Une stratégie à multiples dimensions est nécessaire pour le développement du domaine de l’assurance afin de faire valoir son rôle dans l’économie

Les pistes à explorer pour développer le secteur des assurances et lui redonner le rôle qui doit être le sien dans le financement de l’économie, ont été débattues, jeudi, lors d’un séminaire organisé conjointement, par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), la Fédération tunisienne des sociétés d’assurances (FTUSA), en collaboration avec la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) sur le thème » Le Rôle de l’assurance dans le financement du développement : « Ces pistes couvrent un large champ d’action allant de la législation qui régit le secteur, à sa gouvernance, en passant par son organisation interne et la portée de son intervention.

Les participants à ce séminaire ont été d’abord, unanimes sur le diagnostic faisant état d’un secteur d’assurances souffrant, malgré son énorme potentiel de développement, de plusieurs carences, dont la faible pénétration dans l’économie nationale, la faible densité et le rôle modeste dans la mobilisation de l’épargne, en plus du déficit structurel persistant de certaines branches d’activités.

Adhérant à ce constat, Radhi Meddeb, entrepreneur et économiste a rappelé, dans une déclaration à l’agence TAP, que le taux de pénétration de l’assurance dans l’économie nationale, se mesurant par le niveau des primes collectées rapportées au PIB, est inférieur à 2%, contre 6,5% au niveau mondial. Dans des pays de niveau de développement et de cultures comparables, ce taux de pénétration peut atteindre et dépasser 3%. C’est dire le potentiel de croissance extrêmement important pour le secteur tunisien des assurances.
Aider ce secteur à exprimer son potentiel de croissance, requiert selon lui, d’avoir de l’ambition pour le secteur et le courage de faire ce qu’il y a à faire. On ne peut pas être dans une économie de marché et vouloir tout administrer. Le secteur a besoin de plus de liberté pour agir en conformité avec le marché.

Radhi Meddeb estime également nécessaire de revoir la gouvernance de supervision du secteur. Partout dans le monde on ne fait plus, aujourd’hui, de différence entre le secteur de la banque, celui de l’assurance et celui de la micro-finance. En Tunisie nous avons trois instances de supervision différentes, qu’il va falloir unifier à l’image de ce qui existe ailleurs.

L’économiste recommande également de » pousser le secteur vers plus de modernité à travers l’adoption des référentiels et des normes prudentielles internationales et notamment la réglementation Solvency II, mais aussi de restaurer la confiance, aujourd’hui brisée, entre le secteur des assurances et le tunisien »

De son coté, Habib Karaouli, PDG de la Banque d’Affaires de Tunisie, estime que » le secteur est fortement atomisé, asymétrique, avec des pôles d’excellence et de qualité d’un coté et des entreprises qui demeurent loin des standards de l’autre « .

Il a ainsi souligné » l’enjeu majeur de restructuration qui s’impose au secteur. Un enjeu qui devrait aller de pair avec l’exigence de revoir le code des assurances, devenu obsolète, pour l’adapter aux exigences de modernité et aux normes en vigueur à l’échelle internationale «
Promouvoir ce secteur et renforcer sa contribution au financement de l’économie, nécessite également selon Karaouli, » un aménagement des textes réglementaires pour que l’assureur puisse être conforté et motivé et pour que l’épargnant soit aussi encouragé. Et je crois qu’on ne peut pas échapper, à ce titre, à une révision fiscale notamment, pour tout ce qui concerne l’épargne longue dont le dispositif actuel n’est pas suffisamment encourageant ni en termes de valeur absolue – puisque le montant est limité à 10 mille dinars pour l’assurance vie- , ni en termes de conditions fiscales qui doivent être un peu plus motivantes ».

Karaouli recommande également, de veiller à ce que l’intervention de l’Etat dans le secteur se limite à l’aspect régulation, et à donner au marché les marges nécessaires en termes de tarification, de fixation des barèmes et des niveaux de rentabilité, pour agir efficacement.
Interrogé, pour sa part, sur les orientations stratégiques à retenir pour développer le secteur des assurances, Jalloul Ayed, ancien ministre des Finances, pense qu’il est nécessaire d’agir » à l’échelle macro c’est-à-dire au niveau de la politique monétaire du pays, pour favoriser le développement des marchés de capitaux, en l’occurrence le marché obligataire et la Bourse, au sein desquels les compagnies d’assurance jouent, aujourd’hui, un rôle minime, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays « .

Dans ce cadre, Ayed estime que  » les compagnies d’assurance pourraient être un vecteur de changement et contribuer à la mise en place des bases et règles nécessaires au renforcement des marchés de capitaux ».

L’ancien ministre a également, considéré que  » les compagnies d’assurances doivent faire un effort beaucoup plus soutenu pour développer l’épargne longue, optimiser leur gouvernance, améliorer leur organisation et accroître l’efficacité de leur action » .

Pour Lassad Zarrouk, président de la FTUSA, moderniser le secteur nécessite une stratégie s’articulant sur plusieurs axes. » Le premier axe serait de s’attaquer à la branche assurance automobile, responsable du manque de confiance dont souffre, aujourd’hui le secteur. »
Réformer cette branche revient également, selon lui, à envisager, à l’horizon des années à venir, une libéralisation des prix. Laquelle libération n’implique pas nécessairement une augmentation des prix, mais elle permettra de mettre davantage de pression sur l’assureur pour qu’il trouve le meilleur rapport qualité prix.

Le deuxième axe de cette stratégie concerne la gouvernance du secteur qui doit être repensée dans le sens d’une meilleure transparence et d’un meilleur engagement .

Et de poursuivre le troisième axe de cette stratégie, consiste à favoriser l’innovation et la diversification des produits notamment, ceux de l’épargne longue. Et je pense que les réflexions engagées par les autorités pour la réforme des régimes de retraite, pourraient être l’occasion de faire participer les compagnies d’assurances et le secteur financier dans la quête de solutions durables aux problématiques actuelles.

Par diversification des produits, Zarrouk entend également  » le développement de produits tels que l’assurance agricole, l’assurance catastrophe naturelle, l’assurance-terrorisme…. Les événements survenus ces dernières années dans le pays montrent que le besoin en assuarnce y est et c’est à nous de concevoir l’offre adéquate. En contrepartie, il faut envisager, en faveur du secteur, des avantages fiscaux, une stabilité fiscale, une maitrise de l’inflation, une dynamisation de la Bourse particulièrement, du marché secondaire… « .
Le quatrième axe de cette stratégie consiste, toujours selon Zarrouk à » pousser vers une concentration du secteur dans l’objectif de créer des champions nationaux capables de s’internationaliser.

Selon le président de la FTUSA, la feuille de route relative à la mise en place cette stratégie est bien élaborée. Elle attend d’être discutée avec les autorités concernées. D’après les échos que nous avons reçus, la priorité sera donnée au secteur des assurances durant l’année 2017, pour décider de sa stratégie de réforme et du plan d’action à mettre en œuvre pour la concrétiser.

Toutefois, les compagnies d’assurance n’ont pas attendu l’officialisation de cette approche. Elles sont en train d’investir dans de nouveaux systèmes d’information, de gouvernance, et de communication. Il y a des prémices tangibles d’une nouvelle dynamique mais le chemin à parcourir est encore long » selon ses propos.

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