Etats-Unis: Le secteur automobile en alerte face à la loi contre le travail forcé en Chine

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Les batteries de véhicules électriques et d’autres composants de voitures sont les derniers produits dans le viseur de Washington qui tente de rompre tout lien entre les Etats-Unis et les soupçons de travail forcé en Chine.

Jusqu’ici, la loi américaine, entrée en vigueur il y a un an, interdit l’importation de biens issus de la région du Xinjiang comme des panneaux solaires, des tomates et du coton.

Désormais, des composants essentiels pour l’industrie automobile tels que des batteries lithium-ion, des pneus, de l’aluminium et de l’acier en provenance du Xinjiang sont de plus en plus menacés d’être saisis par les douanes américaines.

Cette surveillance accrue de la part du Service américain des douanes et de la protection des frontières pourrait rendre la vie difficile aux constructeurs automobiles qui vont devoir apporter des preuves solides que leurs chaînes d’approvisionnement ne sont pas liées au Xinjiang.

Les Etats-Unis accusent la Chine d’avoir établi des camps de travail forcé pour la minorité ouïghoure et d’autres minorités au Xinjiang. Ces accusations sont rejetées par la Chine.

Plus d’un an après l’entrée en vigueur de la loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours, les livraisons de panneaux solaires en provenance de Chine croupissent dans les entrepôts américains.

Le nombre d’installations utilisant l’énergie solaire pour les services publics a baissé de 31% l’an dernier à cause de l’approvisionnement limité en panneaux solaires, selon l’Association des industries de l’énergie solaire, qui affirment tout de même que les conditions se sont améliorées cette année.

L’énergie solaire et les véhicules électriques à batterie sont deux secteurs primordiaux pour l’administration Biden qui veut se détacher de l’énergie fossile dans sa lutte contre le changement climatique.

Quand les cargaisons sont saisies, les douanes américaines fournissent à l’importateur une liste de produits issue d’examens précédents et les documents requis pour prouver qu’ils n’ont aucun lien avec le travail forcé, affirment-elles.

Cette liste, dont Reuters a pu obtenir une version récente, a été mise à jour entre avril et juin pour y inclure les batteries, les pneus, l’aluminium et l’acier, a affirmé un porte-parole des douanes américaines.

Lorsque la loi est entrée en vigueur l’an dernier, le coton, les tomates et le polysilicium, composé chimique utilisé dans les panneaux solaires, étaient les principales cibles des autorités américaines.

« Le timing de ces changements ne reflète aucun tournant stratégique ou opérationnel », affirme un porte-parole des douanes dans un communiqué, ajoutant que la liste des produits n’était « pas exhaustive ».

L’agence n’a pas répondu aux questions sur la surveillance accrue des importations automobiles et affirme se concentrer « là où les risques sont élevés ».

Dans un rapport adressé au Congrès le mois dernier, les douanes ont listé les batteries lithium-ion, les pneus et « autres composants automobiles » comment des « risques potentiels » à surveiller.

Depuis février, 31 livraisons automobile et aérospatiale ont été saisies, indique les données des douanes.

La valeur des saisies de métal, comme l’acier et l’aluminium, ont augmenté d’un million de dollars par mois fin 2022 à plus de 15 millions de dollars par mois actuellement.

EXPOSITION

Si les chiffres restent peu élevés face au milliard de dollars d’importations saisies dans le secteur de l’énergie solaire, l’industrie automobile est en alerte, selon des avocats et des experts des chaînes d’approvisionnement.

« Les chaînes d’approvisionnement sont très complexes, et une saisie serait très perturbante pour un constructeur automobile », déclare Dan Solomon, avocat qui conseille les fabricants sur les risques potentiels de travail forcé chez Miller & Chevalier.

« Il ne fait aucun doute que les constructeurs sont concentrés sur ça », disait-il en mai lors d’un événement privé réunissant des dirigeants du secteur à Détroit.

L’attention portée sur le secteur automobile fait suite à une étude de l’Université britannique de Sheffield Hallam publiée en décembre qui affirmait que la quasi-majorité des constructeurs étaient exposés à des produits réalisés à l’aide du travail forcé dans le Xinjiang.

L’étude a mené à l’ouverture d’une enquête toujours en cours par le président de la Commission des finances du Sénat américain, Ron Wyden.

« REEL DANGER »

Sur les treize constructeurs automobiles contactés par Reuters, quatre – Mercedes-Benz USA, Volkswagen, Denso et ZF Friedrichshafen AG – affirment ne pas avoir de produits saisis dans le cadre de la loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours.

Ford, Bosch, General Motors, Honda, Toyota, Stellantis et Magna ont déclaré dans des communiqués séparés avoir mené les vérifications nécessaires pour s’assurer que leurs chaînes d’approvisionnement n’avaient pas de lien avec le travail forcé mais n’ont pas indiqué s’ils avaient eu ou non des biens saisis dans le cadre de la loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours.

Tesla et Continental AG n’ont pas répondu à une demande de commentaire.

« Si vous êtes un constructeur automobile qui n’a pas commencé à tracer vos chaînes d’approvisionnement pour les minéraux critiques (…) qui transitent par la Chine pour identifier d’où ces marchandises viennent, vous courez un réel danger », indique Brandon Daniels, PDG d’Exiger, un fournisseur de logiciels de gestion de la chaîne d’approvisionnement.

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