L’onde de choc provoquée par le conflit impliquant l’Iran atteint les côtes européennes. Face à la paralysie des routes maritimes dans le golfe Persique et à l’arrêt partiel des exportations qataries, l’Espagne et l’Italie, les deux principales économies du sud de l’Europe, ont lancé cette semaine une offensive diplomatique sans précédent vers Alger. L’objectif est clair : sanctuariser leurs importations d’hydrocarbures par pipeline pour compenser la chute du gaz naturel liquéfié (GNL).
Diplomatie de crise : Madrid et Rome au chevet d’Alger
Le ballet diplomatique a débuté mercredi avec la visite de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni. Accueillie par le président Abdelmadjid Tebboune, la dirigeante a scellé un renforcement du partenariat stratégique entre le géant italien Eni et la compagnie nationale Sonatrach. Les discussions portent sur l’extraction de gaz de schiste et l’exploration offshore afin de doper les capacités du pipeline TransMed, qui assure déjà 30 % de la consommation italienne.
Dès le lendemain, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, lui a emboîté le pas. Accompagné du ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab, il a négocié une augmentation des flux via le gazoduc sous-marin Medgaz. Selon des sources proches du dossier, les livraisons pourraient bondir de 10 % à 12,5 %. Pour Madrid, l’enjeu est vital : l’Algérie fournit déjà 42,5 % du gaz consommé dans la péninsule.
Le « choc qatari » précipite l’urgence
L’accélération de ces négociations fait suite à une annonce critique de QatarEnergy. Le géant gazier a invoqué une clause de « force majeure » sur ses contrats après que des frappes de missiles iraniens ont gravement endommagé le terminal de Ras Laffan.
Ce coup d’arrêt est majeur pour le marché mondial :
- Impact financier : Un manque à gagner estimé à 20 milliards de dollars par an.
- Capacité : 17 % des exportations qataries sont hors service.
- Délai : Saad al-Kaabi, PDG de QatarEnergy, estime que les réparations pourraient durer entre 3 et 5 ans.
Pour l’Italie, qui dépend du Qatar pour 10 % de son gaz total et un tiers de ses importations de GNL, le recours au gazoduc algérien n’est plus une option, mais une nécessité de survie économique.
Fractures géopolitiques et pragmatisme énergétique
Au-delà de l’aspect technique, cette course au gaz souligne des divergences diplomatiques au sein de l’UE. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a adopté une posture de rupture, qualifiant le conflit de « guerre absurde et illégale » et refusant l’usage des bases militaires espagnoles pour des opérations contre Téhéran.
Cette fermeté semble porter ses fruits sur le plan sécuritaire : l’Iran a accordé une exemption de passage dans le détroit d’Ormuz aux navires battant pavillon espagnol. Une position qui tranche avec celle, plus nuancée, de Giorgia Meloni. La dirigeante italienne préfère jouer la carte de la médiation, saluant les rumeurs de pourparlers entre Washington et Téhéran.
Alors que l’Europe s’apprête à vivre des mois d’incertitude sur les marchés de l’énergie, l’Algérie confirme son statut de partenaire incontournable, transformant ses ressources naturelles en un levier diplomatique et économique majeur sur l’échiquier méditerranéen.
