Des tarifs d’affrètement au plus haut depuis 2020
Le coût journalier d’affrètement d’un très grand transporteur de brut (VLCC), capable d’acheminer jusqu’à 2 millions de barils du Moyen-Orient vers la Chine, a franchi le seuil des 170 000 dollars par jour. C’est plus du triple de son niveau observé au début de 2026 et le plus élevé depuis avril 2020, selon des données de LSEG relayées par Reuters.
Cette envolée intervient alors que les exportations de brut du Moyen-Orient ont dépassé 19 millions de barils par jour en février, un record également inédit depuis 2020. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran sont les principaux moteurs de cette hausse, d’après les données de la société d’analyse maritime Kpler.
Un rééquilibrage des flux mondiaux de brut
La demande de transport maritime est aussi stimulée par la recomposition des routes pétrolières. L’Inde, en particulier, s’est tournée vers des sources alternatives au brut russe à la suite des sanctions occidentales, renforçant les flux en provenance du Moyen-Orient.
« Les taux de fret des VLCC bénéficient d’une conjonction de facteurs positifs », explique June Goh, analyste senior chez Sparta Commodities. Elle cite notamment le retour des barils vénézuéliens sur des navires “légitimes”, l’augmentation de la production de OPEP+, ainsi qu’une demande soutenue des raffineries asiatiques.
Le courtier Clarksons souligne, de son côté, que les taux spot des VLCC peuvent « s’ajuster très rapidement » dès lors que le risque perçu de conflit augmente, les armateurs exigeant des primes de risque de guerre pour opérer dans la région.
La géopolitique, moteur principal des prix du pétrole
Sur le marché du brut, la nervosité est palpable. Le Brent a atteint 72,50 dollars le baril, son plus haut niveau depuis le 31 juillet, avant un léger repli. Sur un mois, le Brent comme le WTI américain affichent une progression de 8 à 9 %.
Pour de nombreux analystes, cette hausse reflète avant tout l’environnement géopolitique. « À ce stade, la géopolitique fait clairement le travail pour les prix du pétrole », observe Priyanka Sachdeva, analyste senior chez Phillip Nova, soulignant que la fermeté actuelle repose davantage sur l’anticipation que sur une perte réelle d’offre.
Washington, Téhéran et le compte à rebours diplomatique
Le président américain Donald Trump a récemment donné 10 à 15 jours à l’Iran pour parvenir à un accord nucléaire, évoquant de possibles représailles en cas d’échec. Il a ensuite déclaré « envisager » une frappe militaire limitée. Un troisième cycle de pourparlers indirects, sous médiation omanaise, est prévu le 26 février à Genève.
Selon le New York Times, Donald Trump aurait également évoqué, en privé, la possibilité d’une campagne militaire plus large si la diplomatie venait à échouer, un scénario qui alimente les craintes d’une escalade régionale.
Quels risques pour les marchés mondiaux ?
Les investisseurs suivent de près l’issue des discussions de Genève. Les analystes de Capital Economics préviennent que des frappes contre l’Iran pourraient provoquer une nouvelle flambée des prix du pétrole, compliquant la lutte contre l’inflation et retardant les baisses de taux attendues des grandes banques centrales.
Intervenant sur Bloomberg TV, Fereidun Fesharaki, président émérite de FGE NexantECA, estime que le risque de conflit augmente : « Il devient difficile d’imaginer un scénario où les tensions se dissiperaient simplement ».
Dans ce contexte déjà tendu, la stratégie de la compagnie sud-coréenne Sinokor ajoute un facteur de volatilité. Le groupe a acquis 35 des 45 VLCC vendus cette année, se positionnant pour contrôler environ 24 % de la flotte spot mondiale — une concentration inédite, susceptible d’amplifier les mouvements de taux en cas de choc géopolitique.
