L’économie de l’Afrique subsaharienne tient bon. Malgré les tensions géopolitiques, les chocs climatiques, le recul de l’aide au développement et les pressions budgétaires, la croissance régionale devrait passer de 4,1 % en 2025 à 4,3 % en 2026, selon la dernière édition du rapport économique semestriel du Groupe de la Banque mondiale consacré à l’Afrique. C’est 0,3 point de pourcentage de plus que les prévisions d’avril 2026.
Une dynamique soutenue par la stabilité et la transition mondiale
Cette progression s’appuie sur une stabilité macroéconomique renforcée et une demande intérieure plus soutenue. Elle profite aussi des investissements liés à la transition énergétique mondiale et aux technologies numériques.
Le tableau reste pourtant contrasté. Le conflit au Moyen-Orient, l’incertitude entourant les politiques commerciales, le durcissement des conditions financières, les catastrophes naturelles, les épidémies et l’insécurité continuent de peser sur l’activité dans plusieurs pays. Surtout, cette croissance ne suffit pas à réduire sensiblement l’extrême pauvreté ni à créer les emplois dont a besoin une main-d’œuvre en plein essor.
Des prévisions relevées pour près des trois quarts des pays
Andrew Dabalen, économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Afrique, souligne la capacité de résistance de la région :
« Malgré un contexte mondial difficile, l’activité économique en Afrique subsaharienne continue de faire preuve d’une remarquable résilience, les prévisions de croissance ayant été revues à la hausse pour près des trois quarts des pays de la région, dont l’Angola, l’Éthiopie, le Nigéria et la Zambie. Ces résultats sont le fruit de plusieurs années de réformes et d’une meilleure gestion économique. Le prochain défi consiste à transformer cette croissance en davantage d’emplois et de meilleures opportunités. En investissant dans les fondations d’une économie prête pour l’IA, les pays africains peuvent libérer des gains de productivité, stimuler l’innovation et accélérer la transformation structurelle nécessaire pour améliorer les niveaux de vie et réduire la pauvreté. »
Inflation et dette : les points de vigilance
Le rapport anticipe une remontée du taux d’inflation médian, de 3,7 % en 2025 à 5,5 % en 2026. La hausse des prix mondiaux des carburants, des engrais et des denrées alimentaires efface en partie les progrès récents sur ce front.
L’endettement public s’est globalement stabilisé autour de 57 % du PIB. Mais le poids élevé du service de la dette continue de limiter les dépenses de santé, d’éducation et d’infrastructures. Avec le recul de l’aide au développement, les pays sont de plus en plus poussés à renforcer la mobilisation de leurs ressources intérieures, à approfondir leurs marchés de capitaux locaux et à obtenir des financements plus durables.
Des risques de dégradation toujours dominants
Les risques pèsent plutôt à la baisse. Une aggravation des tensions géopolitiques pourrait provoquer de nouvelles hausses des prix des produits de base, accentuer l’inflation et détériorer les soldes extérieurs et budgétaires.
Les chocs climatiques, notamment les effets d’un éventuel épisode El Niño, pourraient perturber la production agricole et aggraver l’insécurité alimentaire. Un durcissement des conditions de financement réduirait encore les marges de manœuvre budgétaires.
L’intelligence artificielle, nouveau chantier de la région
Cette édition consacre un éclairage particulier à la façon dont l’intelligence artificielle peut accroître la productivité, améliorer les services et créer des emplois. La plupart des pays n’en sont qu’aux premiers stades de son adoption, l’activité se concentrant dans quelques économies, notamment le Kenya, le Nigéria et l’Afrique du Sud.
Pour la Banque mondiale, la plus grande opportunité tient aux petites applications d’IA, abordables et adaptées localement : des outils à faible bande passante pour l’éducation, l’agriculture, la santé, la finance, la logistique et l’administration publique, plutôt que des systèmes d’IA de pointe.
Pour en tirer des bénéfices concrets, il faudra aussi investir dans un approvisionnement électrique fiable, une connectivité abordable et des compétences numériques, en plus de données de qualité et d’infrastructures de calcul, le tout accompagné d’une gouvernance efficace. Institutions solides, capacités techniques, mise en œuvre effective et coopération régionale, notamment via la Stratégie continentale sur l’IA de l’Union africaine et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), peuvent aider à déployer ces solutions à grande échelle et à créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité.
