le spectre de la stagflation resurgit face aux tensions géopolitiques
L’élan printanier de l’économie européenne vient de subir un coup d’arrêt brutal. Selon les données préliminaires de l’indice PMI composite HCOB, publiées ce mardi par S&P Global, la croissance du secteur privé dans la zone euro s’est quasi intégralement figée en mars. Ce ralentissement, plus marqué que ne l’anticipaient les analystes, s’accompagne d’une remontée brutale des coûts de production, ravivant les craintes d’un scénario de « stagflation » — une croissance nulle couplée à une inflation persistante.
Un indice PMI au plus bas depuis dix mois
L’indicateur de référence, l’indice PMI composite, a reculé à 50,5 en mars, contre 51,9 en février. Bien que l’indice reste techniquement en zone d’expansion (au-dessus de la barre des 50), il atteint son niveau le plus faible depuis dix mois. Le consensus de marché tablait sur une résistance plus robuste, autour de 51,0.
Ce coup de frein est principalement imputable au secteur des services, véritable moteur de l’économie européenne ces derniers mois, dont l’activité a stagné à 50,1. Si le secteur manufacturier affiche une résilience de façade avec un PMI à 51,4, sa dynamique de production s’essouffle, pénalisée par une demande globale qui s’effrite pour la première fois en huit mois.
Le choc géopolitique déstabilise l’énergie
Le conflit au Moyen-Orient agit comme un puissant catalyseur de crise. Les perturbations des flux énergétiques mondiaux ont propulsé les coûts des intrants à des sommets inédits depuis trois ans. Sur les marchés, les chiffres témoignent de l’onde de choc :
- Gaz naturel : Le contrat de référence néerlandais (TTF) a bondi de près de 70 €/MWh, un niveau oublié depuis janvier 2023.
- Pétrole : Le baril de Brent a franchi la barre des 114 dollars suite aux frappes croisées entre Israël et l’Iran sur des infrastructures critiques.
- Logistique : Les interruptions de livraison de GNL qatarien et l’allongement des délais de livraison manufacturiers rappellent les pires heures de l’été 2022.
La BCE face à un dilemme cornélien
Pour la Banque centrale européenne (BCE), la situation vire au casse-tête. Alors que les investisseurs espéraient une détente des taux directeurs, la persistance des pressions inflationnistes change la donne. « Les indicateurs suggèrent une inflation proche de 3 % alors que la croissance du PIB glisse sous les 0,1 % par trimestre », prévient Chris Williamson, économiste en chef chez S&P Global Market Intelligence.
L’institution de Francfort a déjà révisé ses prévisions : l’inflation pour 2026 est désormais attendue à 2,6 % (contre 1,9 % précédemment), tandis que la projection de croissance annuelle est rabotée à 0,9 %. Ce pivot contraint les marchés à intégrer l’éventualité de nouvelles hausses de taux, là où tout le monde pariait sur une baisse imminente.
Des perspectives assombries pour l’UE
L’Europe avance en ordre dispersé. Si l’Allemagne tente de maintenir son secteur industriel à flot, la France voit sa production reculer. Pour l’ensemble de la zone, la confiance des entreprises a chuté à un niveau comparable à celui observé lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022. Sans une accalmie rapide sur le front géopolitique et énergétique, le risque d’une contraction pure et simple du PIB européen au deuxième trimestre devient une hypothèse de plus en plus crédible.
