La Banque d’Angleterre : Attentive mais confiante

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William DE VIJLDER

Depuis le référendum sur le Brexit, l’économie britannique se porte plutôt bien et la marge d’utilisation des capacités de production est réduite d’après la Banque d’Angleterre. Augmenter progressivement le taux directeur permettrait de rapprocher l’inflation de l’objectif fixé. Néanmoins, le Comité de politique monétaire a décidé la semaine dernière de laisser le taux inchangé malgré sa confiance dans les perspectives de croissance. Cela reflète la prudence de la Banque d’Angleterre. Après tout, le Brexit reste une source d’incertitude.

Depuis le référendum de juin 2016, lorsque le Royaume-Uni fait la une des journaux, c’est au sujet du Brexit et de ses conséquences.

On oublierait presque que l’économie se porte plutôt bien, d’autant plus que l’incertitude autour du Brexit n’a pas encore été levée.

L’économie a en tout cas fait nettement mieux qu’attendu. Après avoir progressé de 1,9% en 2016, l’année 2017 a vu une croissance de 1,8% et la Banque d’Angleterre s’attend à une croissance de 1,4% cette année.

De bons chiffres, en effet, dans l’absolu, mais qu’il convient de relativiser. Rappelons que la croissance mondiale a connu une accélération au cours de cette période et que la zone euro a surperformé le Royaume-Uni. Le Brexit a donc un coût.

Avec cette performance, le Royaume-Uni a pratiquement réussi à fermer l’output gap. Le ralentissement de la croissance potentielle du PIB, à mettre en rapport avec la faible croissance de la productivité, a également joué un rôle. Elle est estimée, par la Banque d’Angleterre, à environ 1,5%.

En revanche, la banque centrale table sur une croissance du PIB de 1,75% par an pour les trois années à venir, donc supérieure à la croissance potentielle, ce qui justifiera un cycle de relèvements du taux directeur étant donné l’utilisation déjà élevée des facteurs de production.

Selon l’hypothèse de la banque centrale de trois hausses de 25 points de base au cours des trois prochaines années, une faible marge de demande excédentaire devrait émerger au début de 2020.

Cela augmenterait les pressions inflationnistes domestiques de telle sorte que l’inflation se stabiliserait à l’objectif d’inflation de 2%. Mission accomplie.

La Banque d’Angleterre n’est toutefois pas pressée.

Certes elle a le sentiment :

  1. Que la croissance au premier trimestre de seulement 0,1%, en partie en raison des conditions météorologiques défavorables, pourrait très bien être révisée à la hausse
  2. Que les conditions d’une croissance stable restent réunies et que le marché du travail reste fort
  3. Que les indicateurs d’enquête suggèrent que la croissance de l’activité se redressera au deuxième trimestre.

Pourtant, l’inflation de mars a été plus lente que prévu, si bien que la prudence a finalement prévalu : tous les membres du Comité de politique monétaire ont convenu que toute hausse future du taux officiel se ferait progressivement et de façon modérée.

La patience a également prévalu : 7 membres ont voté pour maintenir le taux directeur inchangé, 2 autres ont préconisé une augmentation.

Un des points marquants des commentaires de la Banque d’Angleterre est son anticipation d’un rebond de la croissance au deuxième trimestre, non seulement au Royaume-Uni mais aussi dans la zone euro, aux États-Unis et en Chine. Cette confiance retient l’attention compte tenu des interrogations liées à l’essoufflement récent d’indicateurs de sentiment à travers le monde.

Un autre point à souligner concerne la réorientation des moteurs de croissance, de la consommation des ménages vers le commerce extérieur (grâce à l’expansion mondiale et à la dépréciation de la livre sterling) et l’investissement des entreprises, soutenue par la demande mondiale et les conditions de financement faciles.

La Banque d’Angleterre estime d’ailleurs qu’à ce stade du cycle, et compte tenu de la solidité des bilans des entreprises, l’investissement des entreprises aurait été plus fort sans le Brexit. En outre, elle voit un potentiel de surprise favorable pour l’investissement des entreprises suite à l’accord de transition conclu avec l’Union européenne.

En ce qui concerne les perspectives de taux d’intérêt, si au cours des prochains mois les chiffres économiques étaient en ligne avec les attentes de la Banque d’Angleterre, cela ouvrirait la voie à une augmentation du taux directeur en août. C’est notre scénario. Le marché prévoit une probabilité de 50% d’un tel mouvement et cette probabilité n’atteindrait les 100% que vers février 2019.

Non seulement la Banque d’Angleterre est prudente, mais les marchés le sont aussi. Sans doute ceci est-il lié à l’incertitude autour du Brexit.

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