L’euro sous pression face au dollar
La monnaie européenne recule nettement face au billet vert. L’euro s’échange désormais autour de 1,16 dollar, un niveau qui n’avait plus été observé depuis la fin de l’année 2024. Cette chute intervient dans un contexte géopolitique extrêmement tendu, marqué par l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Depuis les frappes conjointes menées fin février, qui ont conduit à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, les marchés financiers ont brutalement changé de cap. Les investisseurs se tournent massivement vers les actifs considérés comme plus sûrs, en premier lieu le dollar américain. Résultat : la paire EUR/USD a perdu plus de 1 % en quelques jours, signe d’un regain d’aversion au risque sur les marchés mondiaux.
Les économistes tirent la sonnette d’alarme
Plusieurs économistes estiment que cette baisse pourrait encore s’accélérer si le conflit s’installe dans la durée.
Selon Carsten Brzeski, économiste en chef, un scénario énergétique défavorable pourrait provoquer un choc majeur sur la monnaie européenne.
Il avertit que si le détroit d’Ormuz venait à être bloqué pendant plusieurs semaines, le prix du pétrole pourrait rapidement atteindre 100 dollars le baril, voire davantage. Une telle flambée renforcerait mécaniquement le dollar et accentuerait la pression sur l’euro.
Dans cette hypothèse, la monnaie unique pourrait glisser vers 1,10 dollar, soit une baisse supplémentaire de 5 % à 8 % face au billet vert. Un mouvement de cette ampleur rappellerait la forte dépréciation observée lors de la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine en 2022-2023.
Le spectre d’un euro sous la parité
Certains économistes évoquent même un scénario beaucoup plus sombre.
L’analyste allemand Daniel Stelter estime que la situation pourrait dégénérer si la guerre perturbe durablement les marchés énergétiques.
Dans le pire des cas, l’euro pourrait tomber sous la parité avec le dollar, une zone déjà frôlée lors de la crise énergétique européenne. Stelter évoque un niveau potentiel compris entre 0,90 et 0,95 dollar pour un euro.
Pour l’économie européenne — et en particulier pour l’Allemagne — l’impact pourrait être sévère. Une explosion durable des prix de l’énergie agirait comme une véritable taxe économique, réduisant la consommation des ménages et freinant l’investissement des entreprises. L’économiste n’exclut pas une récession profonde si le conflit devait se prolonger.
L’Europe face au piège de la stagflation
La situation énergétique constitue aujourd’hui le principal facteur de vulnérabilité pour l’Europe.
Les analystes de Wells Fargo soulignent que le continent entre dans sa période de reconstitution des stocks de gaz naturel avec des réserves historiquement basses.
Cette contrainte oblige les pays européens à acheter de grandes quantités d’énergie à un moment où les prix pourraient fortement augmenter. Pour la Banque centrale européenne, l’équation devient particulièrement complexe.
Si les prix de l’énergie s’envolent, l’inflation pourrait repartir à la hausse. Dans ce cas, la BCE disposerait de peu de marge pour baisser ses taux d’intérêt afin de soutenir l’économie, au risque d’alimenter davantage l’inflation.
Daniel Stelter estime qu’une hausse durable de l’énergie pourrait ajouter environ un point de pourcentage à l’inflation si les prix restent élevés pendant plusieurs mois. Ce mélange de croissance faible et de prix en hausse correspond au scénario classique de stagflation, l’un des plus difficiles à gérer pour les politiques économiques.
Des scénarios plus optimistes restent possibles
Malgré ces inquiétudes, certains analystes considèrent que la situation pourrait se stabiliser si le conflit se désamorce rapidement.
Le président américain Donald Trump a ainsi affirmé que la campagne militaire pourrait se terminer dans environ quatre semaines.
Dans cette perspective, plusieurs grandes banques maintiennent des prévisions plus positives pour la monnaie européenne.
Les stratèges de JPMorgan anticipent une phase de stabilisation de l’EUR/USD entre 1,16 et 1,18 dollar au premier semestre 2026, avant une reprise progressive.
La banque vise 1,20 dollar d’ici décembre 2026, tandis que Goldman Sachs conserve un objectif plus ambitieux de 1,25 dollar, à condition que les prix de l’énergie se normalisent et que la Réserve fédérale américaine commence à baisser ses taux.
Une incertitude géopolitique majeure
Au final, l’évolution de l’euro dépendra largement de la durée du conflit et de ses conséquences sur le marché pétrolier mondial. Comme le résume Jason Wong, stratège chez BNZ, les marchés naviguent actuellement dans une zone d’incertitude totale.
Personne ne peut prévoir combien de temps la crise durera, jusqu’où les prix du pétrole pourraient monter, ni si le détroit d’Ormuz restera ouvert ou non.
Dans ce contexte, la monnaie européenne pourrait rester particulièrement volatile dans les mois à venir, au cœur d’une équation mêlant géopolitique, énergie et politique monétaire.
