vers l’économie verte et circulaire.

Ramadan : Un Mois Propice pour rompre avec la cigarette

Le mois sacré de Ramadan offre une opportunité unique pour ceux qui désirent se libérer de l'emprise de la cigarette.

OPPO A78, le nouveau smartphone bientôt en Tunisie

OPPO, la marque leader sur le marché mondial des appareils connectés, vient d’annoncer l’arrivée sur le marché tunisien de son dernier smartphone A78, à partir du 1er septembre 2023.
00:03:27

OPPO Tunisie lance les nouveaux smartphones Reno8 T 4G, Reno8 T 5G, un design élégant et une fluidité totale

OPPO vient d’annoncer le lancement, en Tunisie, de ses derniers modèles de smartphones de la série Reno, les nouveaux Reno8 T et Reno8 T 5G, avec une offre spéciale durant tout le mois de mars 2023.

A lire également
A lire également

L’Inde et l’Union européenne bouclent 18 ans de négociations sur un accord de libre-échange historique

Après 18 ans de pourparlers, l’Inde et l’UE finalisent un accord de libre-échange qui promet un vaste marché combiné et une coopération accrue en commerce, industrie et sécurité, avec signature prévue en 2026.

Davos 2026 : le Forum économique mondial s’achève sur l’alerte d’une fragmentation accélérée de l’ordre mondial

Le Forum économique mondial 2026 s’est conclu sur un avertissement clair : la guerre économique devient un risque central. Entre menaces tarifaires, rivalités entre grandes puissances et inquiétudes des entreprises, Davos a révélé un monde plus divisé que jamais.

Le dollar signe sa pire semaine en 8 mois : l’euro dépasse 1,18 $ et la livre sterling s’envole

La devise américaine recule nettement tandis que l’euro dépasse 1,18 $ et que la livre grimpe à 1,36. Données économiques solides au Royaume-Uni et doutes sur la stabilité politique et monétaire américaine pèsent sur le dollar.

Tensions Chine-UE : Pékin réclame une « approche ouverte » face au protectionnisme technologique de Bruxelles

Entre tensions sur les subventions et restrictions technologiques, Pékin et Bruxelles jouent l'équilibre. Découvrez les enjeux du bras de fer économique après les déclarations d'Emmanuel Macron à Davos et les nouvelles mesures de l'UE.

Canada–Chine : accord commercial historique sur les véhicules électriques et le canola, Ottawa s’éloigne de Washington

Ottawa accepte d’abaisser drastiquement les droits de douane sur les véhicules électriques chinois, tandis que Pékin réduit ceux sur le canola canadien. Un accord qualifié d’historique, qui redessine les équilibres commerciaux nord-américains et asiatiques.

Droits de douane, Groenland et Coupe du monde : la nouvelle crise transatlantique déclenchée par Donald Trump

Face aux menaces tarifaires de Donald Trump liées au Groenland, l’Allemagne envisage un boycott historique de la Coupe du monde 2026. L’Union européenne prépare des représailles économiques pouvant atteindre 93 milliards d’euros, tandis que l’unité européenne se renforce face à la pression américaine.

Croissance mondiale tenue malgré le choc des tarifs : l’analyse du FMI

Selon le FMI, la croissance mondiale rebondit grâce à l’essor des investissements technologiques, maintenant un taux de 3,3 % en 2026 malgré les chocs tarifaires. Cependant, des risques liés à la concentration des investissements et aux déséquilibres commerciaux inquiètent.

Pétrole, BRICS et dollar : les véritables enjeux de la crise vénézuélienne

Le Venezuela, premier détenteur mondial de réserves pétrolières avec environ 303 milliards de barils, est au cœur d’un affrontement stratégique dépassant le cadre sécuritaire. La remise en cause du pétrodollar, les alliances avec la Chine et la Russie et la montée des alternatives financières expliqueraient l’hostilité de Washington.