Le bitcoin est-il une monnaie ?

Le bitcoin, oasis ou mirage

Créé en 2009, le bitcoin est devenu en 2017 une star médiatique, une fois que son cours s’est envolé pour atteindre des sommets. De plus en plus parle-t-on de cette crypto-monnaie dont la valeur ne cesse de progresser à un rythme exponentiel, même si on ne sait guère de quoi il en retourne. Parions qu’en 2018 le bitcoin soit toujours un sujet d’actualité. Reste à savoir à quel titre. Les performances passées ne présagent en rien celles à venir, comme le dit l’adage financier. Dans un contexte de taux d’intérêt historiquement bas, où il est nécessaire de prendre de plus en plus de risques pour capter du rendement, le bitcoin avec sa valeur multipliée par quinze sur les douze derniers mois semble être une source intarissable dans le désert financier environnant. La question cependant se pose de savoir s’il s’agit plus d’un mirage que d’un oasis. Faut-il considérer le bitcoin comme annonciateur d’une nouvelle réalité monétaire, dans un monde post-numérique, et ainsi ne pas s’inquiéter des éventuels soubresauts à venir concernant sa valeur ? Sommes-nous plutôt face à une bulle spéculative prête à exploser et dont l’éclatement rangera définitivement le bitcoin au placard des catastrophes financières ? En d’autres termes, la crypto-monnaie est-elle promise à un avenir monétaire susceptible de renverser nos habitudes de consommation ?

Les fonctions de la monnaie
La monnaie se caractérise par trois fonctions. Premièrement, elle est un instrument facilitant les échanges entre les agents économiques, c’est-à-dire entre l’offre et la demande. C’est à ce titre que la monnaie a supplanté le troc dont l’usage était devenu impossible avec le développement démographique et économique des sociétés humaines. En effet, pour échanger il faut s’accorder. Cet accord est d’autant plus difficile avec le troc que les conditions d’entente entre les parties sont nombreuses. Troquer, c’est transmettre des biens ou des services contre d’autres biens ou des services. Toute opération économique nécessite donc que les individus trouvent entre eux des correspondances matérielles et s’entendent ensuite sur la valeur intrinsèque des choses. La monnaie élimine ces conditions puisqu’elle correspond à toute chose à partir du moment où chacun est prêt à l’utiliser pour acheter et vendre. En outre, et c’est là une autre de ses fonctions, elle permet d’exprimer les choses en prix, donc d’établir une référence universelle dépassant les seules attributs des biens et des services. La monnaie réalise ainsi l’unité entre les choses sans qu’il soit nécessaire de les comparer les unes par rapport aux autres pour les échanger. Cette capacité d’unification avec le prix est le corollaire du mécanisme d’intermédiation entre les agents économiques que représente la monnaie. Celle-ci enfin représente une réserve de valeurs. La conserver permet de pouvoir acheter sans se déposséder de quoi que ce soit dans l’immédiat, à la différence du troc où il faut pouvoir offrir quelque chose pour demander autre chose, donc d’être dans la même opération acheteur et vendeur.

Le bitcoin, une monnaie qui ne l’est plus
Au regard des fonctions de la monnaie telles que présentées à l’instant, le bitcoin dispose en soi d’attributs monétaires. Il permet en effet d’acheter sur Internet sans troquer, en étant accepté par des commerces en ligne, en servant de référence pour l’établissement des prix. Le bitcoin a été pensé pour être un instrument alternatif d’échanges par rapport aux circuits monétaires classiques, en réponse à la crise financière de 2008. A son origine, le bitcoin est bien plus un acte militant qu’économique. Cette dimension politique s’est cependant très vite estompée face aux pressions spéculatives. L’emploi du bitcoin a été détourné, la crypto-monnaie étant aujourd’hui bien plus une réserve de valeurs qu’un instrument d’échanges. La volatilité de son cours est d’ailleurs l’expression même de la spéculation dont elle est l’objet et qu’aucune autorité ne peut maîtriser. En effet, contrairement à une monnaie classique, le bitcoin n’est pas encadré par une banque centrale. Il échappe donc à tout contrôle même si son usage est sécurisé avec la blockchain. D’inspiration contestataire, le bitcoin avec son fonctionnement décentralisé qui le caractérise est devenu l’archétype financier de ce qu’il était censé être l’alternative. Parce que sa valeur atteint des sommets aujourd’hui, et demain peut-être des abîmes, le bitcoin n’a guère plus rien de monétaire. La monnaie n’existe pas pour battre des records financiers.

Jean-François Caron
Audit & Ecofi

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