Pétrole, BRICS et dollar : les véritables enjeux de la crise vénézuélienne

Date:

Officiellement justifiée par la lutte contre le narcotrafic et la défense de la démocratie, l’opération militaire américaine au Venezuela s’inscrirait, selon une lecture géoéconomique, dans une stratégie bien plus profonde : préserver le rôle central du dollar dans le commerce mondial du pétrole, alors que Caracas accélère sa dédollarisation et son rapprochement avec la Chine et les BRICS.

Une intervention aux justifications officielles contestées

L’opération militaire américaine contre le Venezuela est présentée par Washington comme une réponse à des enjeux de sécurité régionale : lutte contre le narcotrafic, stabilité politique et défense des valeurs démocratiques. Toutefois, cette grille de lecture est de plus en plus remise en question par les analystes économiques et géopolitiques, qui y voient une dimension structurelle plus profonde, directement liée à la préservation de la suprématie du dollar américain.

Le pétrodollar, pilier silencieux de l’hégémonie américaine

Depuis la fin de l’étalon-or en 1971, le rôle international du dollar repose en grande partie sur le système du pétrodollar. L’accord conclu en 1974 entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, garantissant la facturation du pétrole en dollars en échange d’une protection militaire, a institutionnalisé une demande mondiale permanente de monnaie américaine.

Ce mécanisme a permis aux États-Unis de financer durablement leurs déficits budgétaires et commerciaux, tout en soutenant un appareil militaire global. Pour de nombreux économistes, le pétrodollar constitue un levier de puissance aussi stratégique que la supériorité technologique ou militaire.

Le Venezuela, un acteur énergétique systémique

Le Venezuela détient environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit près de 20 % des réserves mondiales, ce qui en fait le premier détenteur mondial. Cette position confère au pays un poids stratégique considérable dans l’équilibre énergétique international.

À partir de 2018, Caracas amorce une politique explicite de dédollarisation : acceptation du yuan chinois (CNY), de l’euro et du rouble pour ses exportations pétrolières, développement de circuits de paiement alternatifs à SWIFT et rapprochement institutionnel avec les BRICS. Cette stratégie vise à réduire la vulnérabilité du pays aux sanctions financières américaines.

Un risque systémique pour l’ordre monétaire

Pour Washington, le risque n’est pas immédiat mais structurel. Les réserves vénézuéliennes permettraient de soutenir durablement un commerce pétrolier hors dollar, créant un précédent pour d’autres producteurs. Une intégration du Venezuela aux BRICS renforcerait les règlements en monnaies locales et l’usage d’infrastructures alternatives comme le système chinois CIPS ou le projet interbancaire mBridge.

Dans un contexte où la Russie vend déjà une partie de son pétrole en RUB et en CNY, où l’Arabie saoudite évoque ouvertement des règlements en yuan, et où l’Iran opère hors dollar depuis plusieurs années, l’architecture monétaire mondiale apparaît de plus en plus fragmentée.

Des précédents lourds de sens pour les marchés

Les précédents irakien et libyen sont fréquemment cités dans les cercles d’analyse financière. En 2000, l’Irak avait décidé de vendre son pétrole en euros ; trois ans plus tard, l’intervention militaire américaine mettait fin à cette politique. En 2009, la proposition libyenne d’un dinar africain adossé à l’or disparaissait avec la chute du régime en 2011.

Ces épisodes nourrissent l’idée, largement débattue, que la remise en cause du dollar dans le commerce énergétique constitue une ligne rouge stratégique pour les États-Unis.

Chine–Venezuela : une relation économique structurante

La Chine est aujourd’hui un partenaire clé du secteur pétrolier vénézuélien. En 2025, ses importations de brut vénézuélien ont atteint environ 470 000 barils par jour, soit 4,5 % de ses importations maritimes, selon Vortexa. Une partie de ces flux sert au remboursement d’une dette estimée à plus de 10 milliards de dollars.

Côté investissements, les capitaux chinois injectés depuis 2016 atteignent 2,1 milliards de dollars, selon l’American Enterprise Institute. CNPC et Sinopec contrôlent à elles seules plus de 4 milliards de barils de réserves, tandis que des groupes privés projettent une montée en production d’ici 2026.

