Le secteur aérien européen entre dans une phase critique. Si les réserves actuelles permettent de maintenir les flottes opérationnelles jusqu’en avril, les experts tirent la sonnette d’alarme : une pénurie structurelle guette le continent dès le mois de mai. En cause, la paralysie du détroit d’Ormuz, point de passage névralgique par lequel transitent habituellement 40 % des importations européennes de carburant aviation (ATF).
Le Royaume-Uni en première ligne
Premier importateur de kérosène en Europe ce mois-ci, le Royaume-Uni est le pays le plus exposé à court terme. Selon les données de suivi de fret fournies par Kpler et Vortexa, le Maetiga, un pétrolier sous pavillon libyen chargé en Arabie saoudite, est attendu ce jeudi.
Ce navire pourrait bien être le dernier avant longtemps. Actuellement, aucun autre pétrolier à destination des ports britanniques n’est visible sur les radars en provenance du Moyen-Orient. Les chiffres sont éloquents : les importations européennes sont tombées à 420 000 barils par jour la semaine dernière, marquant un recul de 40 % sur une semaine et atteignant leur niveau le plus bas pour un mois de mars depuis 2022.
Flambée des prix et plans d’urgence mondiaux
L’impact financier est déjà dévastateur. Depuis le début des tensions le 28 février, le prix du baril de kérosène a quasiment doublé, bondissant de la zone des 85-90 dollars à une fourchette alarmante située entre 150 et 200 dollars.
Face à cette envolée, les compagnies aériennes réagissent dans l’urgence :
- En Corée du Sud : Korean Air activera un système de gestion de crise dès le 1er avril. Ses concurrentes, Asiana et T’way Air, préparent des mesures drastiques de réduction des coûts.
- En Asie du Sud-Est : Vietnam Airlines va supprimer sept lignes intérieures (23 vols hebdomadaires) suite aux alertes de l’aviation civile locale.
- En Europe : Les géants Air France-KLM et EasyJet élaborent des plans de contingence. La principale crainte ? Ne plus pouvoir garantir le ravitaillement pour les vols retour depuis certaines zones d’Asie.
« L’ensemble de la région pourrait connaître une pénurie réelle avant même le début de la haute saison estivale », prévient Lars van Wageningen, responsable de la recherche chez Vortexa. Un constat partagé par Wael Sawan, DG de Shell, qui anticipe des ruptures dès avril.
Pourquoi cette crise est-elle différente ?
Contrairement aux chocs pétroliers passés, le problème n’est pas seulement le prix, mais la disponibilité physique du produit. Le trafic dans le détroit d’Ormuz a chuté de 70 à 80 %. Les alternatives sont, pour l’heure, limitées :
- La Chine restreint ses exportations pour protéger sa consommation intérieure.
- L’Inde et les États-Unis font face à des capacités de raffinage saturées.
- Les coûts de fret depuis l’Asie ont doublé, rendant les importations de substitution économiquement intenables.
Mardi dernier, les ministres de l’Énergie de l’UE se sont réunis pour coordonner une réponse. Si l’Europe dispose de 90 jours de réserves stratégiques, la Deutsche Bank prévient que sans une réouverture rapide des routes maritimes, les compagnies pourraient être contraintes d’immobiliser des milliers d’appareils, transformant cette crise énergétique en un séisme logistique mondial.
