17 pays africains importent leur monnaie du Royaume-Uni

Selon les données disponibles, compte tenu d’un certain manque de communication dans ce domaine, aussi bien de la part des États que des fabricants, 17 pays africains sont répertoriés comme faisant imprimer leurs billets de banque au Royaume-Uni, et plus précisément en Angleterre. Par ordre alphabétique, il s’agit des pays suivants : l’Angola, le Botswana, le Cap-Vert, l’Éthiopie, la Gambie, la Guinée, le Lesotho, la Libye, le Malawi, Maurice, le Mozambique, l’Ouganda, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, les Seychelles, la Sierra Leone et la Tanzanie (qui fait également imprimer ses billets dans deux autres pays).

Ces pays ont tous pour point commun d’importer leur monnaie de la société britannique De La Rue, qui fabrique également la majeure partie de celle du Royaume-Uni et qui est un des leaders mondiaux en la matière. Ils se répartissent principalement entre anciennes colonies britanniques et portugaises, auxquelles s’ajoutent la Guinée, le Rwanda, l’Éthiopie et la Libye (qui fait également appel à la Russie). Pour ce qui est du processus de production, il est à noter la récente ouverture d’un site à Nairobi, en 2019, dans le cadre d’une joint-venture avec le gouvernement kenyan en vue d’assurer une partie de la fabrication des devises.

Par ailleurs, il convient de citer le cas particulier du Somaliland, territoire couvrant le nord-ouest de la Somalie et ayant proclamé son indépendance. Bien que non reconnu par la quasi-totalité de la communauté internationale, celui-ci a néanmoins créé sa propre monnaie pour se démarquer de la Somalie, et la fait fabriquer par le Royaume-Uni, qui administrait autrefois le territoire (contrairement au reste de la Somalie, qui était une colonie italienne).

Le recours à une entité extérieure peut surprendre pour une partie de ces pays, comme l’Éthiopie et la Tanzanie, qui disposent d’une importante population, ou encore la Guinée et le Rwanda, compte tenu de certains discours politiques. Mais le cas le plus surprenant est peut-être celui de la Libye, au regard de ses très importantes capacités financières, largement supérieures à celles des quelques pays africains fabriquant eux-mêmes leur monnaie nationale, comme le Maroc, l’Afrique du Sud et la République démocratique du Congo (la Libye étant un grand producteur de pétrole, dont elle possède les plus importantes réserves du continent). En fait, cela semble démontrer une nouvelle fois le manque de sincérité de l’ancien régime de Kadhafi lorsque ce dernier se présentait comme le champion du panafricanisme et de l’indépendance des peuples africains. Une posture qui s’inscrivait donc plutôt dans le cadre d’une stratégie de communication organisée par le régime, qui n’avait pas véritablement essayé de développer le pays et d’en assurer la souveraineté (les hydrocarbures représentant autour de 95 % des exportations), et qui avait même souvent semé le trouble en Afrique (tentative d’invasion du Tchad, de déstabilisation de la Tunisie…). Et ce, probablement afin de s’assurer la sympathie et le soutien des opinions publiques africaines, en vue d’obtenir la levée des sanctions internationales et de garantir la poursuite d’un règne sans partage qui durait depuis déjà 41 ans au moment du soulèvement du peuple libyen, et faisant de Kadhafi le dirigeant à la plus grande longévité de l’Afrique post-coloniale. Une stratégie de communication qui continue encore aujourd’hui à avoir une certaine efficacité…

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