L’Union européenne anticipe un infléchissement de la politique commerciale américaine dans les prochaines semaines. D’après des informations rapportées par Bloomberg Law, l’administration de Donald Trump envisagerait de restreindre le champ d’application des droits de douane de 50 % imposés aux produits contenant de l’acier et de l’aluminium.
Au centre des discussions : les produits dits « dérivés », une catégorie élargie en 2025 qui englobe aussi bien des composants industriels que des biens de consommation. Pour Bruxelles, leur inclusion dans le régime à 50 % constitue le principal point de friction depuis l’accord commercial conclu l’été dernier.
Section 232 : de la protection stratégique à la complexité systémique
Le différend repose sur les droits dits « Section 232 », initialement portés à 25 % lors du premier mandat de Donald Trump, puis relevés à 50 % en juin 2025. L’administration américaine a ensuite étendu ces prélèvements à 407 nouvelles catégories tarifaires en août 2025, taxant à hauteur de 50 % le contenu en acier et en aluminium d’une vaste gamme de produits — des produits chimiques aux emballages alimentaires.
Cette extension rapide a généré un enchevêtrement réglementaire difficilement gérable. Les industriels dénoncent un dispositif qui les oblige à calculer précisément la teneur en métal de produits composites, avec des coûts administratifs et logistiques significatifs.
Selon Bloomberg, le Bureau du représentant américain au commerce s’emploie désormais à corriger les effets indésirables de cette expansion. À la mi-février, le Financial Times révélait que Donald Trump envisageait de supprimer les droits visant les produits dérivés — une information qui a immédiatement pesé sur les prix de référence de l’aluminium et sur les valeurs boursières des sidérurgistes américains.
Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a clairement identifié ce sujet comme prioritaire : il plaidait pour la suppression d’un système obligeant à « calculer la quantité d’acier dans des appareils électroménagers comme les réfrigérateurs ou les lave-vaisselle », symbole d’une mécanique devenue excessivement complexe.
Choc juridique à Washington : une incertitude stratégique
La séquence commerciale est désormais indissociable d’un tournant institutionnel majeur. Le 20 février, la Cour suprême des États-Unis a statué, par 6 voix contre 3, que l’International Emergency Economic Powers Act ne permettait pas au président d’imposer des droits de douane, invalidant une large part du régime tarifaire mondial mis en place.
En réaction, Donald Trump a activé l’article 122 du Trade Act of 1974 pour instaurer un nouveau droit de douane mondial de 15 %, applicable à partir du 24 février pour une durée maximale de 150 jours. Cette succession d’initiatives a accentué l’impression d’instabilité réglementaire perçue par les acteurs économiques.
Le Parlement européen a suspendu la ratification de l’accord de Turnberry — signé en juillet et plafonnant à 15 % la majorité des exportations européennes vers les États-Unis. Le président de la commission du commerce, Bernd Lange, a dénoncé un « chaos douanier pur et simple ». Bruxelles exige désormais une clarification complète sur l’articulation entre le nouveau cadre tarifaire et l’accord existant.
Acier européen : un test de crédibilité transatlantique
Les effets économiques sont tangibles. Selon Euronews, les exportations d’acier de l’UE vers les États-Unis ont reculé d’environ 30 % en 2025 sous le poids des droits à 50 %. L’accord-cadre de juillet 2025 prévoyait de substituer aux surtaxes un mécanisme de contingents tarifaires, mais les négociations sont restées inabouties.
Pour la Maison-Blanche, toute modification relève exclusivement de « la décision du président ». Officiellement, aucune révision n’est confirmée. Officieusement, la pression est double : industrielle en Europe, inflationniste aux États-Unis à l’approche des élections de mi-mandat de novembre.
Un assouplissement ciblé sur les produits dérivés constituerait un signal stratégique : il permettrait de désamorcer une tension sectorielle sans remettre en cause l’architecture protectionniste globale. À l’inverse, un statu quo prolongé fragiliserait davantage la filière sidérurgique européenne et compliquerait la consolidation du partenariat économique transatlantique.
Dans un contexte de recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales et de rivalités industrielles accrues, la décision attendue dans les prochaines semaines dépasse la seule question tarifaire : elle engage la crédibilité et la stabilité du cadre commercial entre Bruxelles et Washington.
