L’activité économique de la zone euro a surpris positivement en février. Selon les données d’enquête flash publiées par S&P Global, la dynamique de croissance s’est renforcée, portée par un retour du secteur manufacturier en territoire d’expansion pour la première fois depuis octobre.
L’indice PMI composite flash HCOB de la zone euro s’est établi à 51,9, contre 51,3 en janvier. Il dépasse les attentes du marché, qui tablaient sur 51,5, et marque un 14ᵉ mois consécutif d’expansion. Le signal le plus marquant provient de l’industrie manufacturière : son PMI a bondi à 50,8, contre 49,5 précédemment, dépassant le consensus (50,0) et atteignant un plus haut niveau en 44 mois.
Le secteur des services a, de son côté, légèrement progressé à 51,8, après 51,6 en janvier, juste en deçà des prévisions (51,9).
Un possible tournant pour l’industrie européenne
La reprise industrielle s’appuie sur une amélioration nette de la demande. L’indice des nouvelles commandes est passé de 49,2 à 50,9, repassant lui aussi en zone de croissance. L’indice de production manufacturière a atteint 52,1, son plus haut niveau depuis six mois, contre 50,5 auparavant.
Pour Cyrus de la Rubia, économiste en chef à la Hamburg Commercial Bank, qui coproduit l’enquête, ce mouvement pourrait marquer un changement de cycle :
« Il est peut-être prématuré de l’affirmer, mais cela pourrait constituer un tournant décisif pour le secteur manufacturier, l’indice PMI global étant repassé en territoire de croissance. Depuis juin 2022, cela ne s’est produit qu’une seule fois, en août dernier. Cette fois-ci, les fondamentaux paraissent plus solides. »
L’Allemagne reprend le rôle de locomotive
La première économie européenne a joué un rôle central dans cette amélioration. En Allemagne, le PMI manufacturier a franchi le seuil des 50,0 pour la première fois depuis juin 2022, passant de 49,1 à 50,7. Le PMI composite allemand a, quant à lui, atteint un sommet de quatre mois à 53,1.
Les économistes d’ING évoquent un possible « effet bouteille de ketchup », illustrant une reprise longtemps contenue qui se matérialise soudainement. À l’inverse, la France demeure en territoire de contraction, suggérant une inversion des rôles : l’Allemagne redevient moteur, tandis que la France pèse encore sur la dynamique globale de la zone euro.
Marchés financiers et politique monétaire : un équilibre fragile
Les marchés boursiers européens ont réagi favorablement à ces indicateurs. L’Euro Stoxx 50 a atteint un sommet historique autour de 6 119 points plus tôt en février, tandis que le STOXX 600 élargi a inscrit un record à 630 points au cours de la semaine.
Les pressions sur les prix se sont légèrement renforcées, avec une hausse modérée des coûts des intrants et des prix de vente, tant dans l’industrie que dans les services. Toutefois, cette progression reste contenue. Elle ne justifie pas, à ce stade, un changement de cap de la Banque centrale européenne, qui a maintenu son taux de dépôt à 2 % lors de sa réunion du 5 février, signant ainsi une cinquième pause consécutive.
Selon une enquête Reuters, 66 économistes sur 74 estiment désormais que les taux d’intérêt resteront inchangés au moins jusqu’en 2027.
Cyrus de la Rubia souligne enfin que le PIB allemand « devrait afficher une croissance notable au premier trimestre, sauf ralentissement marqué en mars, ce que les données actuelles ne laissent pas présager ».
