jeudi, octobre 1, 2020

Tahar El Almi: Seul un développement inclusif, générateur d’emplois, pourrait faire sortir les gens et les régions de leur vulnérabilité»

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«Seul un développement inclusif, générateur d’emplois, pourrait redresser la situation socio-économique et faire sortir les gens et les régions de leur vulnérabilité », estime l’économiste, universitaire et fondateur de l’Institut africain d’économie financière (IAEF-ONG), Dr Tahar El Almi, dans une interview avec l’agence TAP.

Selon lui, «l’appel à la dignité crié haut et fort par les tunisiens en 2011, est resté sans réponse. La dignité, c’est avant tout l’emploi. Et ce n’est qu’en répondant à cet appel, qu’on pourrait espérer un début de reprise économique».

«Les cinq priorités annoncées par le chef du gouvernement, Hichem Mechichi , vont bien dans ce sens, mais beaucoup de courage lui est nécessaire, pour pouvoir imposer le tempo et dissiper les doutes sur sa capacité d’aller jusqu’au bout de sa démarche» .

Arrêter l’hémorragie des finances publiques

«L’hémorragie des finances publiques a été déclenchée par le dérapage continu, depuis 2011, des dépenses publiques et un gaspillage sans précédent des ressources pratiqué par tous les gouvernements qui se sont succédé depuis la révolution et par l’administration».

«Arrêter cette hémorragie implique de stopper d’abord, toutes sortes de gaspillage des deniers publics (voitures de fonction, bons d’essence…) et de réorienter les dépenses publiques vers l’essentiel, vers l’investissement dans l’infrastructure, l’éducation, la sécurité, la santé…vers tout ce qui pourrait améliorer le vécu des tunisiens».

«Cet effort ne doit en aucun cas, se traduire par des augmentations d’impôts», met-il en garde.

« La Tunisie devrait lancer un plan de sauvetage de 25 milliards de dinars sur 3 ans (2021-2022-2023), pour soutenir l’économie et l’emploi »… «Mechichi doit faire preuve d’une capacité de mobiliser de nouvelles ressources. Il pourrait envisager de lancer un emprunt intérieur mais aussi, de récupérer l’argent qui circule dans le secteur informel qui est de l’ordre de 3 à 4 fois le niveau de la liquidité bancaire ».

« Pour ce faire, il devrait d’abord, regagner la confiance des tunisiens, en faisant preuve d’une grande volonté de changement et ensuite, en ramenant les niveaux d’imposition à des niveaux acceptables, car la contrebande c’est en quelque sorte, une manière de contourner un système d’imposition excessif ».

Et d’ajouter «comme moyen de lutte contre l’informel, je réitère mon appel à changer les billets de banque en circulation, tout en imposant l’obligation d’ouverture d’un compte bancaire ou postal pour déposer l’argent ».

« Changer les billets de banque obligera le secteur informel à transiger avec l’administration fiscale, afin de régulariser sa situation, en contrepartie d’un «impôt libératoire» qui permettrait à l’Etat de mobiliser des ressources, de récupérer une bonne partie de la liquidité informelle et aux acteurs de l’informel de réintégrer le secteur organisé ».

« J’ai discuté de cette possibilité avec le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Marouane Abassi, qui m’a avancé le contre-argument que la Tunisie avait signé la convention internationale pour la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et qu’elle est, de ce fait, dans l’obligation de déclarer la provenance de tous les fonds qui y rentrent, ce qui rendra, selon lui, impossible une démarche pareille ».

« Mais je dirais qu’une amnistie fiscale pour les acteurs de l’informel, doit d’abord écarter tous ceux qui seraient impliqués dans des affaires criminelles. Une fois ceux-ci écartés, appliquer une telle démarche dépendra de notre capacité de négociation avec nos partenaires internationaux. La Tunisie traverse une situation particulière. Le pays est à la dérive et ne peut plus emprunter à l’international. Il pourrait donc exceptionnellement, recourir à ce genre d’amnistie pour une durée bien déterminée qui sera négociée avec les instances internationales » souligne-t-il.

Réformer le secteur public

Selon El Almi, une réforme du secteur public ne pourrait être envisagée qu’en coordination avec l’UGTT et devrait revêtir deux aspects fondamentaux : un aspect quantitatif relatif au nombre de fonctionnaires et un aspect lié à la qualité des services publics.

S’agissant du quantitatif, « pour gérer le surplus de fonctionnaires, Mechichi et ses coéquipiers devraient prévoir un programme de départs volontaires, mieux négocié que le premier, ainsi qu’un redéploiement des fonctionnaires en trop, vers les régions qui accusent une défaillance des services publics ».

Pour le qualitatif, « améliorer la qualité des services publics passe inévitablement, par la digitalisation de l’administration, mais également, par des programmes de formation répondant aux vrais besoins de l’administration et par l’instauration de l’obligation de redevabilité de l’administration ».

Regagner la confiance et appuyer les investissements

Regagner la confiance ne sera, selon notre interlocuteur, possible, qu’à travers une administration au service du citoyen et de l’investisseur. Une administration incorruptible et citoyenne qui sert uniquement, l’intérêt du pays.

«Regagner la confiance revient à appliquer la loi à tout le monde. Une fois la confiance rétablie, la corruption et le clientélisme vaincus et le climat assaini, la reprise de l’investissement sera évidente, car les investisseurs ont plus besoin de confiance et de visibilité que d’incitations financières».

Il faut aussi, repenser la fiscalité de manière à alléger les charges des entreprises et à leur donner les marges nécessaires pour investir et créer des emplois.

Maintenir le pouvoir d’achat des citoyens

«Pour maintenir le pouvoir d’achat des citoyens, un strict contrôle des prix et des circuits de distribution est nécessaire. L’augmentation de ce pouvoir est surtout tributaire, d’une réduction de l’impôt, de la TVA, des droits de douanes….mais, aussi, d’une reconsidération des secteurs qui consomment la grande part du pouvoir d’achat des tunisiens, à savoir le logement, la santé, le transport, la scolarité. Il faut réussir à mettre en place une politique de l’habitat qui en finit avec les dérapages faramineux que connaissent aujourd’hui, les prix de l’immobilier, et rétablir la qualité des services publics ( transport, santé, éducation…), de manière à ce que les citoyens ne se trouvent plus contraints, à recourir aux services privés qui sont beaucoup plus chers ».

«Rétablir la culture du travail est, aussi, primordial. Les tunisiens doivent comprendre qu’une amélioration de leur pouvoir d’achat dépend fortement, d’une amélioration de leur productivité, qui donnera aux entreprises le confort financier nécessaire pour envisager des augmentations de salaires ».

Protéger les catégories vulnérables

« Protéger les catégories vulnérables nécessite un ciblage plus efficace de la compensation et des subventions, en réformant la caisse de compensation et en accordant au pouvoir local, le rôle qui doit être le sien dans l’identification des ménages vulnérables ».

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