L’Europe ne veut plus simplement subir les soubresauts de l’économie mondiale ; elle entend désormais dicter son propre tempo. Selon un document stratégique de la Commission européenne consulté par Reuters, les ministres des Finances de la zone euro se préparent à une réunion cruciale le 16 février. L’enjeu est de taille : transformer l’euro en un véritable bouclier de sécurité économique. Dans un contexte de tensions commerciales mondiales et de remise en question du dollar comme valeur refuge, Bruxelles préconise une montée en puissance radicale, passant par l’émission massive de stablecoins et une expansion inédite de la dette commune.
Le virage numérique : Des stablecoins pour contrer l’hégémonie du billet vert
Aujourd’hui, le constat est cinglant. Si l’euro reste la deuxième monnaie de réserve mondiale, il ne pèse que 20 % des réserves globales, loin derrière les 60 % du dollar américain. Pour combler cet écart, la Commission exhorte les gouvernements à investir le terrain des actifs numériques. L’idée ? Promouvoir des stablecoins, des dépôts tokenisés et, à terme, l’euro numérique de banque centrale.
L’urgence est également statistique. Le marché actuel des stablecoins est outrageusement dominé par le dollar (plus de 280 milliards de dollars de capitalisation), tandis que les versions libellées en euros ne représentent qu’une niche de 395 millions d’euros. Le secteur privé commence toutefois à s’organiser. Cette semaine, BBVA a rejoint le consortium Qivalis, regroupant douze géants bancaires (BNP Paribas, Deutsche Bank, UniCredit, etc.) pour lancer un stablecoin euro d’ici le second semestre 2026, sous l’œil attentif de la Banque centrale néerlandaise.
Dette commune : Vers un « Trésor européen » ?
Au-delà de la technologie, c’est la structure même de la finance européenne qui doit évoluer. Avec environ 1 000 milliards d’euros de dette commune en circulation — contre les vertigineux 27 000 milliards de dollars de dette américaine — le marché européen manque encore de liquidité pour séduire les grands investisseurs internationaux.
La Commission propose donc d’élargir l’émission de dette pour financer des projets d’envergure européenne. L’une des recommandations les plus audacieuses consiste à transformer le Mécanisme européen de stabilité (MES), fort de 500 milliards d’euros, en une véritable agence de la dette de l’UE. Si l’Allemagne et les pays du Nord conservent leurs réserves historiques sur la mutualisation des risques, de nombreux économistes y voient le seul levier capable de réduire durablement les coûts d’emprunt pour l’ensemble du bloc.
L’alignement avec la BCE : Une vision 360°
Ce plan de bataille n’est pas une initiative isolée. Le 12 février, Christine Lagarde, présidente de la BCE, présentera aux dirigeants de l’UE une feuille de route complémentaire centrée sur la compétitivité. L’objectif est de créer une synergie parfaite entre les réformes structurelles (Union des marchés de capitaux) et l’innovation monétaire.
« L’UE doit agir pour renforcer sa sécurité économique tout en faisant progresser ses propres intérêts », souligne le document de la Commission.
Enfin, pour asseoir cette influence, Bruxelles suggère d’étendre les accords de liquidité avec des pays hors UE. En facilitant l’accès à l’euro à l’étranger, la zone euro espère transformer sa monnaie en un outil diplomatique et économique incontournable, capable de rivaliser avec les infrastructures financières américaines.
