Moez Laabidi, économiste : «La planche à billets est une fuite en avant»

Pour l’ancien administrateur de la BCT, le cas du Vénézuela est un exemple édifiant des risques de dérapage de l’inflation inhérents au financement monétaire de l’impasse
budgétaire.

La planche à billets, pourrait-elle être la solution pour boucler le budget de 2021 ? Le cas échéant, n’encourt-on pas le risque de l’emballement de l’inflation ? Pour Moez Laâbidi, économiste et ancien administrateur de la BCT, la création monétaire est “un choix de lâche, au sens politique du terme”. Intervenant lors d’un webinaire qui a été organisé, récemment par l’Association des Tunisiens des grandes écoles (Atuge) sur le thème. «Création monétaire : a-t-on un autre choix dans l’immédiat ?», l’expert estime que la véritable solution pour surmonter l’impasse budgétaire passe par les grandes réformes. Il s’agit de remettre le pays sur un sentier de croissance sérieuse. «Sortir de l’impasse financière et sombrer dans la soutenabilité de la dette sont un choix très dangereux», a-t-il affirmé. M. Laâbidi a expliqué qu’une création monétaire qui n’est pas accompagnée d’une dynamique de réformes ne peut en aucun cas être une solution pour résoudre le problème de l’impasse budgétaire récurrente. «Cette solution ne peut pas durer parce que le dérapage des finances publiques devient étouffant pour les dépenses de l’investissement», a-t-il précisé.

Débloquer les réformes L’application des normes de gouvernance aux entreprises publiques, la lutte contre le secteur informel, mais aussi contre l’économie de rente qui gagne du terrain, le déploiement des énergies renouvelables pour alléger le coût de l’énergie et des subventions sont toutes des décisions qui devraient être mises en œuvre pour résoudre le problème du financement.

«Il y a une lâcheté face à toutes ces décisions, après on tape à la porte de la Banque centrale pour chercher un financement monétaire. Et les dépenses d’investissement, qui vont améliorer la qualité de la vie des citoyens, y compris, la santé, l’éducation et le transport, deviennent la variable d’ajustement pour débloquer des négociations salariales. Le résultat est là: l’économie tunisienne est engluée dans une mauvaise situation», a-t-il ajouté.

Citant l’exemple du Vénézuela où l’inflation est passée de 12% en 2012 à plus de 2700% en 2021, M. Laâbidi a fait savoir que la planche à billets est une fuite en avant. Elle provoquera un dérapage de l’inflation et causera une dégradation de la note de la Tunisie. De même, l’expert prévoit la suspension des négociations avec le FMI. Néanmoins, un financement monétaire qui reste dans les limites de 3% à 4% du PIB peut être envisageable pour combler le trou budgétaire de 2021, même s’il s’agit d’une solution qui va enfoncer le pays dans la spirale de la dette, a-t-il affirmé. «La dette tunisienne est insoutenable: une croissance anémique et des taux d’intérêt très élevés sur le marché. La voie de l’endettement n’est pas la bonne», a-t-il renchéri.

Pour l’expert, les financements bilatéraux peuvent être une solution de court terme. En outre, les DTS du FMI affectés par les pays riches seraient également une source de financement, à condition de déclencher une dynamique de réformes qui soit assez “convaincante” pour pouvoir engager des négociations avec le FMI. Il ajoute : «Dans la pratique et même au niveau mondial, on craint l’instrumentalisation de la Banque centrale par certains régimes pour faire des dépenses publiques à la veille des élections. Je crois toujours en les best practices. Il faut laisser le financement passer par le marché».

M. SAIDI

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