L’arrivée de la troisième banque tunisienne sur le segment de la finance islamique pourrait encourager d’autres grandes banques à se lancer sur ce marché.

Amen Bank a déposé une requête à la Banque centrale tunisienne pour ouvrir une filiale spécialisée dans les produits financiers islamiques, a indiqué début novembre Ahmed Karam, président du directoire du groupe.

Cette demande s’inscrit dans le cadre d’une ouverture lente mais croissante du secteur financier vers ce type de produits en Tunisie. La société El Wifack Leasing, créée en 2002, propose des crédits-bails mais n’a jamais caché son ambition de devenir rapidement une banque universelle islamique. La Tunisie compte déjà deux établissements bancaires à vocation islamique : al-Baraka Bank Tunisia (filiale d’un groupe bahreïnien) et banque Zitouna.

Nouveaux débouchés
Le pari d’Amen Bank pourrait transformer durablement le secteur de la banque islamique. La Tunisie compte 22 banques, un nombre élevé dans un marché arrivé à saturation et où les acteurs doivent trouver de nouveaux débouchés pour survivre.

« Aujourd’hui, toutes les banques commerciales tunisiennes vendent le même produit, explique Maher Zaanouni, analyste chez le spécialiste tunisien en conseils financiers Cap Invest. Amen Bank a vu que la finance islamique a le vent en poupe notamment parce que les banques du secteur ont bien résisté à la crise mondiale. En apportant son savoir-faire de banque commerciale et surtout son important réseau, Amen Bank se place en force sur le secteur. » Amen Bank possède 154 agences, contre 76 agences pour Banque Zitouna et une vingtaine pour al-Baraka Bank.

Si l’opération réussit, Amen Bank pourrait être suivi par d’autres grandes banques dans cette « course à la diversification et à la taille », comme la qualifie Maher Zaanouni, qui pourrait s’avérer fatale pour les établissements traditionnels trop petits pour être concurrentiels.

Ranya Gnaba, spécialiste du secteur bancaire au sein du cabinet d’analyse AlphaMena, se montre plus réservée. « Les banques islamiques ont surtout réussi dans les économies qui sont excédentaires en cash, notamment dans les États arabes du Golfe, explique-t-elle. En Tunisie, ces établissements pâtissent d’un problème structurel, à savoir la rareté des ressources et, en conséquence, un coût de financement assez élevé. D’ailleurs, même les banques universelles traditionnelles ont des difficultés liées au refinancement dans un contexte de ralentissement de l’économie tunisienne ».

Résultats

Troisième banque tunisienne en 2014, avec un total de bilan de 4,279 milliards de dollars, Amen Bank est la propriété du groupe familial Ben Yedder, qui rassemble une cinquantaine de sociétés présentes notamment dans les banques, l’assurance, l’agroalimentaire, l’hôtellerie et la santé.

Au premier semestre 2015, Amen Bank affichait un résultat net de 59,12 millions de dinars (27,28 millions d’euros, +2,47 % par rapport à la même période en 2014), pour un produit net bancaire de 135,33 millions de dinars (62,44 millions d’euros, +7,14 % sur un an).

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