Un passage de témoin préparé de longue date
C’est un tournant symbolique pour les marchés. Warren Buffett, 96 ans, quitte la présidence du conseil d’administration de Berkshire Hathaway, le groupe qu’il dirige depuis plus de soixante ans. Son fils Howard Buffett lui succède à ce poste, tandis que Greg Abel, déjà aux commandes depuis janvier 2026, conserve la direction opérationnelle. Warren Buffett devient président émérite et continuera de siéger au conseil.
Cette annonce n’a rien d’un coup de théâtre. Elle prolonge un calendrier de succession déroulé étape par étape : la fin du mandat de directeur général avait été annoncée dès mai 2025, avant l’arrivée de Greg Abel à ce poste au début de 2026.
Deux rôles volontairement distincts
Il serait pourtant erroné de voir en Howard Buffett un « nouveau Warren ». La succession a été délibérément scindée. Greg Abel dirige les opérations et pilote l’allocation du capital. Howard Buffett, administrateur depuis 1993, a pour mission de veiller sur la culture et les principes que son père a imposés au groupe, sans intervenir dans les décisions d’investissement ou d’acquisition.
Warren Buffett a lui-même résumé la répartition des tâches : Greg fait tourner l’entreprise, Howard en protège les valeurs. Une manière de rappeler que, chez Berkshire, la culture est considérée comme un actif à part entière.
D’un jeune investisseur d’Omaha au géant de Wall Street
L’histoire commence pourtant bien loin des milliers de milliards. Né en 1930 à Omaha, Warren Buffett achète ses premières actions à 11 ans. Il se forme ensuite auprès de Benjamin Graham, l’un des pères du value investing, puis lance son propre partenariat d’investissement en 1956.
En 1965, il prend le contrôle d’une entreprise textile en difficulté : Berkshire Hathaway. L’activité textile finira par disparaître. Le nom, lui, deviendra légendaire.
Avec son partenaire Charlie Munger, Buffett transforme peu à peu la société en machine à allouer du capital : assurance, chemins de fer, énergie, industrie, biens de consommation. Certaines opérations sont entrées dans l’histoire. Berkshire investit massivement dans Coca-Cola à partir de la fin des années 1980, développe GEICO et devient, des décennies plus tard, l’un des principaux actionnaires d’Apple et d’American Express.
Soixante ans de performance, un seul secret : le temps
Les chiffres donnent la mesure de la trajectoire. Entre 1965 et 2025, l’action Berkshire Hathaway a progressé en moyenne de 19,7 % par an, contre 10,5 % pour le S&P 500 dividendes réinvestis. Sur l’ensemble de la période, la hausse cumulée atteint environ 6 099 000 %, contre environ 46 000 % pour l’indice américain.
La légende Buffett ne repose donc pas sur quelques paris spectaculaires, mais sur la patience et sur les intérêts composés, laissés à l’œuvre pendant six décennies. Autre particularité, souvent rappelée : Berkshire n’a pas versé de dividende depuis 1967, préférant réinvestir le capital dans ses filiales, dans des participations ou dans le rachat de ses propres actions.
Résultat : l’ancienne usine textile pèse aujourd’hui environ 1 100 milliards de dollars, ce qui en fait l’un des très rares groupes américains à avoir franchi le seuil symbolique des 1 000 milliards. Warren Buffett est lui-même devenu l’un des hommes les plus riches de la planète, tout en s’engageant à consacrer l’immense majorité de sa fortune à des œuvres philanthropiques.
Ce que retient l’histoire
De quelques actions achetées à 11 ans à un empire de 1 100 milliards de dollars, le parcours de l’« Oracle d’Omaha » restera comme une démonstration de la puissance du temps, de la patience et de la composition. À 96 ans, Warren Buffett tourne sans doute la dernière grande page de sa carrière, sans pour autant quitter tout à fait la scène : il reste au conseil, pour transmettre son expérience.
