Trump et les droits de douane : vers un nouveau désordre économique mondial

Date:

Le second mandat de Donald Trump s’ouvre sur une intensification des incertitudes économiques, avec en toile de fond une politique commerciale américaine en mutation profonde. Alors que les droits de douane atteignent un niveau sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les implications pour l’économie mondiale – et pour l’Europe en particulier – s’annoncent majeures.

Des droits de douane durablement élevés, aux fondements politiques affirmés

Le tarif extérieur moyen des États-Unis s’établit aujourd’hui autour de 25 %, un seuil historiquement élevé. Et même après une éventuelle phase de stabilisation, il est peu probable que ce taux descende sous les 15 %, soit cinq fois plus qu’en début d’année. Cette orientation n’est pas conjoncturelle : elle s’inscrit dans une vision stratégique de l’administration Trump, qui cherche à financer ses baisses d’impôts tout en renforçant l’autonomie industrielle des États-Unis.

Les secteurs ciblés – automobiles, acier, aluminium, cuivre, produits pharmaceutiques, semi-conducteurs – sont jugés vitaux pour la souveraineté nationale. Cette logique protectionniste, qui mêle considérations budgétaires et sécurité nationale, rompt avec le cadre multilatéral instauré depuis le GATT de 1947.

Une pression inflationniste interne, un affaiblissement de la compétitivité

À court terme, les entreprises et les ménages américains subissent un double choc : une forte incertitude réglementaire et une hausse immédiate des prix. Cette politique tarifaire équivaut à la plus forte augmentation d’impôts depuis des décennies, freinant les marges de manœuvre de la Réserve fédérale. L’attentisme s’installe, freinant investissement et consommation.

À plus long terme, l’économie américaine sera confrontée à des pertes de compétitivité durables. Le renchérissement des intrants pénalisera les industriels, tandis que le repli concurrentiel réduira l’efficacité des entreprises protégées. Résultat : une croissance de la productivité affaiblie, un pouvoir d’achat en baisse, et une contraction du choix de consommation pour les ménages.

Un impact désinflationniste à l’échelle mondiale

Contrairement aux craintes initiales d’un emballement inflationniste mondial, les répercussions s’orientent vers un choc désinflationniste global. La plupart des grandes économies ont évité la surenchère tarifaire, voire réduit leurs droits pour éviter une guerre commerciale. Seule la Chine a répliqué de manière frontale, en imposant des droits prohibitifs sur les produits américains, ce qui devrait drastiquement réduire ses importations en provenance des États-Unis.

L’effet sur la demande mondiale est déjà perceptible. L’affaiblissement des échanges, couplé à la montée de l’incertitude, freine les dynamiques d’investissement. Les prix de l’énergie reflètent ce ralentissement, accentué par une hausse de la production de l’OPEP+. À court terme, le monde devra absorber un excédent de produits manufacturés chinois, désormais exclus du marché américain.

Vers une restructuration de l’ordre économique mondial

L’unilatéralisme américain remet en question les fondations de l’ordre économique global établi depuis 1945. Tout en cherchant à préserver les avantages du système actuel – rôle du dollar, accès aux marchés de capitaux, domination financière – Washington rejette désormais les principes d’ouverture commerciale et de solidarité multilatérale.

Ce repositionnement stratégique est périlleux. Comme le souligne Barry Eichengreen (Sterling’s Past and the Dollar’s Future, avril 2025), ces éléments sont interdépendants. L’hégémonie monétaire et financière américaine repose sur un équilibre incluant une stabilité géopolitique crédible. Or, les premiers signaux de défiance apparaissent : le dollar et les bons du Trésor n’ont pas joué leur rôle refuge durant les récentes turbulences boursières (semaine du 7 au 11 avril), preuve que les investisseurs commencent à réévaluer leurs expositions.

L’Europe, pôle de stabilité et d’opportunité

Face à cette fragmentation croissante, l’Europe se positionne comme un acteur de stabilité. Son poids économique – deuxième marché de consommation mondial, principal investisseur étranger aux États-Unis – lui donne une capacité de négociation significative. Elle multiplie les accords bilatéraux pour diversifier ses partenaires et renforcer sa résilience commerciale.

Sur le plan intérieur, elle bénéficie d’une marge d’action budgétaire et monétaire inédite. L’Union européenne prévoit près de 1 000 milliards d’euros d’investissements annuels d’ici 2030, orientés vers la transition énergétique, le numérique, la défense et les infrastructures. Cette stratégie de croissance durable, soutenue par un cadre institutionnel stable, renforce son attractivité auprès des investisseurs internationaux.

