Renforcer le rôle de la Bourse dans le financement de l’économie

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Renforcer le rôle de la Bourse dans le financement de l’économie

La contribution du marché financier au financement de l’économie peine à atteindre les 10%, la capitalisation boursière étant inférieure à 25% du PIB. Les solutions possibles pour le redynamiser et accroitre son rôle dans le financement du développement, ont fait l’objet de débat, lors d’un atelier stratégique, organisé vendredi à Tunis, par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), sur le thème  » le rôle de la Bourse dans le financement du développement ».

Prenant part au débat, Bilel Sahnoun, Directeur général de la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT), a affirmé que « la plupart des tunisiens se font aujourd’hui une idée fausse, déformée ou réductrice de la bourse. La cause en est souvent une culture économique et financière insuffisante pour en saisir l’utilité et les subtilités. Casino pour les uns, temple de la spéculation pour les autres, ce lieu virtuel d’échanges reste pour beaucoup réservé au gens fortunés ou à ceux qui par avidité veulent s’enrichir rapidement. Le pire que tous ces clichés ne sont pas loin de correspondre à la réalité lorsque les marchés financiers dérapent soit à la hausse, soit à la baisse « , a-t-il regretté.

Et de poursuivre » dans cette confusion générale, on oublie l’essentiel. La bourse reste indispensable pour financer le développement de l’économie. En Europe la contribution des marchés dans le financement de l’économie atteint 40%. Elle est de 60% aux Etats-unis «
S’agissant du marché financier Tunisien, le Directeur général de la BVMT a noté » qu’après plus de quatre décennies d’activité, le marché financier a bon gré mal gré réalisé des acquis indéniables malgré son retard de développement. Nous avons aujourd’hui un marché organisé, aligné aux standard internationaux, une structure technique avancée et une expertise dans l’ingénierie financière, toutefois l’essor technique et organisationnel du marché et l’expertise de certains métiers financiers n’ont pas été accompagnés parallèlement par un développement de son rôle dans le financement de l’économie « .
Evoquant les points faibles du marché financier et les entraves à son développement, il a souligné que » le marché souffre encore de son étroitesse et de sa petite taille avec une capitalisation boursière d’à peine, 9,4 milliards de dollars et une faible contribution dans le financement de l’économie ».

Sahnoun a aussi, déploré le fait « que l’économie demeure financée par la dette et que la levée de capitaux n’a pas été facilitée par un arsenal réglementaire et administratif très dissuasif. S’ajoute à cela l’absence d’une structure de place regroupant tout l’écosystème financier. Une absence qui n’a pas aidé à l’harmonisation et au regroupement des textes et lois, à faire connaitre le savoir faire boursier et à promouvoir la Tunisie comme une réelle opportunité d’investissement »

Le responsable de la BVMT a aussi épinglé « le phénomène d’érosion de l’épargne nationale observée depuis 2011, vraisemblablement à cause de la dégradation du pouvoir d’achat, mais aussi à cause de l’absence d’une offre diversifiée proposée par les institutionnels qui ne viennent encore pas sur le marché faute d’incitations en leur faveur  » .

Face à toutes ces défaillances, le marché financier œuvre, dans le cadre du plan quinquennal de développement, à mettre en place sa propre stratégie de développement. » Les principaux axes de cette stratégie visent à renforcer l’offre de titres sur le marché par la prospection de nouveaux émetteurs et l’attrait de nouvelles catégories d’investisseurs grâce à la promotion de nouveaux mécanismes d’investissement, tels que l’assurance vie, la titrisation , la cotation des fonds et bien d’autres … » a précisé Sahnoun.

« Nous espérons d’ici 2020 faire passer le financement de l’économie par le marché de 10 à 20%, participer à l’amélioration des taux d’épargne nationale pour retrouver les niveaux de 2010, soit plus de 21% contre 12% actuellement, et accroitre la capitalisation boursière du marché pour atteindre 50% du PIB, ce qui permettrait à la bourse de Tunis de passer du statut de marché naissant au statut de marché émergent » a-t-il encore ajouté.

« Ces objectifs restent à notre portée si l’écosystème financier se mobilise et conjugue ses effets à coté de la puissance publique. Dans cette perspective, l’Etat doit montrer l’exemple et recourir au marché financier afin de financer le Budget par la privatisation partielle ou totale via la bourse, d’entreprises prometteuses publiques ou confisquées. Cela soulagera les finances publiques et ramènera du cash dans les caisses de l’Etat. Dans le même cadre, l’Etat peut aussi passer par le marché pour le financement des projets publics et des PPP et émettre des emprunts destinés au renforcement des infrastructures « , a-t-il encore expliqué.

Dans cette même lignée, le DG de la BVMT a estimé aussi nécessaire « d’inciter les institutionnels et notamment les assurances et les caisses de retraite, à investir sur le long terme dans des actifs boursiers. Cela contribuera à approfondir et dynamiser la bourse mais aussi d’offrir à ces institutionnels un potentiel de rémunération des placements avantageux sur le long terme  » .

Il a également recommandé de poursuivre le processus de déplafonnement des investissements étrangers en portefeuille qui ne sont actuellement que de 26% de notre capitalisation boursière comparée à plus de 50% dans les places arabes.
« Toutefois le développement du rôle du marché dans le financement de l’économie est une oeuvre de longue haleine, et doit passer par un travail culturel et d’acculturation des parties prenantes » a-t-il conclu.

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