Depuis le début du conflit armé entre les États-Unis et l’Iran, un constat s’impose de plus en plus clairement dans les cercles analytiques occidentaux : les deux puissances qui en sortent renforcées ne participent à aucun échange de tirs. La Chine et la Russie exploitent la crise avec une efficacité redoutable, combinant manœuvres économiques et opérations de renseignement pour accroître leur influence à moindre coût.
L’attaque du 27 mars et l’ombre russe
L’alarme a franchi un seuil critique après l’attaque par missiles et drones iraniens contre la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, le 27 mars. Un appareil AWACS E-3 Sentry de l’armée de l’air américaine — l’une des plateformes de surveillance aéroportée les plus sophistiquées au monde — a été détruit. Dix militaires américains ont été blessés.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé à NBC News que des satellites russes avaient photographié la base les 20, 23 et 25 mars, soit quelques jours avant l’impact. Il a dit être « sûr à 100 % » que Moscou avait transmis ces données à Téhéran. CNN a rapporté que des analystes jugent « hautement probable » que la Russie ait communiqué à l’Iran les coordonnées précises et la position de l’appareil.
Moscou n’a pas répondu publiquement à ces accusations.
La manne pétrolière de Moscou
Le bénéfice russe ne se limite pas au domaine du renseignement. La fermeture effective du détroit d’Ormuz par l’Iran — par lequel transite environ un cinquième de l’approvisionnement pétrolier mondial — a fait flamber les cours du brut. Pour en limiter l’impact, l’administration Trump a assoupli début mars certaines sanctions sur les exportations de pétrole russe.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a annoncé une exemption de 30 jours sur les ventes de brut russe à l’Inde. Le président Trump a ensuite évoqué un possible allègement plus large des sanctions visant les pays producteurs. La mesure a suscité une levée de boucliers bipartisane au Congrès, des élus avertissant qu’elle pourrait injecter des milliards de dollars dans les caisses d’adversaires des États-Unis.
Zelensky a été direct : « Poutine obtiendra plus d’argent, beaucoup plus d’argent, et il l’investira dans des armes. »
La stratégie silencieuse de Pékin
La Chine joue sur un autre registre, mais avec une ambition tout aussi structurelle. Selon Reuters, Pékin négocie avec l’Iran un passage sécurisé pour les navires transportant du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié qatari à travers le détroit d’Ormuz. CNN a ensuite révélé que Téhéran serait en discussions avec huit pays pour accorder ce droit de transit aux pétroliers réglant leurs transactions en yuans chinois — positionnant ainsi le renminbi comme monnaie de facturation alternative sur les marchés énergétiques mondiaux.
L’Australian Broadcasting Corporation a relevé que les navires opérés par des intérêts chinois comptaient parmi les rares à naviguer encore dans le détroit en mars, pendant que le reste du trafic maritime était paralysé.
Un pied dans le Golfe d’après-guerre
Au-delà du court terme, c’est l’horizon stratégique qui préoccupe les analystes occidentaux. Le Conseil européen des relations internationales estime que, si la manne pétrolière russe pourrait s’avérer temporaire, la Chine est en passe de ressortir du conflit avec des leviers renforcés dans les négociations commerciales sino-américaines et « un pied dans le Golfe d’après-guerre ».
Gordon Chang, senior fellow au Gatestone Institute, a formulé l’enjeu sans ambages sur Fox Business : le soutien chinois à l’Iran inclurait, selon lui, des transferts d’armes, de technologie et de renseignement. Concernant l’avion AWACS détruit, il a affirmé que des données de ciblage russes et chinoises auraient probablement été mobilisées. « Si nous ne le reconnaissons pas, nous pourrions très bien perdre ce conflit », a-t-il averti.
Le tableau d’ensemble qui se dessine est celui d’une guerre à géométrie variable, où les combattants en uniforme ne sont pas nécessairement ceux qui en fixent l’issue.
