La Banque centrale européenne devrait laisser ses taux d’intérêt inchangés à 2 % à l’issue de la réunion de son Conseil des gouverneurs, prévue les 4 et 5 février à Francfort. Il s’agirait de la cinquième réunion consécutive sans ajustement, alors que les responsables monétaires mesurent les effets d’un euro en nette appréciation, brièvement passé au-dessus de 1,20 dollar cette semaine pour la première fois depuis 2021.
Les économistes interrogés par Bloomberg s’accordent unanimement sur un statu quo. La plupart estiment même que les taux pourraient rester stables jusqu’à la fin de l’année prochaine, les anticipations d’une hausse en 2026 s’étant nettement atténuées. Depuis juin 2024, la BCE a procédé à huit baisses de taux, ramenant le taux de la facilité de dépôt de 4 % à 2 %. Elle a toutefois marqué une pause depuis juin 2025.
La force de l’euro au cœur des débats
La progression de l’euro à son plus haut niveau depuis quatre ans alimente les discussions au sein de l’institution. Certains responsables ont exprimé leurs réserves, même si la majorité des économistes jugent peu probable une réaction immédiate de la BCE, sauf en cas d’appréciation supplémentaire marquée.
Le gouverneur de la Banque nationale d’Autriche, Martin Kocher, a ainsi indiqué au Financial Times que la BCE « pourrait devoir envisager une nouvelle baisse des taux d’intérêt si de nouvelles hausses de l’euro commencent à peser sur les prévisions d’inflation ». De son côté, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a souligné que l’institution « surveille de près cette appréciation de l’euro et ses possibles implications pour une inflation plus faible ».
Un euro fort réduit le coût des importations dans la zone euro, ce qui freine mécaniquement l’inflation. Ross Hutchison, responsable de la stratégie de marché pour la zone euro chez Zurich Insurance Group, a déclaré à Reuters qu’il faudrait « des mouvements plus rapides dépassant 1,25 dollar » pour provoquer une révision significative à la baisse des prévisions d’inflation de la BCE. Récemment, les marchés monétaires ont brièvement intégré une probabilité d’environ 20 % d’une nouvelle baisse des taux d’ici la mi-année.
Une économie plus résistante que prévu
En parallèle, les dernières données montrent une économie de la zone euro plus solide qu’anticipé. Le produit intérieur brut a progressé de 0,3 % au quatrième trimestre 2025 par rapport au trimestre précédent, dépassant les attentes du marché fixées à 0,2 %. Sur l’ensemble de l’année, la croissance a atteint 1,5 %, contre 0,9 % en 2024 et au-dessus de la prévision de 1,3 % de la Commission européenne.
Les chiffres de l’inflation attendus le 4 février, soit un jour avant la décision de la BCE, devraient indiquer une inflation globale de 2,0 % sur un an, en ligne avec l’objectif officiel de la banque centrale. L’inflation sous-jacente, qui exclut les éléments les plus volatils, est attendue à 2,3 %.
Pour Michael Field, stratège en chef pour les marchés européens chez Morningstar, « avec des taux d’intérêt déjà faibles à 2 % et une inflation oscillant autour du niveau cible de 2 % de la BCE, la banque n’est pas pressée de modifier ses taux ».
Une trajectoire monétaire toujours incertaine
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, devrait réaffirmer une approche strictement dépendante des données, sans pré-engager l’institution sur une trajectoire précise. Les investisseurs scruteront ses propos pour déceler tout indice sur le calendrier d’éventuels ajustements.
Carsten Brzeski, responsable de la recherche macroéconomique mondiale chez ING, estime que si « la tendance actuelle se poursuit et si la BCE souhaite envoyer le signal qu’un léger dépassement à la baisse de l’inflation est aussi préoccupant qu’un léger dépassement à la hausse, les chances d’une baisse des taux en mars augmenteraient clairement ».
Malgré cela, le seuil pour un changement de cap reste élevé. Le gouverneur de la banque centrale lituanienne, Gediminas Šimkus, a rappelé qu’« en l’état actuel de nos connaissances, je ne peux pas conclure que nous sommes déjà en mesure d’affirmer qu’une future décision de politique monétaire devra aller dans une direction particulière ».