Une équation économique à haut risque

Pour les observateurs des marchés internationaux, une intervention militaire contre le Venezuela pourrait paradoxalement accélérer la dédollarisation. Le signal envoyé aux pays émergents serait clair : la diversification monétaire devient un instrument de protection stratégique.

Au-delà du cas vénézuélien, cette séquence illustre une tendance lourde : la remise en cause progressive de l’ordre monétaire établi depuis cinquante ans, sous l’effet combiné des sanctions, des tensions géopolitiques et de l’émergence de pôles économiques alternatifs.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

IA et cybersécurité : les 5 transformations qui redéfinissent la menace

Phishing généré par IA, agents autonomes, shadow AI : ESET résume en cinq points les transformations que l’IA impose à la cybersécurité et rappelle que les stratégies de sécurité doivent évoluer au même rythme que la technologie.

BH Bank T3 2026 : le PNB grimpe de 3,9 % à 511 MD

Moins de crédits, plus de dépôts, des ressources onéreuses remplacées : la recette de BH Bank fonctionne sur la marge d'intérêt. Reste à savoir si la banque saura freiner des coûts fixes qui progressent deux à trois fois plus vite que son PNB.

TotalEnergies et Dauphine Tunis : un pont vers l’emploi

Former ne suffit plus : encore faut-il ouvrir les portes de l'entreprise. C'est le pari de Dauphine Tunis et de TotalEnergies Marketing Tunisie, qui officialisent un partenariat articulé autour des stages, des bourses et du partage d'expertise.

Croissance Tunisie 2026 : la reprise reste fragile

2,7 % de croissance attendue en 2026, contre 3,3 % prévus au départ : la Tunisie rebondit, mais sur quelles bases ? Investissement atone, importations en forte hausse, prix alimentaires à +8,4 %. Voici ce que disent les chiffres.

A lire également
A lire également

Croissance Tunisie 2026 : la reprise reste fragile

2,7 % de croissance attendue en 2026, contre 3,3 % prévus au départ : la Tunisie rebondit, mais sur quelles bases ? Investissement atone, importations en forte hausse, prix alimentaires à +8,4 %. Voici ce que disent les chiffres.

Chine : la croissance du PIB accélère à 4,5 % au troisième trimestre, soutenue par les exportations tech

Porté par la demande mondiale en composants électroniques et batteries, le PIB chinois accélère à 4,5 % au T3. Un soulagement pour Pékin, même si le marasme immobilier retarde la reprise de la demande intérieure.

Huile d’olive : la BCT appelle les banques à financer la campagne 2026-2027

Dans sa note n° 254, la BCT enjoint les banques de renforcer leurs concours à la filière oléicole pour 2026-2027. Récolte, trituration, stockage, exportation : tous les maillons de la chaîne sont visés.

Budget 2027 en Tunisie : un besoin de financement de 28,1 milliards de dinars sous haute tension

Déficit de 14,615 MDT, besoin de financement de 28,122 MDT, emprunt intérieur de 19,845 MDT : les grandes masses du budget 2027 dessinent une trajectoire sous contrainte et une pression durable sur le système financier tunisien.

Déficit énergétique en Tunisie : 4,7 Mtep à fin août 2026

Ressources en recul de 5 %, demande en hausse de 6 %, Brent à 91 $ : l’ONEM dresse le bilan énergétique de la Tunisie à fin août 2026, avec un déficit commercial de 9 658 MDT, une production électrique en hausse de 9 % et une pointe record à 5 089 MW.

Tunisie – Espagne : les échanges commerciaux pourraient doubler dans les prochaines années

Selon l’ambassadeur d’Espagne à Tunis, les échanges entre les deux pays pourraient doubler. Tourisme, agriculture, énergies renouvelables et liaisons aériennes sont au cœur de cette nouvelle dynamique.

Réserves obligatoires : la BCT passe le taux de 1 % à 3 %

Triplement du taux des réserves obligatoires : la circulaire n° 2026-11 de la BCT entre en vigueur le 1er novembre 2026 et pèsera sur les marges d'intermédiation des banques tunisiennes ainsi que sur l'octroi de crédit.

IPO des sociétés sportives en Tunisie : un projet de loi attendu avant fin 2026

Les associations sportives tunisiennes pourront bientôt créer des sociétés anonymes cotables en Bourse. Le projet de loi, attendu avant fin 2026, impose un noyau dur minimal de 35 % du capital.