Des institutions résilientes dans un contexte mondial sous tension
Présenté lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), tenues du 28 mai au 1er juin 2026 à Brazzaville en République du Congo, le cinquième rapport sur le financement du commerce en Afrique dresse un tableau contrasté : des avancées réelles depuis la pandémie de Covid-19, mais des fragilités structurelles qui menacent les acquis.
Ce rapport, qui couvre la période 2020-2024, constitue la mise à jour la plus complète jamais réalisée sur le paysage du financement commercial africain. Il introduit pour la première fois une mesure quantitative de la contribution des institutions de financement du développement (IFD), et explore deux nouvelles dimensions : la numérisation et la durabilité environnementale.
Un déficit persistant, mais partiellement contenu
En 2024, le déficit de financement du commerce sur le continent se situait entre 74 et 92 milliards de dollars — soit 5,4 % de la valeur totale des échanges de marchandises de la région. Une pression considérable, même si la demande non satisfaite a diminué de près de 10 % entre 2019 et 2024 grâce aux interventions massives des banques multilatérales de développement, des gouvernements et des agences de crédit à l’exportation.
Anthony Simpasa, directeur du Département de la politique macroéconomique de la BAD, a mis en garde contre un retour en arrière : « Les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient anéantir les progrès réalisés depuis la pandémie. » Dans un scénario allant de modéré à sévère, le déficit pourrait atteindre entre 86,6 et 102,6 milliards de dollars d’ici 2027 — une hausse d’au moins 17,7 % par rapport au niveau de 2024, susceptible d’effacer une décennie de progrès.
Les banques commerciales, encore trop absentes
L’un des enseignements marquants du rapport concerne le recul relatif des banques commerciales : entre 2020 et 2024, elles n’ont financé en moyenne que 23 % du commerce africain, contre 40 % sur la période 2011-2019. Ce décrochage s’explique notamment par la pénurie de liquidités en devises étrangères, citée par 36 % des banques comme principal obstacle à leur activité — contre 18 % seulement entre 2015 et 2019.
En parallèle, le commerce intra-africain a progressé, représentant 34 % du total financé par les banques entre 2020 et 2024, soit une hausse de 89 % par rapport aux niveaux d’avant-pandémie. Un signal encourageant pour l’intégration continentale, mais insuffisant pour compenser le retrait du secteur bancaire privé.
Numérisation : un chantier encore embryonnaire
Sur le volet technologique, les résultats sont décevants : seules 28 % des banques interrogées ont déclaré avoir adopté des outils ou plateformes numériques pour leurs opérations de financement du commerce. Les obstacles majeurs restent les coûts de mise en œuvre et l’inadéquation des infrastructures technologiques.
Vers un écosystème plus résilient et systémique
Lors de la table ronde qui a suivi la présentation du rapport, plusieurs responsables ont insisté sur la nécessité de traiter le financement des PME comme un segment central et non marginal du dispositif bancaire. Francisca Tatchouop Belobe, commissaire à l’Union africaine, a pointé le « missing middle » : « Les PME sont trop grandes pour la microfinance, trop petites pour la banque d’affaires, mais bien trop importantes pour être exclues du système de financement du commerce. »
Des solutions systémiques ont été évoquées, notamment la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), présentée comme un cadre continental capable de traiter le déficit de financement non plus au cas par cas, mais de manière structurelle. Les IFD ont quant à elles facilité environ 32 milliards de dollars de financement du commerce par an entre 2020 et 2024 — en moyenne 3 % du commerce total de marchandises de l’Afrique.