Vers une redéfinition des équilibres globaux

Les États-Unis opèrent un tournant stratégique dont les conséquences s’étendront bien au-delà de leurs frontières. Ce repli partiel sur eux-mêmes accélère la reconfiguration de l’économie mondiale. Dans ce contexte, l’Europe a une carte à jouer : celle de la stabilité, de la prévisibilité et de l’investissement d’avenir. Le monde économique entre dans une phase de transition critique, où chaque acteur devra redéfinir ses alliances et ses leviers de croissance.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : Tunis fédère les acteurs régionaux autour d’un Manifeste pour la transition verte

À l’issue d’une conférence internationale à Tunis, les acteurs de l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud ont adopté un Manifeste structurant autour de dix axes clés pour accélérer la transition vers l’économie verte et circulaire.

Ramadan : Un Mois Propice pour rompre avec la cigarette

Le mois sacré de Ramadan offre une opportunité unique pour ceux qui désirent se libérer de l'emprise de la cigarette.

OPPO A78, le nouveau smartphone bientôt en Tunisie

OPPO, la marque leader sur le marché mondial des appareils connectés, vient d’annoncer l’arrivée sur le marché tunisien de son dernier smartphone A78, à partir du 1er septembre 2023.
00:03:27

OPPO Tunisie lance les nouveaux smartphones Reno8 T 4G, Reno8 T 5G, un design élégant et une fluidité totale

OPPO vient d’annoncer le lancement, en Tunisie, de ses derniers modèles de smartphones de la série Reno, les nouveaux Reno8 T et Reno8 T 5G, avec une offre spéciale durant tout le mois de mars 2023.

A lire également
A lire également

SoleCrypt et Schneider Electric s’allient pour développer des data centers IA durables en Tunisie

Un partenariat tuniso-britannique et mondial pour bâtir en Tunisie des data centers IA alimentés par énergie solaire, avec moins de 10 ms de latence vers l’Europe et des infrastructures durables de classe internationale.

Tunisie : 110 millions de dollars de la Banque africaine de développement pour moderniser écologiquement le Groupe Chimique Tunisien

Le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement a validé, le 28 janvier 2026, un financement de 110 millions de dollars en faveur du Groupe Chimique Tunisien. Ce soutien permettra de réduire la pollution industrielle et d’améliorer la performance environnementale des unités de production.

Tunisie–UE : la CONECT appelle à une stratégie commerciale plus équilibrée et tournée vers l’Afrique et l’Asie

Le président de la CONECT, Aslan Ben Rejeb, insiste sur l’importance de l’Union européenne, tout en appelant la Tunisie à diversifier ses partenariats vers l’Afrique et l’Asie pour corriger les déséquilibres commerciaux et renforcer la compétitivité nationale.

Fitch confirme la note B- de la Tunisie et met fin à la surveillance : ce que cela signifie pour l’économie

La Tunisie conserve sa note B- selon Fitch, qui met fin à sa surveillance. Réserves de change, dette publique, gouvernance et réformes économiques seront déterminantes pour la suite de la trajectoire financière du pays.

Blanchiment d’argent numérique : une menace globale, la Tunisie renforce sa riposte

Cryptomonnaies, plateformes sociales, banques en ligne et jeux vidéo sont devenus des canaux de blanchiment d’argent difficiles à tracer. Une étude universitaire analyse ces nouveaux risques et souligne les réformes engagées par la Tunisie pour protéger son système financier.

The Aviator Institute s’allie à Airbus : la Tunisie forme la nouvelle génération de pilotes

L’intégration de The Aviator Institute au réseau Airbus Flight Academy marque une reconnaissance internationale. Depuis la Tunisie, l’académie développe une formation de pilotes et techniciens alignée sur les standards mondiaux.

Entreprises en Tunisie : domination des microstructures, poids fiscal du privé et fragilité du secteur public en 2025

Avec 824 593 entreprises recensées, l’économie tunisienne repose sur une base de microstructures peu productives. Le secteur privé finance plus de la moitié des recettes fiscales, tandis que les entreprises publiques creusent le déficit budgétaire.

Tunisie : le CMF publie un nouveau règlement anti-blanchiment et étend la surveillance au crowdfunding

Le CMF renforce son cadre réglementaire LBC/FT avec un texte publié le 23 janvier 2026. Nouvelles obligations de cartographie des risques, contrôle interne renforcé, exigences de compétences et intégration du financement participatif : le marché financier tunisien se met aux standards internationaux.