Comment mieux accompagner les femmes atteintes d’un cancer du sein en Tunisie ? C’est la question qui a réuni plusieurs experts à Tunis, le mercredi 7 octobre, à l’occasion de la première édition des Roche Health Dialogue Series, organisée par Roche Tunisie.
Autour de la table : la Pr Henda Rais, chef de service d’oncologie médicale à l’Institut Salah Azaïez, la Pr Habiba Mizouni, chef de service de radiologie à l’Hôpital La Rabta, et le Pr Jamel Daoud, professeur en radiothérapie et représentant de l’association Dar Al Amal. Modérée par la journaliste Farah Ben Rejeb, cette table ronde a parcouru les étapes de la prise en charge, de la suspicion au diagnostic, puis au traitement et à l’accompagnement des patientes.
Au-delà des avancées médicales, un constat s’est imposé : dans le cancer du sein, la qualité de la prise en charge tient aussi à un parcours fluide, coordonné et accessible, avec des délais aussi courts que possible entre chaque étape.
Le diagnostic, première étape d’un parcours à fluidifier
L’imagerie occupe une place centrale. La mammographie est une étape essentielle, mais elle ne peut pas être envisagée isolément. Lorsqu’une anomalie est détectée, la patiente peut avoir besoin d’examens complémentaires, d’une biopsie puis, selon les résultats, d’une chirurgie, d’une chimiothérapie ou d’une radiothérapie.
C’est dans cette perspective que la télémédecine peut renforcer l’accès à l’expertise et réduire certains délais.
Une expérience menée à Tozeur illustre cette volonté de rapprocher l’expertise médicale des patientes, grâce à des solutions de télémédecine appliquées à l’imagerie. Depuis le 1er octobre 2025, les besoins des hôpitaux de la région concernés par cette première étape sont pris en charge à 100 %. L’objectif est désormais de capitaliser sur cette expérience et de poursuivre progressivement le déploiement de ces solutions dans d’autres établissements.
À terme, l’ambition est qu’une patiente, où qu’elle se trouve en Tunisie, puisse bénéficier d’une expertise à distance, notamment lorsqu’elle réalise une mammographie. Mais, comme l’ont souligné les échanges, la technologie reste un outil au service d’un objectif plus large : organiser l’ensemble du parcours de soins.
Ne pas perdre de temps entre le diagnostic et le traitement
Dans le cancer, chaque étape est liée à la suivante. Un diagnostic doit être suivi rapidement par les examens nécessaires, puis par la décision thérapeutique et la mise en œuvre du traitement adapté. « Dans le domaine du cancer, la chose la plus importante est le temps », a rappelé Pr Mizouni.
L’enjeu est donc d’éviter les ruptures. Une fois l’imagerie réalisée et le diagnostic établi, la biopsie doit pouvoir être organisée rapidement et, lorsqu’elle est indiquée, suivie de la chirurgie ou des traitements médicaux et de la radiothérapie.
Cela suppose une meilleure coordination entre les acteurs de la prise en charge. Cela renvoie aussi à l’importance de la multidisciplinarité : les décisions gagnent à être prises dans une logique globale plutôt que de manière isolée.
La numérisation peut y contribuer. Le dossier médical informatisé et le parcours de soins numérique doivent permettre de mieux structurer les informations et de faciliter leur circulation entre les différentes étapes de la prise en charge.
Informer la patiente pour mieux l’accompagner
Renforcer le parcours patient ne repose pas uniquement sur les infrastructures, les technologies ou la coordination médicale. Il implique aussi de placer la patiente au centre de son parcours.
Dans cette perspective, le développement du portail Sahatouna a été évoqué. Accessible depuis un smartphone ou un téléphone, il doit permettre aux patientes de retrouver certaines informations relatives à leur parcours, notamment leurs rendez-vous et les résultats de leurs examens et traitements. Le portail intègre également une dimension d’information et d’éducation à la santé, afin que les femmes comprennent mieux leur maladie et les différentes étapes de leur prise en charge.
Cette dimension éducative apparaît comme un complément indispensable à l’accès aux soins. Mieux informées, les patientes comprennent mieux les décisions médicales, les étapes à venir et les démarches nécessaires tout au long de leur parcours.
Quand la distance devient un obstacle aux soins
La question de l’accès aux soins prend une dimension particulière pour les patientes qui doivent parcourir de longues distances pour bénéficier de certains traitements.
À travers l’expérience de l’association Dar Al Amal, le Pr Jamel Daoud a évoqué les difficultés rencontrées par les patients venant de régions éloignées. Créée en 1995, l’association a développé un centre d’hébergement destiné à accueillir les patients qui doivent rester plusieurs jours à proximité de leur établissement de soins afin de poursuivre leur traitement.
Depuis 2001, environ 7 500 patients y ont été accueillis, pour une moyenne d’environ 13 nuitées par patient, représentant près de 120 000 nuitées. Cette initiative répond à une difficulté très concrète : la chimiothérapie et la radiothérapie peuvent nécessiter plusieurs déplacements, alors que les établissements hospitaliers ne disposent pas nécessairement des capacités d’hébergement permettant d’accueillir les patients pendant toute la durée de leur prise en charge.
L’accompagnement social devient ainsi une composante à part entière du parcours de soins, particulièrement pour les personnes venant de régions éloignées et disposant de ressources limitées.
Une prise en charge qui dépasse le seul acte médical
Les échanges de cette première édition des Roche Health Dialogue Series ont montré que renforcer le parcours patient dans le cancer du sein suppose d’agir sur plusieurs dimensions simultanément.
Le diagnostic précoce et l’accès à une expertise médicale adaptée doivent s’accompagner d’une meilleure coordination entre les professionnels, d’une continuité entre le diagnostic et le traitement, mais aussi d’un accès à l’information et à des solutions d’accompagnement adaptées aux réalités des patientes.
De la télémédecine à la digitalisation du parcours, en passant par l’accompagnement social et l’action des associations, les initiatives évoquées témoignent d’une même volonté : que le parcours de la patiente soit aussi fluide que possible, indépendamment de son lieu de résidence ou des contraintes auxquelles elle peut être confrontée.
Car améliorer la prise en charge du cancer du sein ne signifie pas seulement mieux diagnostiquer ou mieux traiter la maladie. Cela signifie également mieux coordonner, mieux informer et mieux accompagner les patientes à chaque étape de leur parcours.
