Une année record pour l’énergie : le Brent à 91 dollars
Après trois années de repli, les prix de l’énergie devraient bondir de 32 % en 2026, avant de se tasser en 2027. Le baril de Brent afficherait une moyenne de 91 dollars cette année, contre 69 dollars en 2025, puis redescendrait à 79 dollars l’an prochain. Ce serait le niveau le plus élevé depuis quatre ans.
Toutes matières premières confondues, la progression atteindrait 23 % en 2026, suivie d’un recul de 7 % en 2027.
Pétrole : une offre en chute libre, des stocks qui s’épuisent
L’offre mondiale de pétrole devrait reculer de 5,2 % en 2026. Hors récession de 2020, c’est la plus forte baisse en plus de quarante ans. La consommation fléchirait de 2,5 %, soit la troisième contraction annuelle la plus marquée jamais enregistrée, après 2020 et 1980.
Deux mécanismes jouent : la flambée des prix, combinée à la pénurie, bride la demande, et l’électrification réduit les besoins en pétrole, surtout en Chine. Mais la production reste inférieure à la consommation. Le monde puise donc dans ses réserves, ce qui le rend plus vulnérable au prochain choc d’offre.
Alimentation : céréales, engrais et El Niño sous surveillance
Les prix des produits alimentaires de base augmenteraient d’environ 10 % en 2026, puis de 7 % en 2027, soit 18 % cumulés. Trois facteurs pèsent sur les coûts : les conflits qui perturbent les expéditions de céréales, la menace d’El Niño sur les récoltes, et le renchérissement des carburants et des engrais.
Ces derniers devraient progresser de 14 % en 2026. Les cours de l’urée avaient explosé en début d’année avant de se détendre. Les prix des engrais retrouveraient leur niveau de 2025 en 2027.
Métaux industriels et précieux : des sommets en cascade
Les métaux établiraient un nouveau record en 2026, avec une hausse de 25 %. L’aluminium, le cuivre et l’étain évoluent tous à des niveaux inédits. La Banque mondiale l’explique par la demande liée aux énergies renouvelables, aux véhicules électriques et aux centres de données, ainsi que par les perturbations d’approvisionnement de l’année. Un repli de 3 % est attendu en 2027.
Les métaux précieux s’envoleraient de 40 % en 2026, portés par la quête de valeurs refuges dans un climat d’incertitude géopolitique et politique. Ils se modéreraient en 2027, tout en restant à plus de trois fois la moyenne de 2015-2019.
Le scénario noir : Brent à 105 dollars et flambée alimentaire
Ces projections reposent sur une hypothèse : les conflits qui entravent l’approvisionnement mondial ne s’aggravent pas sensiblement. Si le conflit au Moyen-Orient s’intensifie et que les dégâts sur les infrastructures pétrolières russes persistent, l’énergie pourrait encore renchérir.
Combinés à des attaques contre les cargaisons de céréales en mer Noire et à un El Niño très marqué, ces facteurs pourraient déclencher une crise alimentaire, comparable à celle du début des années 2010, qui ferait basculer davantage de personnes dans l’extrême pauvreté. Dans ce cas, le Brent atteindrait 105 dollars en moyenne en 2027. Les prix alimentaires de base dépasseraient de 12 % la prévision centrale, et donc leur niveau de 2022.
50 à 60 milliards de dollars mobilisables par la Banque mondiale
Pour Ayhan Kose, économiste en chef adjoint et directeur de la cellule Perspectives, les marchés subissent plusieurs chocs majeurs simultanés. Ils risquent d’alimenter l’inflation, l’insécurité alimentaire et le ralentissement de la croissance. Il appelle à protéger en priorité les plus pauvres et à soutenir les pays à faible revenu déjà fortement endettés.
Le Groupe de la Banque mondiale met entre 50 et 60 milliards de dollars à disposition via ses instruments existants, dont 25 milliards de financements préétablis. Ces fonds peuvent alimenter les filets de protection sociale, renforcer les capacités budgétaires ou fournir de la trésorerie aux entreprises et aux exploitations agricoles. L’institution dit aussi avoir accéléré et simplifié la mobilisation de capitaux privés. Elle entend investir dans la jeunesse des pays en développement et améliorer les conditions de création d’emplois.
Des marchés de plus en plus interdépendants
Un chapitre spécial du rapport étudie dans quelle mesure le prix d’une matière première s’explique par les chocs touchant les autres. Ses conclusions : les cours évoluent de façon plus étroitement liée en période de tensions économiques ou de marché, comme depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
Les métaux industriels sont, en moyenne, les plus grands transmetteurs de volatilité aux autres groupes de produits. L’influence du pétrole s’est toutefois nettement renforcée depuis le déclenchement du conflit.
Ce que cela change pour la Tunisie et le Maghreb
Ces prévisions concernent directement les économies importatrices d’énergie et de céréales, dont la Tunisie et plusieurs voisins maghrébins. Une énergie plus chère pèse sur la facture d’importation, sur les finances publiques et sur les coûts des entreprises. Des céréales et des engrais plus coûteux touchent les approvisionnements et l’agriculture. La Banque mondiale ne détaille pas d’impact par pays dans ce rapport : l’exposition réelle dépendra des contrats d’approvisionnement, des mécanismes de compensation et de la marge budgétaire de chaque État.
À court terme, la trajectoire dépendra de l’évolution du conflit au Moyen-Orient, de la sécurité des routes céréalières en mer Noire et de l’intensité d’El Niño. Le scénario central prévoit un reflux en 2027, mais la marge d’erreur reste large.
