Jalila Baccar : Une légende vivante à Dar Sebastian

Le théâtre tunisien est intimement lié à l’Histoire de la Tunisie contemporaine. Jalila Baccar, icône (s’il en est une) du parfait mélange entre réflexion et action culturelle, a illuminé par sa présence Dar Sebastian en cette après-midi du vendredi 3 février 2017. Elle nous a parlé avec beaucoup de pudeur de son parcours personnel et professionnel, allant des premiers pas avec le théâtre scolaire et universitaire jusqu’à la formidable aventure de Familia production, en passant par la période ˗ instructive et édifiante à tous les niveaux ˗ du Théâtre de Gafsa. Une constante émerge dans son discours : son attachement viscéral à la terre natale, à la mémoire collective et personnelle, à la Tunisie dans toute sa splendeur et toutes ses dimensions, même les moins brillantes.

Elle a eu la chance de trouver assez vite son chemin et d’avoir bénéficié du soutien indéfectible de ses parents qui lui ont ouvert les portes d’un monde tout aussi double que celui du théâtre, l’espace quasi utérin de la maison familiale avec ses recoins, ses mystères et ses échos, et l’espace de la rue, avec ses bruits et parfois sa fureur. Ces espaces intérieurs et extérieurs, profondément enracinés dans la « tunisianité », se reflètent dans les œuvres écrites ou jouées en langue tunisienne, une langue sous estimée et pourtant vivante, vivace et poétique.

Le débat avec le public (constitué en majorité de fins connaisseurs de la carrière de Jalila Baccar et de quelques uns de ses plus fervents admirateurs sur la place) a amené la comédienne et dramaturge à expliquer les raisons qui poussent les spectateurs à percevoir chez elle une vision pessimiste. Les questions fusent, comme si Jalila Baccar avait réponse à tout.

Oublie-t-on que l’artiste se soucie plus de poser les interrogations essentielles et pousser au questionnement et à la remise en cause des certitudes les plus tenaces ? L’obsession des réponses, de l’interprétation et de la sempiternelle existence d’un message quelconque au sein d’une œuvre quelle qu’elle soit se trouve plutôt du côté du lecteur/spectateur.

Jalila Baccar se prête généreusement au jeu et livre spontanément et avec beaucoup de sincérité ses aspirations passées et à venir (participer, par l’action théâtrale à l’élaboration d’une culture spécifique ancrée dans le réel), ses inquiétudes (la beauté géographique et historique du pays aux prises avec la laideur ambiante institutionnalisée et entrée dans les coutumes), ses regrets (le dépérissement du système éducatif et la responsabilité de tous dans ce désastre). La rencontre se termine pourtant sur une note optimiste puisque de nouvelles générations, de nouveaux talents, pleins de bonne volonté et d’enthousiasme continuent l’aventure de leurs aînés et laissent entrevoir un avenir plein d’espoir.

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